Le mythe du pape « efficace »

17 Oct 2026 | Actualités

En marge d’une déclaration extemporanée du cardinal secrétaire d’état Parolin, qui , pressé par des journalistes avides de sensationnalisme, a dit son inquiétude pour la santé de Léon XIV, lequel devrait peut-être, selon lui, remodeler/remoduler (le terme utilisé n’est pas clair) son pontificat, avant de rétropédaler et de préciser qu’il parlait seulement des voyages , le directeur de La NBQ remet au cœur du débat LA question: la papauté se mesure-t-elle uniquement à l’aune des vols et de l’énergie dépensée? (une question qui s’était déjà posée au moment de la renonciation de Benoît XVI).

Or la papauté n’est pas une fonction administrative comme une autre, condamnée à l’efficacité. Si elle existe depuis 2000 ans il y a sûrement une autre raison: la mission du Pape s’accomplit aussi et surtout dans la prière, dans le dialogue avec le Seigneur.

Et là encore, on est renvoyé à Benoît XVI et à la fameuse declaratio lue devant les cardinaux stupéfaits, le 11 février 2013. Et surtout à sa dernière Audience Générale, le 28 février 2013, où il confiait aux nombreux fidèles, présents physiquement ou pas: « Je n’abandonne pas la croix, mais je reste d’une façon nouvelle près du Seigneur crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge pour le gouvernement de l’Église, mais dans le service de la prière, je reste, pour ainsi dire, dans l’enceinte de saint Pierre«  (on sait les innombrables interprétations qui ont été données par la suite, et les polémiques qui ont suivi). 

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Et puis il y a un autre aspect à retenir dans la précision apportée par le cardinal Parolin, à savoir l’assimilation implicite entre le pontificat et les voyages du pape, comme si, sans ceux-ci, un pontificat était incomplet.
Le fait est qu’il semble désormais que les voyages soient essentiels pour un pape ; en réalité, il n’en est rien : le phénomène des voyages est récent, il a connu un essor à l’époque de Jean-Paul II, mais on oublie qu’il y a cent ans, non seulement les papes ne parcouraient pas le monde, mais peu de gens connaissaient même leur visage. Et ils n’étaient pas non plus constamment présents dans les journaux, ils n’accordaient pas d’interviews à la moindre occasion, voire n’en accordaient aucune. Ils s’exprimaient par le Magistère, et cela suffisait.

Certes, beaucoup de choses ont changé et les voyages ont eux aussi leur importance, lorsqu’ils sont bien préparés et ne deviennent pas source d’embarras et d’ambiguïtés, mais si un pape, pour quelque raison que ce soit, décidait de ne plus effectuer de voyages à l’étranger, nous n’assisterions pas pour autant à un pontificat réduit de moitié ou affaibli.

L’imprudence de Parolin trahit le mythe du pape efficace

Riccardo Cascioli
La NBQ
17 octobre 2026

Pressé par les journalistes, le cardinal affirme que, si nécessaire, Léon XIV pourrait « redéfinir » son pontificat, précisant ensuite qu’il ne faisait référence qu’aux voyages. Une déclaration doublement malvenue : mieux vaut se taire que d’alimenter les théories du complot, mais surtout, la papauté ne se mesure pas à l’aune des vols et de l’énergie dépensée.

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Pour sa défense, on peut invoquer l’insistance des journalistes à chercher à tout prix un titre – avant même la nouvelle elle-même – à mettre en une, mais il reste embarrassant qu’un diplomate expérimenté comme le secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, se laisse aller à des déclarations sur la santé du pape qui ne font qu’alimenter les théories du complot et les rumeurs dont nous nous passerait volontiers.

Mercredi 15 octobre, en marge d’un événement auquel il participait, Parolin a été pris d’assaut par les journalistes et, après avoir déclaré qu’il était « toujours inquiet » et que de toute façon « on ne peut pas faire de prévisions, il s’agit maintenant de voir quand il reviendra et ce que diront les médecins », il a ensuite fait une déclaration dont les conséquences étaient facilement imaginables : « Au vu de tous ces éléments, le pape réorganisera son pontificat si cela s’avère nécessaire».Cette phrase a immédiatement déclenché une avalanche d’hypothèses et de questions : que signifie « réorganiser le pontificat » ? Le cardinal Parolin en sautait-il davantage que les communiqués officiels de la polyclinique Gemelli ? Aurons-nous un pape handicapé ? Et ainsi de suite. À tel point qu’hier après-midi, le cardinal Parolin lui-même a dû intervenir pour préciser qu’il faisait référence aux voyages du pape, « par exemple, du moins en ce qui concerne ce prochain voyage », en référence au long voyage prévu en Amérique du Sud dont le départ est fixé au 6 novembre.

Hier, l’image diffusée par la Salle de presse du Vatican, sur laquelle on voit le pape célébrer la messe a aussi contribué à apaiser quelque peu les inquiétudes, puisqu’elle le montre en bonne forme, confirmant ainsi les notes positives des bulletins médicaux.

La question demeure toutefois de savoir pourquoi certains membres de la Curie, en l’occurrence le secrétaire d’État du Vatican, ne parviennent pas à s’abstenir de faire des déclarations dont ils savent d’avance qu’elles susciteront de nombreuses réactions et des discussions inutiles. Un simple « je n’ai rien à ajouter aux communiqués des médecins et de la salle de presse » suffirait, d’autant plus que, cette fois plus que jamais, ceux-ci misent sur la transparence dans la communication.

Et puis il y a un autre aspect à retenir dans la précision apportée par le cardinal Parolin, à savoir l’assimilation implicite entre le pontificat et les voyages du pape, comme si, sans ceux-ci, un pontificat était incomplet. Un malentendu que Benoît XVI avait lui-même alimenté en son temps, lorsqu’il avait invoqué, pour justifier sa renonciation, l’impossibilité d’assister aux prochaines Journées mondiales de la jeunesse. Le fait est qu’il semble désormais que les voyages soient essentiels pour un pape ; en réalité, il n’en est rien : le phénomène des voyages est récent, il a connu un essor à l’époque de Jean-Paul II, mais on oublie qu’il y a cent ans, non seulement les papes ne parcouraient pas le monde, mais peu de gens connaissaient même leur visage. Et ils n’étaient pas non plus constamment présents dans les journaux, ils n’accordaient pas d’interviews à la moindre occasion, voire n’en accordaient aucune. Ils s’exprimaient par le Magistère, et cela suffisait.

Certes, beaucoup de choses ont changé et les voyages ont eux aussi leur importance, lorsqu’ils sont bien préparés et ne deviennent pas source d’embarras et d’ambiguïtés, mais si un pape, pour quelque raison que ce soit, décidait de ne plus effectuer de voyages à l’étranger, nous n’assisterions pas pour autant à un pontificat réduit de moitié ou affaibli.



À cette réflexion s’ajoute une vision axée sur l’efficacité qui s’est également infiltrée dans l’Église. Un cancer a été diagnostiqué chez le pape, il vient de subir une intervention chirurgicale lourde, et bien sûr, nous espérons tous qu’elle sera concluante. Mais la convalescence et les contrôles nécessitent du temps et de la tranquillité, comme pour tout malade dans son état.

Cette pression, deux jours après l’opération, pour savoir si et quand il retrouvera toutes ses capacités, n’a aucun sens, comme si – là encore – la validité du pontificat en dépendait. Souvenons-nous des communiqués grotesques du Vatican à l’occasion de la dernière hospitalisation du pape François, lorsque l’on tenait à souligner chaque jour que le pape était au travail et s’occupait de ses affaires, alors qu’il était évident qu’il n’était pas en état de le faire.

Il n’y a donc qu’à rester sereins et à prier pour lui, conscients que l’essence même du pontificat ne dépendra pas de son efficacité ni du nombre de voyages en avion qu’il sera capable d’effectuer, mais de sa fidélité à la volonté du Seigneur.

Mots Clés: Léon XIV malade

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