Léon XIV en France. L’analyse du Wanderer (pro-Léon)

2 Oct 2026 | Actualités

Le Pape a bien « confirmé ses frères dans la foi »
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J’avais décidé de ne reproduire que le strict minimum des commentaires sur la visite du pape en France. Mais celui du Wanderer mérite une exception.
Disons-le tout de suite, l’érudit blogueur argentin, qui se présente comme catholique traditionaliste, attaché à la liturgie traditionnelle mais en communion avec Rome, défend Léon XIV depuis le jour où celui-ci a été élu. Et, fait inédit, il le défend non pas contre les ennemis de l’extérieur (presse laïque/laïciste, clergé progressiste et libéraux de tout poil), mais contre ceux de l’intérieur, principalement ceux qu’on peut regrouper sous le vocable large « traditionaliste », qui s’acharnent sur Léon XIV, parfois en toute mauvaise foi, et souvent pour de mauvaises raisons.

Il a donc lu TOUS les discours de Léon XIV en France, pas seulement des extraits sélectionnés par les médias et son verdict est sans appel, au grand dam des traditionalistes les plus radicaux auquel il reproche d’avoir condamné le pape sur la base de quelques petites phrases, selon lui mal interprétées (en particulier son éloge indirect de la révolution): en France, Léon XIV a accompli pleinement le mandat que le Christ lui a confié: CONFIRMER SES FRERES DANS LA FOI.

On peut ne pas être d’accord avec son analyse, préambule nécessaire, mais l’honnêteté intellectuelle exige qu’on lise ses arguments: et la majorité des discours du Pape sont de fait d’une impeccable orthodoxie, et surtout ont été proclamés avec une grande force, leur donnant un maximum de visibilité.

Comme d’habitude chez le blogueur argentin, les commentaires sont d’une qualité qui le dispute à celle de l’article principal (beaucoup de blogueurs rêveraient d’en avoir d’un tel niveau, et en si grande quantité). J’en ai relevé deux:

« Si, lors de sa visite en France, c’était Benoît XVI qui avait remplacé Léon XIV, la réaction de la presse laïque et des autorités françaises concernées aurait-elle été la même ? »

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« S’il existe un signe fort susceptible d’alimenter notre espoir, je l’ai trouvé, plus que dans les discours de Léon, dans ce que dit l’ennemi. Je fais référence aux propos de Bernadette Sauvaget, la journaliste de *Libération*, une athée déclarée qui, incapable de dissimuler son inquiétude, a déclaré à la télévision française que « la renaissance catholique chez les jeunes Français lui faisait horreur ». Si nous constatons donc que l’ennemi s’alarme, il ne fait aucun doute qu’il y a des raisons de rêver. »

La visite du pape Léon XIV en France. Un répit après la tempête

Wanderer

La semaine dernière, le pape Léon XIV s’est rendu en France. Il s’agissait de son deuxième voyage important dans des pays européens et, tout comme en Espagne, je pense que ce fut un grand succès. Je l’ai dit à l’époque et je le répète aujourd’hui avec encore plus de conviction : je pense que nous assistons à un retour du « juanpablisme », avec les avantages et les inconvénients que cela implique. Et, par conséquent, au dépassement définitif du « franciscisme ».

Je sais que ce dernier point est un sujet très controversé dans les milieux conservateurs et traditionalistes, et j’y reviendrai plus en détail. Mais je tiens à analyser en toute honnêteté le voyage papal en France. Et je tiens à souligner que mes opinions portent sur ce qui a été dit lors de ce voyage, et non sur ses décisions ou ses discours prononcés à Rome, ou à d’autres occasions. Autrement dit, je ne porte pas de jugement global sur le pontificat naissant de Léon XIV, mais sur une partie très restreinte de celui-ci : son voyage apostolique en France.

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La première chose qui a particulièrement retenu mon attention, c’est la réaction de la presse laïque et antichrétienne. Celle-ci est passée de la stupéfaction au silence.

Le journalisme progressiste, qui représente la quasi-totalité de la presse, n’a pas pu nier l’enthousiasme suscité, même s’il s’est montré clair dans son appréciation. Signe indéniable que cela les a pris par surprise. Alors que la volubile Elisabetta Piqué [la biographe/hagiographe attitrée de François, ndt] s’est résignée à un silence absolu, María Laura Avignolo, correspondante de Clarín en France, a affirmé que « rarement un pontife s’est montré aussi radical dans son appel à l’impératif spirituel de la conversion ». Elle a ensuite ajouté que les paroles de Léon XIV reflétaient : « Une spiritualité que l’Église catholique a toujours professée. Mais dont elle a beaucoup moins parlé depuis le Concile Vatican II ».

En France, Bernadette Sauvaget, journaliste à Libération — le quotidien fondé par Sartre, figure emblématique de la gauche française — spécialisée dans les questions religieuses, a été invitée à la télévision française pour commenter la veillée de Léon XIV devant 80 000 jeunes au Stade de France. Et c’est là qu’elle a déclaré, visiblement mal à l’aise, que le renouveau catholique chez les jeunes Français lui faisait horreur.

Non seulement ils ne s’attendaient pas à l’afflux massif de fidèles aux célébrations pontificales — et surtout de jeunes, et non de personnes âgées nostalgiques —, mais ils ne s’attendaient pas non plus à la clarté et à la force du message pontifical. Ils pensaient qu’avec François, la revendication de la foi catholique avait été définitivement enterrée. Or, il n’en a rien été.

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J’ai décidé de lire tous les discours du Pape en France, une tâche qui m’a pris une matinée entière mais qui s’est avérée édifiante. Depuis que j’ai lu, il y a bien plus d’une décennie, l’encyclique Spe salvi du pape Benoît XVI, je n’avais plus été ainsi édifié par des textes papaux. Je peux dire que, lors de son voyage en France, le pape Léon nous a confirmés dans la foi, ce qui est sa mission spécifique. Comment qualifier autrement, par exemple, ces paroles ?

Oui, Dieu est le Seigneur de l’histoire et, quoi qu’il arrive, il la conduit vers le salut : dans le Christ, tout mal a une fin, précisément parce que cette fin devient le commencement d’une vie nouvelle et éternelle.

Ou celles-ci : 

Oui, la vie éternelle est une promesse ferme et sûre que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà acquise par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la rend chaque jour réelle en nous par la grâce du baptême.

L’un des aspects qui saute immédiatement aux yeux est la place centrale occupée par Jésus-Christ dans chacune de ses paroles. Le Seigneur apparaît toujours comme le cœur de ses sermons et discours prononcés dans un contexte religieux.

Rappelons-nous que nous venons d’une époque où le pontife argentin passait son temps à remuer la boue d’un sociologisme de bas étage et préférait, par exemple, ne pas donner la bénédiction apostolique pour ne pas offenser les non-chrétiens. La différence est abyssale.

Et voici un autre élément allant dans ce sens : ce n’est qu’une seule fois, dans l’ensemble de ses allocutions, et de manière très secondaire, qu’il a évoqué la fameuse « synodalité ». Il l’a fait lorsqu’il s’est adressé aux évêques français à Lourdes. Une seule fois ! Il n’a même pas abordé le sujet lors de sa rencontre à Paris avec l’« assemblée synodale » de ce diocèse. Rappelons-nous qu’il y a encore quelques mois, « synodalité » était le mot magique qui devait impérativement figurer dans tous les discours des religieuses, des prêtres et des évêques. Mon impression, et je la nourris depuis les premiers mois de son pontificat, est que Léon va progressivement laisser la question s’essouffler et que le synode sur la synodalité finira par mourir de faim. Nous verrons bien.

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Mais il ne sert à rien de s’attarder à comparer les différences avec le pontificat précédent. Elles sont évidentes, et ce qui est évident n’a pas besoin d’être démontré. Concentrons-nous plutôt sur d’autres aspects positifs et marquants.

L’un d’entre eux est le fait que, dans presque toutes ses interventions, le pape Léon évoque régulièrement les saints de France, qui sont légion. Et il ne fait pas référence à des saints contemporains et œcuméniques de qualité douteuse, mais aux saints les plus anciens de la Fille aînée de l’Église, ceux qui « adorent le vrai Dieu ». Il a déclaré dans son homélie place de la Concorde :

L’eau vive du Saint-Esprit s’est répandue en abondance et continue de porter du fruit dans l’Église à travers les missionnaires et les témoins présents dans toutes les cultures et parmi tous les peuples. Cette eau féconde tous ceux qui se laissent toucher et transformer par elle pour produire son fruit, c’est-à-dire la sainteté de ceux qui adorent le vrai Dieu et servent leurs frères et sœurs avec charité et générosité. Dans ce beau pays qu’est la France, nombreux sont ceux qui, au fil des siècles, se sont abreuvés de cette eau vive et ont entièrement consacré leur vie au bien : les premiers martyrs comme Blandine, Potin et Irénée ; les saints fondateurs et fondatrices d’ordres religieux, les saints évêques comme Martin de Tours et François de Sales ; les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs semblables, comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan et bien d’autres encore.

Il a rappelé aux jeunes  

Prenez exemple sur les saints : même dans la persécution, ces frères et sœurs ont ouvert des voies de paix. Regardez ces prêtres passionnés par le Christ, comme saint Eugène de Mazenod et saint Jean-Marie Vianney ; contemplez la beauté mystique de sainte Thérèse de Lisieux ; la bienheureuse Pauline Jaricot, fervente dans la charité et la mission ; le courage des cinquante martyrs de l’apostolat, pendant la Seconde Guerre mondiale, qui ont servi leurs frères et sœurs au point de sacrifier leur vie. Les saints ont changé le cours de l’histoire, permettant à beaucoup de passer de la souffrance à l’espérance, car ils ont d’abord changé leurs propres cœurs, en les transformant à la lumière de la foi.

Et plus loin, dans ce même discours adressé aux jeunes :

De plus, nous avons les saints pour alliés : ce sont des amis qui nous soutiennent dans les épreuves. Chers amis, lorsque les choix de la vie exigent du courage, faites appel à leur intercession et imitez leur exemple : comme nous l’avons chanté dans les litanies, le réconfort des saints nous assure que nous ne sommes jamais seuls dans la prière, que nous ne sommes jamais seuls dans l’Église.

Non seulement cela, mais il leur a présenté Sainte Jeanne d’Arc comme un exemple de femme combative (je ne sais pas si Benoît XVI aurait osé aller aussi loin) : 

À cet égard, l’apôtre nous propose un troisième verbe : lutter. En effet, fuir le mal et tendre vers le bien implique de lutter. Oui, lutter comme l’a fait saint Paul, souvent représenté une épée à la main, signe de la Parole de Dieu, « l’épée de l’Esprit » (Ep 6, 17). Ce verbe résonne avec force ici en France, terre de sainte Jeanne d’Arc, une jeune femme qui a su lutter avec audace.

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Un autre point très positif est qu’il a évoqué à plusieurs reprises l’importance de la liturgie dans la vie chrétienne et dans la conversion des catéchumènes, dont le nombre a augmenté de manière exponentielle ces dernières années. Il a déclaré aux prêtres et aux personnes consacrées :

À vous qui célébrez quotidiennement l’Eucharistie, je vous demande de veiller à ce que les célébrations liturgiques soient toujours vécues avec dignité et décorum, même là où se réunissent de plus petites communautés. Soyez les héritiers conscients des Pères et des Saints de l’Église qui, au fil des siècles, nous ont transmis la signification profonde et la beauté de la liturgie, en rendant toujours témoignage d’une grande humilité face au Mystère célébré. Le Concile Vatican II, dont la richesse doit beaucoup à la France, a repris et approfondi de manière éminente cet héritage, en reconnaissant sa place centrale dans la vie ecclésiale. Je vous exhorte donc tous, évêques, prêtres, diacres et personnes consacrées, à cultiver un amour authentique pour la liturgie et à être les témoins et les serviteurs de la vocation prophétique, sacerdotale et royale de tout le peuple de Dieu.

Et à une autre occasion : 

La liturgie, en effet, ne peut être considérée comme une réalité « postérieure » à la catéchèse, comme si elle ne faisait que mettre en pratique ce qui a été appris au cours du parcours. La liturgie manifeste et actualise le mystère de la Pâque du Christ et, à ce titre, elle est l’événement capable de révéler le sens de la Bonne Nouvelle et de communiquer la vie même de Dieu. Avec ses rythmes, ses langages et ses rites, elle fait partie intégrante du cheminement même de conversion et de préparation aux sacrements.

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Ce ne sont pas ces thèmes, que nous, catholiques, savons être les plus importants, qui ont stupéfié les progressistes, mais ceux qui ont trait à l’ordre temporel ou, pour mieux dire, la clarté cristalline avec laquelle il s’est exprimé à leur sujet, dans une France qui fait fi de sa laïcité. Le jésuite Spadaro a dû rester bouche bée en écoutant les discours pontificaux, car sur son compte X, il avait prédit que Léon XIV n’évoquerait ces questions qu’à Lourdes, devant un public restreint et ciblé. Et il faisait référence à des questions telles que l’avortement, l’euthanasie ou l’éducation religieuse. Or, il n’en a rien été. Il l’a dit à Lourdes, mais il l’a également dit à Macron à l’Élysée et aux dirigeants européens à Metz.

Il a déclaré à ce sujet :

Mais aucune loi humaine ne doit nous faire perdre la certitude de sa dignité. Au contraire, c’est précisément au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine qu’il faut rejeter fermement la tentation de mettre fin à la vie sous prétexte d’une fausse compassion. Il est impossible de considérer comme normal le fait de mettre fin à la vie. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. Personne n’a le droit, jamais, en se fondant sur des algorithmes de laboratoire, de décider de la vie d’un embryon donné ou d’une personne âgée donnée ! La médecine ne pourra jamais devenir l’esclave de la mort programmée ! »

Il s’est exprimé dans le même sens à une autre occasion. Concernant l’éducation religieuse, il a déclaré aux évêques :

Je vous invite à rester vigilants pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer dans la véritable liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse s’exercer au nom de Jésus-Christ. Cependant, l’enseignement catholique ne peut en aucun cas renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui a pour objectif le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Il ne doit donc surprendre personne qu’un établissement catholique offre des occasions de rencontrer Jésus-Christ et d’écouter sa Parole. Et encore moins qu’aucun élève ne soit marginalisé dans sa classe du simple fait de croire en Jésus.

Concernant ces questions épineuses qu’il n’a pas éludées mais qu’il a abordées avec clarté, il a répondu lors de la conférence de presse qu’il a donnée aux journalistes lors de son voyage de retour, alors que ceux-ci lui reprochaient de s’être lancé dans la politique :

Il se peut que certains hommes politiques, disons de gauche ou de droite, soutiennent que la religion devrait se limiter uniquement à la sphère privée ; laissons les gens faire ce qu’ils veulent de leur côté, mais en tant qu’État, nous devons rester en dehors de cela. En réalité, lorsque je me suis rendu en France, c’était principalement pour prêcher l’Évangile, pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ lui-même dit lorsqu’il affirme : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », c’est-à-dire pour proclamer la vérité que Jésus nous offre.

La défense de la vie est un sujet que, comme vous le savez tous, l’Église enseigne et auquel elle croit profondément. Ainsi, d’une part, je savais bien sûr qu’une loi [sur l’euthanasie] venait d’être adoptée en France, tandis que dans d’autres pays européens et dans d’autres parties du monde, des questions liées à la fin de vie font l’objet de débats. […] Je dirais donc que, si c’est de la politique, je m’y suis livré, mais pas pour m’immiscer dans la politique française. Je l’ai fait pour enseigner ce en quoi l’Église croit véritablement.

À Metz, lors d’une rencontre avec des personnalités du monde de la culture et des dirigeants européens, le pape Léon a déclaré : 

Pour comprendre cette longue histoire, on ne peut toutefois passer sous silence un autre père de l’Europe : saint Benoît, que saint Paul VI a proclamé patron de l’Europe en 1964, le qualifiant de « messager de la paix, artisan de l’union, maître de la civilisation ». L’aide aux pauvres, aux malades et aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de domaines, en Europe, ont été profondément influencés par saint Benoît et ses moines ! Sans cet héritage monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Crodegang, régnait un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de vie partagée. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent. On ne peut pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme.

Et dans ce même contexte, il a également déclaré : 

Aux jeunes, je dis : ayez le courage d’assumer de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos villages et de toute l’Europe. N’ayez pas peur de fonder une famille, d’avoir des enfants, de défendre la dignité de chaque personne, dès le premier instant dans le ventre de la mère jusqu’à son dernier souffle.

Enfin, on pouvait s’attendre à ce que le Souverain Pontife évoque la douloureuse blessure que les consécrations épiscopales d’Écône ont infligée à l’Église, car c’est en France que ce mouvement est le plus fort. Et il l’a fait, sous forme d’exhortation, à deux reprises. Dans une homélie 

Qu’ils fassent donc passer avant leurs sensibilités personnelles la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église, afin de cultiver l’unité du peuple de Dieu.

Et dans le discours adressé aux évêques : 

Cette unité n’est pas une simple uniformité, mais elle permet à toute sensibilité authentiquement catholique de converger naturellement vers une profession de foi commune, par l’obéissance aux pasteurs légitimes et, en particulier, au Successeur de Pierre, « principe et fondement, perpétuel et visible, de l’unité de la foi et de la communion » (LG, 18). Il s’agit d’une unité dynamique qui se nourrit de la Tradition de l’Église — depuis les Pères jusqu’au Concile Vatican II — et du Magistère postconciliaire.

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Comme je l’ai dit, j’ai lu tous les discours prononcés par le Saint-Père lors de son voyage en France. On y trouve bien sûr des choses sans importance et quelques autres — peu nombreuses — qui ne m’ont pas beaucoup plu. Mais c’est normal et prévisible.

Ce qui ne me semble ni normal ni juste, bien que prévisible, c’est que certains maximalistes ou insatiables aient commencé à lancer des mises en garde, sur un ton condescendant et moralisateur : « Ne vous laissez pas tromper par le latin et les solennités ! ». Et ils ont invoqué comme raison de cette mise en garde un seul passage prononcé lors du premier jour de son voyage, dans lequel il évoque les « idéaux » de la Révolution française. Il n’y a là ni droiture d’intention ni honnêteté : ils font abstraction de tous les discours du pape pour l’attaquer sur un seul paragraphe, texte qu’ils s’efforcent d’ailleurs d’interpréter de la manière la plus tordue possible.

Le Saint-Père a déclaré : 

La France a apporté au monde de véritables acquis, parmi lesquels la reconnaissance des « droits de l’homme » inscrits dans la nature de la personne humaine, en particulier celui de la liberté religieuse. Cette attention constante portée à la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans sa devise nationale. Liberté, égalité et fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de ses bâtiments publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent également dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et de plénitude.

La gravité de ces propos résiderait, selon eux, dans le fait que le slogan révolutionnaire trouverait son fondement dans l’Évangile. Mais ils ne lisent pas la phrase dans son intégralité. Le Pape ne dit pas que la liberté, l’égalité et la fraternité trouvent leur fondement dans l’Évangile, comme si le Sermon sur la montagne avait été un brouillon de la Déclaration de 1789. Il dit plutôt que ces principes éthiques trouvent également dans le message évangélique « une source inépuisable d’inspiration et de plénitude », et il ancre les droits dans la nature de la personne humaine, et non dans la volonté générale ni dans le contrat de Rousseau. Le sens de l’argumentation est exactement inverse de celui que lui reprochent les maximalistes, puisqu’il ne va pas de la Révolution à l’Évangile, mais de l’Évangile vers des mots qui, arrachés à leur terreau, errent orphelins sur les frontispices de la France. C’est la vieille logique de la grâce qui ne détruit pas la nature mais la perfectionne, et qui perfectionne aussi, quand elle le peut, le langage des hommes.

Tout cela n’a rien de nouveau. Saint Paul, à l’Aréopage, n’a pas commencé son sermon en dénonçant l’idolâtrie des Athéniens et en brisant des autels, bien que son esprit bouillonnât en voyant la ville remplie d’idoles ; il reprit au contraire l’inscription figurant sur l’un de ces autels païens, Agnṓstōi theṓi, « au dieu inconnu », et leur dit : « Ce que vous vénérez sans le connaître, je vous l’annonce. » Et pour plus grand scandale des insatiables de l’époque, il cita un poète païen, Aratos de Solos : « Car nous sommes aussi de leur lignée ». Saint Justin voyait dans la sagesse des Grecs des graines éparpillées du Logos ; saint Augustin ordonna de dépouiller les Égyptiens de leur or pour le mettre au service du Christ ; et saint Grégoire le Grand écrivit à l’abbé Méliton de ne pas démolir les temples des Angles, mais de les purifier avec de l’eau bénite et de les consacrer au vrai Dieu, afin que le peuple, en se rendant dans les lieux habituels, apprenne à adorer celui qu’il ne connaissait pas. L’Église n’a jamais cru que pour évangéliser, il fallait commencer par brûler le vocabulaire de son interlocuteur, mais elle a toujours préféré le baptiser.

Et à plus forte raison lorsque le vocabulaire est, à proprement parler, volé. Car la triade révolutionnaire n’est pas sortie de nulle part : il n’y a pas de fraternité sans un Père commun, l’égalité des hommes a été proclamée par saint Paul aux Galates bien avant l’Assemblée nationale, et la liberté est celle pour laquelle le Christ nous a libérés. Chesterton l’a vu avec sa perspicacité habituelle : le monde moderne regorge d’anciennes vertus chrétiennes qui sont devenues folles, car elles ont été séparées les unes des autres et errent désormais seules. Leur redonner la raison, ce n’est pas céder devant la Révolution, mais revendiquer ce qui a toujours été nôtre. Et quiconque pense qu’un pape ne peut prononcer ces mots sans bénir la guillotine devrait expliquer pourquoi saint Paul a pu citer Aratos sans encenser Zeus.

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