Santé du pape et transparence

19 Oct 2026 | Actualités

Je suis bien consciente qu’au moment où le pays s’embrase, sous les coups de boutoir répétés de foyers de guérillas urbaines convergeant dangereusement vers le chaos généralisé, et alors que le « pouvoir » est incarné par un couple Thénardier impuissant et qui nous fait honte, il est permis de trouver ce sujet un peu « léger ».

Mais la France n’est pas le cœur du monde. Et le problème soulevé ici par Luis Badilla (qui fut porte-parole officieux de l’Argentin avant d’ouvrir les yeux et d’en devenir un détracteur implacable) aborde, plus largement, le rôle d’information des médias – lesquels ont pour habitude de présenter une vision des évènements biaisée par l’idéologie (cela s’appelle la pensée unique) et ne donc sont pas pour rien dans la situation dramatique aujourd’hui en France.

Depuis dimanche dernier, jour où le pape Léon a annoncé, en quelques mots brefs et posés, sa maladie et son hospitalisation qui en a découlé, une grande partie de la presse s’est livrée à des articles élogieux.

On vante le pontife pour avoir inauguré, sur le sujet délicat de la santé de l’évêque de Rome, un style de communication radicalement nouveau : transparent, direct et prétendument inédit.

Certains hauts prélats de la Curie romaine se joignent à ce concert de louanges, avec la même rhétorique éculée.

À ce stade, cependant, il est nécessaire de rétablir fermement la vérité historique : le contenu et les modalités actuelles s’inscrivent dans un style largement consolidé depuis l’époque de l’attentat contre saint Jean-Paul II. Déjà à l’époque, le monde entier avait pu voir le souverain pontife sur son lit d’hôpital à la polyclinique Gemelli, vêtu d’une blouse d’hôpital, tout juste sorti d’interventions chirurgicales complexes. Dès lors, la transparence est restée une constante à chacune des nombreuses hospitalisations du pape polonais, rythmées par des bulletins signés par les médecins et des conférences de presse officielles de l’équipe médicale.

Avant même cela, tout en restant fidèle à son tempérament austère, saint Paul VI avait choisi la voie de la franchise. Lors de l’Angélus du 1er novembre 1967, il avait évoqué publiquement l’intervention imminente de prostatectomie pour une hypertrophie bénigne, qui allait être pratiquée trois jours plus tard dans un bloc opératoire aménagé directement au sein du Palais apostolique.

Enfin, il suffit de se pencher sur le pontificat de Benoît XVI pour contredire ceux qui attribuent l’exclusivité de la transparence à Léon XIV. Joseph Ratzinger s’est présenté en personne aux urgences de l’hôpital « Parini » d’Aoste, accompagné uniquement de son secrétaire et de son chauffeur, pour se faire soigner une fracture complexe du poignet droit. À cette occasion, l’administration hospitalière l’a officiellement enregistré sous le nom de « patient inconnu 917 », bien que les images du pape franchissant le seuil de l’établissement faisaient déjà le tour du monde.

Avec le pape François, ce parcours s’est avéré plus complexe et fragmentaire, pâtissant d’une gestion fortement centralisée. À plusieurs moments de son pontificat, même dans les moments les plus délicats, la transparence a fait défaut, suscitant la désorientation et s’exposant à des manipulations. Aujourd’hui encore, dix-huit mois après son décès, de nombreux aspects liés à la fin de vie du pontife argentin restent entourés d’incertitude, alimentant inévitablement la confusion.

La conduite du pape Prevost dans la gestion de sa pathologie ne fait que rétablir la méthode et le style que le Saint-Siège, depuis Pie XII, a toujours appliqués dans le strict respect de la confidentialité. Les louanges et les applaudissements que l’on peut lire ces jours-ci, parfois exprimés dans des pages entières de célébration, sont superflus pour Léon XIV. Le Souverain Pontife sait se tenir à l’écart des tons affectés – comme il l’a démontré dès le premier jour – et, résidant au Vatican depuis avril 2022, il sait bien lire entre les lignes.

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