Les autorités israéliennes ont procédé au gel des comptes bancaires du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem. Des mesures faisant partie d’une stratégie plus large visant à saper la présence chrétienne originelle en Palestine et à priver la ville de son caractère religieux et culturel pluriel.
L’information qui suit est issue du blog Silere non possum, à ma connaissance, elle n’a pas (ou peu) été relayée par les médias français.

Israël gèle les comptes du patriarcat orthodoxe de Jérusalem

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Photo VaticanNews

Les autorités israéliennes ont procédé au gel des comptes bancaires du Patriarcat orthodoxe et imposé des taxes exorbitantes sur ses biens. Une décision qui a immédiatement suscité condamnations et mises en garde, non seulement de la part des autorités palestiniennes mais aussi des institutions religieuses locales, qui parlent d’une atteinte sans précédent à la liberté de l’Église et à sa survie même.

Une mesure qui menace la mission de l’Église

Le Comité supérieur des affaires ecclésiastiques, dans un message adressé aux Églises du monde, a dénoncé la démarche israélienne, soulignant qu’elle mettait en péril la capacité du Patriarcat à accomplir ses tâches spirituelles, humanitaires et communautaires. La Commission a parlé d’une « violation flagrante du statu quo historique » qui régit les relations entre les communautés religieuses à Jérusalem, ainsi que d’un « affront clair au droit international et aux accords existants ».

L’attaque ne s’est pas limitée au blocage des comptes. Selon la même Commission, il y a eu des agressions contre les terres de l’Église orthodoxe près du monastère de Saint Gerasimos , près de Jéricho, avec de nouvelles expansions coloniales dans les zones environnantes. Une action qui, dans le cadre de la politique de colonisation, semble viser à modifier l’identité même de Jérusalem et à réduire progressivement sa composante arabe et chrétienne.

Une politique systématique

« Ce qui se passe, prévient le Comité, représente une attaque sans précédent contre les Églises de Terre Sainte et en particulier contre le Patriarcat orthodoxe de Jérusalem. Les mesures israéliennes sont interprétées comme faisant partie d’une stratégie plus large visant à saper la présence chrétienne originelle en Palestine et à priver la ville de son caractère religieux et culturel pluriel.

Le porte-parole de l’Église orthodoxe grecque a parlé d’un acte « contraire aux coutumes et accords internationaux », ajoutant que les chefs des Églises locales se réunissent en permanence pour définir une stratégie de riposte.

Condamnation palestinienne

Le ministère palestinien des affaires étrangères a à son tour dénoncé la mesure, la qualifiant de partie d’une « guerre ouverte » contre les lieux saints chrétiens et musulmans et les institutions religieuses palestiniennes. La même position a été adoptée par la Province de Jérusalem, qui a parlé d’un « nouveau crime » visant à paralyser la vie de l’Église, interprétant les mesures comme faisant partie d’un plan global visant à « hébraïser Jérusalem » et à effacer son identité arabe, islamique et chrétienne.

Précédents et conséquences

Ce n’est pas la première fois que le Patriarcat orthodoxe subit de telles pressions. Déjà en 2018, les autorités israéliennes avaient saisi des biens et des comptes d’une valeur de plus de 30 millions de shekels (environ 8,5 millions de dollars). Aujourd’hui, cette nouvelle mesure intervient dans un contexte de tension croissante, les communautés chrétiennes dénonçant d’une part une érosion systématique de leurs droits, et les institutions israéliennes justifiant d’autre part la répression par des questions fiscales et administratives.

Un appel au monde chrétien

Le ministère des Affaires étrangères et la province de Jérusalem ont lancé un appel urgent à la communauté internationale, mais surtout aux mondes chrétien et islamique, pour qu’ils interviennent dans la défense de la liberté religieuse et de la présence historique des Eglises en Terre Sainte. « La protection de la mission spirituelle et humanitaire de l’Eglise, ont-ils déclaré, est une responsabilité collective et un devoir historique ».

L’affaire met une fois de plus en lumière une question non résolue : dans quelle mesure des mesures administratives et fiscales peuvent-elles être utilisées comme outils politiques pour redessiner le visage de Jérusalem ? Et que signifie, pour l’équilibre déjà fragile de la ville, de frapper l’une des plus anciennes institutions religieuses, liée à la mémoire même du christianisme?

Des questions qui restent sans réponse, alors que le risque, de plus en plus dénoncé, est celui d’un annulation progressive de la présence chrétienne en Palestine.

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