Décidément, ce pape est insaisissable. Après les beaux moments qu’il a offerts aux Français la semaine passée, voilà qu’il gâche (presque) tout par une simple liste.
Avec l’exhortation apostolique Amoris laetitia, publiée le 19 mars 2016, à la suite des deux synodes sur la famille de 2014 et 2015, François signait le document pontifical le plus controversé de l’après-Vatican II [Dossier complet sur ce site: benoit-et-moi.fr/2016…amoris-laetitia].
Usant d’une ruse authentiquement jésuite, El Papa avait inclus dans des « notes de bas de pages » devenues depuis lors tristement célèbre, les points les plus explosifs du document: ceux qui permettaient rien de moins que l’accès de la communion aux divorcés remariés [cf. benoit-et-moi.fr/2016…/exhortation-le-diable-est-dans-les-pieds-de-page], en contradiction flagrante avec la doctrine catholique de toujours.
La liste des invités personnels de Léon XIV (tous de l’aile progressiste) à une rencontre qui va se tenir ces jours-ci à Rome sur le thème « La Famille à la lumière d‘Amoris Laetitia« ne laisse hélas aucun doute sur les intentions du Pape: l’Eglise poursuit sur la lancée de Bergoglio, l’initiateur de processus, comme il se qualifiait lui-même, sans aucun répit.
Cupich, McElroy, Tobin, Cobo, Hollerich, Fernández : « Léon XIV » choisit ses représentants pour la rencontre sur Amoris laetitia
INFOVATICANA
3 octobre 2026
La liste des invités personnels du pape à la rencontre qui se tiendra du 7 au 14 octobre, publiée ce vendredi par le service de presse en même temps que le programme des travaux, rassemble les figures les plus en vue de l’aile progressiste de l’Église et exclut tous les détracteurs de l’exhortation de François.
.
Dans quatre jours, des cardinaux et des évêques du monde entier se réuniront avec Léon XIV au Vatican pour discuter de la famille à la lumière d’Amoris laetitia. La convocation officielle parle de « discernement synodal » et d’« écoute réciproque », mais la liste des invités que le pape a ajoutée de sa propre main aux participants de droit en dit un peu plus long.
Cupich, McElroy, Tobin, Cobo, Hollerich, Fernández, Tagle, David : tous les noms qui ont marqué l’agenda du pontificat précédent sur la question du mariage y figurent. Aucun de ceux qui en ont débattu n’a été convoqué.
.
Une rencontre « qui n’est pas un synode »
Léon XIV a annoncé cette rencontre le 19 mars dernier, jour de la fête de saint Joseph et du dixième anniversaire de l’exhortation, par le biais d’un message dans lequel il convoquait les présidents des conférences épiscopales du monde entier et les chefs des Églises catholiques orientales afin de « procéder, dans l’écoute réciproque, à un discernement synodal sur les mesures à prendre pour annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui ».
Le format rappelle celui du sommet sur les abus de février 2019, lors duquel François avait réuni à Rome les chefs des épiscopats des cinq continents.
Le 6 juillet, la Salle de presse a publié l’itinéraire thématique élaboré par le Secrétariat général du Synode et le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie.
Cinq grands thèmes structurent les travaux :
- la réalité des familles aujourd’hui,
- les jeunes et la vocation au mariage,
- les premières années de mariage,
- la famille en tant que sujet d’évangélisation
- l’accompagnement de ceux qui ont connu « la souffrance, l’abandon, la séparation et le divorce »
Ce dernier point, le seul qui touche au cœur du chapitre VIII de l’exhortation Amoris laetitia, est celui qui a suscité l’attente chez les uns et l’inquiétude chez les autres.
Selon le programme présenté ce vendredi à la salle de presse, les travaux se dérouleront à huis clos dans la salle Paul VI, en présence de quelque190 participants : les présidents des 115 conférences épiscopales, les chefs des Églises orientales, onze couples issus des cinq continents et une trentaine d’experts et d’animateurs.
Le Pape ne sera présent qu’à l’ouverture, le 7, et à la clôture, le 14. Les participants de droit sont donc les présidents des conférences épiscopales, avec toute la diversité que cela implique : des épiscopats africains, polonais, hongrois ou d’Europe centrale qui, en leur temps, avaient accueilli Amoris laetitia avec prudence ou avec des réserves publiques.
Le pape a ajouté à cette assemblée vingt-deux invités personnels, et c’est dans cette liste, choisie un par un depuis Sainte Marthe, que l’on devine l’orientation que Rome souhaite donner à cette rencontre.
Dix ans d’une plaie encore ouverte
Amoris laetitia, signée par François le 19 mars 2016 à la suite des deux synodes sur la famille de 2014 et 2015, est le document pontifical le plus controversé de ces cinquante dernières années.
La polémique porte sur une poignée de paragraphes et, surtout, sur une note de bas de page, la §351, qui ouvre la voie à la communion sacramentelle des personnes divorcées remariées civilement dans « certains cas », après un processus de discernement dans le for intérieur.
L’accueil réservé à cette mesure a été immédiatement mitigé.
En septembre 2016, les évêques de la région de Buenos Aires ont rédigé des critères autorisant cette communion, et François les a entérinés par une lettre affirmant qu’« il n’y a pas d’autres interprétations ».
Des épiscopats comme celui de Pologne ou des diocèses comme celui de Philadelphie, dirigé par Mgr Chaput, ont maintenu la discipline de Familiaris consortio : l’accès à la communion n’est accordé qu’à ceux qui s’engagent à vivre comme des frères et sœurs.
L’Allemagne, Malte et une grande partie de l’Église d’Europe centrale ont adopté l’interprétation la plus ouverte.
En septembre 2016, quatre cardinaux – Burke, Brandmüller, Caffarra et Meisner – ont présenté au pape cinq dubia concernant la compatibilité de l’exhortation avec le magistère antérieur. Ils n’ont jamais reçu de réponse. Deux d’entre eux sont décédés en l’attendant.
En 2023, un deuxième groupe, à nouveau mené par Burke et comprenant Sarah, Zen, Sandoval et Brandmüller, a renouvelé l’opération à la veille du Synode sur la synodalité et a obtenu une réponse de François lui-même ainsi que du préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi nouvellement nommé, le cardinal Víctor Manuel Fernández, considéré comme l’auteur du huitième chapitre controversé.
Quelques semaines plus tard, le 18 décembre 2023, ce même Fernández a signé Fiducia supplicans, la déclaration autorisant la bénédiction des couples en situation irrégulière et des couples de même sexe, et que l’Afrique tout entière a rejetée en bloc.
Avec l’élection de Léon XIV, une grande partie de l’épiscopat espérait que le nouveau pontificat mettrait de l’ordre dans cette diversité de pratiques. Certains voient dans la convocation d’octobre l’occasion de le faire. D’autres craignent qu’elle ne serve à consolider, sous le sceau de la « synodalité », ce qui n’était jusqu’à présent qu’une interprétation parmi d’autres.
Les invités du pape
La liste officielle des participants répertorie, sous la rubrique « Invitati », vingt-deux prélats qui ne participent pas en raison de leur fonction, mais sur désignation pontificale. La lecture de la liste des participants américains et européens ne laisse aucun doute.
Trois cardinaux et un évêque viennent des États-Unis.
- Blase Cupich, archevêque de Chicago, a été le grand promoteur d’Amoris laetitia au sein de l’épiscopat américain et le premier à affirmer que la conscience des personnes divorcées remariées pouvait les conduire à la communion.
- Robert McElroy, aujourd’hui à Washington, a défendu depuis San Diego la même thèse et l’a étendue aux couples homosexuels dans un célèbre article de 2023 dans lequel il appelait à une « inclusion radicale ».
- Joseph Tobin, archevêque de Newark, est le troisième sommet de ce même triangle, accueillant dans sa cathédrale des pèlerinages de catholiques homosexuels.
Daniel Flores, évêque de Brownsville et figure de proue du Synode sur la synodalité aux États-Unis, complète la délégation.
.
Du côté de l’Europe, le cardinal Jean-Claude Hollerich, jésuite et rapporteur général du Synode sur la synodalité, a ouvertement demandé une révision de la doctrine sur l’homosexualité.
Et en Espagne, le cardinal José Cobo, archevêque de Madrid et vice-président de la Conférence épiscopale, siégera aux côtés de Mgr Argüello, présent d’office en tant que président. Le fait que le pape souhaite la présence de Cobo dans la salle, indépendamment de sa fonction, alors que l’Espagne dispose déjà d’une voix assurée, est en soi une indication de qui Rome écoute au sein de l’épiscopat espagnol.
Du côté de la Curie, sont présents le cardinal Fernández, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et auteur matériel du texte célébré, ainsi que le cardinal Luis Antonio Tagle, pro-préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation, qui avait demandé en 2016 une application de l’exhortation « au cas par cas ».
Viennent des Philippines le cardinal Pablo Virgilio David, évêque de Kalookan, et du Canada le cardinal Gérald Lacroix, de Québec, accompagnés de l’évêque Joseph Dabrowski.
Le reste de la liste comprend des personnalités moins en vue : Giuseppe Baturi, secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne ; le cardinal Ignace Bessi Dogbo, d’Abidjan ; le cardinal Protase Rugambwa, de Tabora ; les évêques Jean Bondu (France), Jaime Calderón (Zacatecas), Robert Llanos (Antigua-et-Barbuda), Peter Machado (Vasai), Pierantonio Tremolada (Brescia) et Bruno Elizeu Versari (Brésil). Aucun d’entre eux ne s’est jamais distingué pour avoir contesté l’exhortation.
Ceux qui sont absents, et les deux évêques de Pékin
Le revers de cette liste est tout aussi éloquent.
Pas un seul signataire des dubia de 2016 ou de 2023 n’a été convoqué : ni Burke, ni Brandmüller, ni Sarah, ni Zen. Pas plus que le cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au moment de la publication de l’exhortation et critique persistant de son application, ni Charles Chaput, dont les directives de Philadelphie ont constitué le contrepoids le plus articulé à celles de Buenos Aires. Aucun Européen du calibre de Péter Erdő, rapporteur général des synodes sur la famille et défenseur de la discipline traditionnelle, ne figure parmi les invités personnels.
Si la pluralité existe dans la salle, ce sont les présidents des conférences qui l’apporteront de leur propre chef, et non par la volonté de celui qui a dressé la liste.
L’autre élément qui saute aux yeux est la présence de deux évêques de la République populaire de Chine : Giuseppe Huang Bingzhang, évêque de Shantou, ordonné sans mandat pontifical en 2011, excommunié puis réintégré en 2018 dans le sillage de l’accord provisoire avec Pékin, et Matteo Zhen Xuebin, évêque de Pékin, élu conformément aux mécanismes de ce même accord.
Leur contribution pastorale à un débat sur la famille est difficile à imaginer dans un pays qui a imposé pendant quatre décennies la politique de l’enfant unique et où l’Église opère sous la surveillance de l’Association patriotique. Leur invitation en dit moins long sur Amoris laetitia que sur la continuité de la politique chinoise du pontificat précédent, renouvelée par Léon XIV sans modifications visibles.
La liste en tant que message
À Rome, on lit les listes des participants avant même les discours.
François a gouverné pendant douze ans à coups de nominations et d’invitations, et quiconque connaissait la liste des participants à un synode en connaissait déjà le document final.
Léon XIV, qui cultive depuis mai 2025 l’image d’un pontife serein, institutionnel et peu enclin aux guerres internes, vient de signer, par cette liste, sa première prise de position sans équivoque sur la question la plus controversée héritée de son prédécesseur. Pour se prononcer sur la note § 351, il lui a suffi de décider qui s’assiérait à la table.
Cette rencontre se présente comme un exercice d’écoute. La question qui reste en suspens est de savoir qui a été invité à prendre la parole.

0 commentaires