Une magistrate argentine a émis un mandat d’arrêt international contre « Mgr » Zanchetta. Titulaire du diocèse d’Oràn, dans le nord de l’Argentine, il en a littéralement décampé en toute hâte en novembre 2017, pour se réfugier au Vatican où le Pape a créé pour lui un job ad hoc à l’Apsa. Accusé de malversation financières, il se trouve en plus impliqué dans une série de scandales homosexuels sordides. Aujourd’hui, sa résidence déclarée est Ste Marthe. Sera-t-il extradé? Et que va faire François?

François et Gustavo Zanchetta, à Sainte Marthe
Photo Vatican/NCR

J’ai trouvé plusieurs articles, mais curieusement, les grands médias français, si prompts à dénoncer les abus dont se serait rendu coupable le cardinal Pell (sans parler du cardinal Barbarin et même, si l’on remonte plus loin dans le temps, les accusations totalement abracadabrantesques portées il y a une dizaine d’années contre le frère même de Benoît XVI, Mgr Georg – au fait, quelqu’un a-t-il demandé pardon pour ces odieuses calomnies?) – sont très discrets.

Certes, il est douloureux lorsqu’on est catholique – même seulement « culturel », je sais, cela va en faire hurler certains – d’avoir à déballer au grand jour des faits aussi sordides, d’autant plus lorsqu’ils impliquent un proche du Pape régnant – quel qu’il soit; mais justement, cette circonstance devrait exiger de François qu’il clarifie une fois pour toutes, et sans se servir d’arguments aussi fallacieux que le tristement célèbre « qui suis-je pour juger? », les liens qu’il persiste à entretenir avec des personnages aussi moralement douteux que celui qui nous occupe ici (qui vient s’ajouter à une liste bien trop longue sur laquelle je ne vais pas revenir), alors que les fans médiatiques ont la bouche pleine de « transparence » et de « tolérance zéro ».


1. Du site Catholic News Agency (CNA) du 10 novembre (via NCR)

Le procureur demande l’arrestation d’un évêque du Vatican accusé d’avoir abusé de séminaristes argentins
On ne sait pas encore si Mgr Gustavo Zanchetta sera appréhendé dans l’État de la Cité du Vatican et extradé vers l’Argentine.

Un procureur d’Argentine a demandé l’arrestation de Mgr Gustavo Zanchetta, accusé d’avoir agressé sexuellement deux séminaristes. Mgr Zanchetta est suspendu de son poste à la Banque centrale du Vatican, où il a été nommé « assesseur » par le pape François en 2017.
Mgr Zanchetta est accusé d’avoir abusé sexuellement de deux séminaristes et a été inculpé au criminel en juin. Il pourrait risquer de trois à dix ans de prison s’il est reconnu coupable.
L’évêque vit dans l’État de la Cité du Vatican, à la Domus Santa Marta, le même hôtel où réside le Pape François.

María Soledad Filtrín Cuezzo, procureur pour crimes sexuels à Orán, a demandé une assistance internationale pour l’arrestation de Mgr Zanchetta, parce que, selon le journal El Tribuno, l’évêque n’a pas répondu aux appels téléphoniques et aux mails répétés concernant les coordonnées fournies par son avocat.
Mme Cuezzo s’était opposé à ce que Mgr Zanchetta quitte le pays, selon El Tribuno, mais l’évêque a été autorisé à partir après avoir présenté un document prouvant qu’il est employé au Vatican. Elle a également dit qu’elle avait à plusieurs reprises jugé nécessaire de demander l’aide du nonce apostolique en Argentine afin de s’assurer que Mgr Zanchetta comparaisse devant le tribunal pendant la procédure.
Mgr Zanchetta aurait envoyé des messages sexuellement explicites à partir de son téléphone portable, harcelé des séminaristes et mal géré les finances du diocèse d’Orán, qu’il a dirigé de 2014 à 2017.
Plus tôt ce mois-ci, la police a fait une descente dans les bureaux de la chancellerie d’Orán.
L’évêque a démissionné de son diocèse en 2017, « pour raisons de santé ». Quatre mois plus tard, le Pape François l’a nommé à un poste nouvellement créé dans l’Administration du Patrimoine du Siège Apostolique, qui supervise le patrimoine et les biens immobiliers du Vatican.
Des sources argentines affirment que l’évêque aurait été accusé pour la première fois de comportement sexuellement inapproprié en 2015.
Selon un reportage datant de février de El Tribuno, l’un des secrétaires de l’évêque Zanchetta a alerté les autorités après avoir accidentellement trouvé des images sexuellement explicites envoyées et reçues sur le portable de l’évêque Zanchetta en 2015. Selon la plainte, certaines de ces images montrent des « jeunes » ayant des rapports sexuels en plus d’images obscène de l’évêque Zanchetta lui-même.
L’évêque a affirmé que son téléphone et son ordinateur avaient été piratés et que les accusations étaient motivées par des voix anti-François.
Le pape François a convoqué Mgr Zanchetta à Rome en octobre 2015. Le pape semble avoir accepté l’excuse de Mgr Zanchetta selon laquelle son téléphone portable avait été piraté et a rejeté les allégations.
Le Vatican a déclaré à deux reprises que les autorités n’avaient rien su des méfaits de Mgr Zanchetta jusqu’en 2018, ce que conteste le père Juan José Manzano, ancien vicaire général du diocèse d’Orán, qui affirme avoir dénoncé Mgr Zanchetta en 2015, après avoir trouvé les images pornographiques sur son téléphone. Le père Manzano dit qu’il l’a aussi signalé de nouveau en 2017.
Le rapport indique également que trois des vicaires généraux de l’évêque Zanchetta et deux monsignori ont déposé une plainte interne formelle devant la nonciature argentine en 2016, alléguant un comportement inapproprié avec des séminaristes.
Ce comportement consistait à entrer dans leur chambre la nuit, leur demander des massages, réveiller les séminaristes le matin, s’asseoir sur leur lit, boire de l’alcool avec eux, et favoriser les jeunes hommes les plus attirants.

L’accusation interne de 2017, dont El Tribuno dit qu’elle faisait état d’abus plus explicites de la part de Mgr Zanchetta à l’égard des séminaristes, a entraîné le départ de Mgr Zanchetta du diocèse, bien qu’il ait déclaré démissionner pour raisons de santé. Le Vatican n’a pas ouvert d’enquête à l’époque.
Le Pape François a dit en janvier que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi enquête actuellement sur Mgr Zanchetta.
On ne sait pas encore si l’évêque sera appréhendé dans l’État de la Cité du Vatican et extradé vers l’Argentine.

2. De La Bussola (Nico Spuntoni) du 22/11

Abus: Mgr Zanchetta sera-t-il extradé?

Après que la justice argentine ait émis un mandat d’arrêt international contre Zanchetta, on peut se demander comment le Vatican va agir. Il n’y a pas de traité d’extradition entre le pays sud-américain et le Saint-Siège. Et jusqu’à présent, avec François engagé dans son voyage apostolique en Asie, rien n’a filtré à travers les Murs Léonins.

Tandis que le pape est occupé à des kilomètres de son voyage apostolique en Thaïlande, de sombres nuages s’amoncellent à nouveau sur le Vatican. La mauvaise nouvelle est venue du pays d’origine du Saint-Père et a vu l’implication d’un prélat avec lequel il a eu l’occasion de collaborer à la Conférence épiscopale argentine.

Maria Soledad Filtrin Cuezzo, procureur pénal du Bureau de la violence de genre et des crimes contre l’intégrité sexuelle d’Orán, a émis un mandat d’arrêt international contre Monseigneur Gustavo Zanchetta, conseiller pour l’administration du patrimoine du Siège apostolique (Apsa). La demande d’arrestation a été motivée par l’absence répétée de réponse aux tentatives de contacter le prélat par téléphone et par courrier électronique, tentatives entreprises par le procureur au cours des derniers mois pour procéder à la signification des actes de procédure.

L’ancien sous-secrétaire de la Conférence épiscopale argentine, accusé dans un procès pour abus, avait été autorisé par le juge à retourner à Rome pour des raisons professionnelles jusqu’en août. Durant ces mois, Zanchetta, qui – bien qu’ayant été suspendu – continue d’occuper le poste ad hoc de conseiller de l’Apsa, aurait établi son domicile au Vatican, a refusé de répondre au téléphone. Déjà à l’époque, la magistrature s’était opposée à la possibilité de laisser l’évêque retourner à Rome. Les procureurs avaient invoqué la présence de l’accusé dans la province septentrionale de l’Argentine, entamant la procédure pour demander au ministère des Affaires étrangères et du Culte « d’élaborer le formulaire de notification pour Gustavo Oscar Zanchetta, de comparaître à l’audience d’accusation » avec transfert ultérieur à la Nonciature apostolique de Buenos Aires pour notification.

Auparavant, le parquet s’était opposé à la levée des mesures restrictives, au motif du manque de volonté manifesté par Zanchetta de se soumettre aux injonctions de la justice. La nouvelle du mandat d’arrêt international se situe donc dans ce contexte. .

Le procureur avait demandé que Zanchetta soit soumis à un procès, sous l’accusation d’abus sexuel aggravé, incluant les preuves recueillies au cours de la phase d’enquête et les résultats des tests psychiatriques et psychologiques – qui ont eu lieu sous le contrôle du professionnel désigné par la défense – selon lesquels l’accusé présenterait « une personnalité aux traits psychopathiques (indicateurs de manipulation, émotions superficielles, faible capacité empathique) » et aurait fait preuve d’ « interrelations déséquilibrées, exerçant son pouvoir sur autrui ». L’enquête est née de la plainte de deux séminaristes qui ont dénoncé avoir été victimes d’épisodes d’abus sexuels et de pouvoir de la part de l’évêque d’Orán. Les événements se seraient déroulés dans le bâtiment du Séminaire Jean XXIII et dans la paroisse de Saint-Antoine et remonteraient à 2016 et 2017.

Que peut-il se passer maintenant après le mandat d’arrêt international délivré par la magistrature de Salta? Comme l’a rappelé Filtrin Cuezzo à Associated Press News en juin dernier, il n’existe pas de traité d’extradition entre l’Argentine et le Saint-Siège.

Il y a deux ans, c’est le Canada qui avait émis un mandat d’arrêt contre un fonctionnaire de la nonciature américaine, Mgr Carlo Alberto Capella, accusé de détention et d’échange de pornographie juvénile. Monseigneur Capella a finalement été jugé par le tribunal de la Cité du Vatican et condamné à 5 ans et 5.000 euros d’amende pour pédopornographie. Actuellement, le diplomate émilien purge sa peine à l’intérieur des frontières du plus petit Etat du monde, vraisemblablement dans la cellule des casernes du Corps de gendarmerie.

Zanchetta fait également l’objet d’une enquête dans les Murs Sacrés, par la Congrégation pour la doctrine de la foi, alors qu’il ne semble pas y avoir d’affaire pénale contre lui devant le tribunal de l’État de la Cité du Vatican. S’il ne retourne pas en Argentine, on peut présumer qu’il pourra continuer à être un homme libre à Sainte Marthe, la dernière résidence qu’il a déclarée au système judiciaire argentin. Jusqu’à présent, le Saint-Siège n’a fait aucune déclaration au sujet du mandat d’arrêt international contre l’ancien évêque d’Orán. Le pape François, qui a parlé de son cas [pas vraiment; il l’a plutôt éludé] en mai dernier lors de l’entretien avec la journaliste mexicaine Valentina Alazraki, va-t-il rompre le silence lors de la conférence de presse traditionnelle dans l’avion qui revient du voyage apostolique en Asie?