El Wanderer, décidément séduit par Léon XIV (et je ne dis pas que c’est sans raison) a dressé la liste de tout le positif dans ce qui n’est plus tout à fait les premiers pas du pape, notamment ce qui peut passer aux yeux de certains comme des « changements cosmétiques » – ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont pas d’importance -, tout en regrettant qu’ils ne s’accompagnent pas de gestes plus forts. Parmi ceux ci, le plus attendu est évidemment le renvoi du préfet du DDF dans sa chère Argentine où il pourra s’adonner à loisir à ses passions littéraires. Mais c’est un véritable casse-tête: le Pape, qui paraît-il ne l’aime pas, ne sait tout simplement pas quoi faire de l’encombrant et scandaleux personnage.

Couleurs, gris et où garer Tucho

Il y a quelques semaines, nous nous demandions si le pape Léon pouvait être qualifié d’« homme gris » [ndt: Sept mois de pontificat: tentative de portrait du pape]. D’un côté, nous voyons que son pontificat est coloré, et j’entends par là la restauration constante que nous observons de petites traditions qui avaient été perdues sous le pontificat de Bergoglio, voire avant. Faisons un rapide tour d’horizon, certes incomplet :

  1. Léon XIV célèbre la messe avec dévotion et il est clair qu’il croit en ce qu’il célèbre.
  2. Non seulement il la célèbre, mais il la chante, et en latin.
  3. Il utilise de beaux ornements, très éloignés du coûteux paupérisme franciscain.
  4. Il porte une dalmatique sous la chasuble, comme le prévoit le rituel.
  5. La croix et les chandeliers historiques sont revenus sur l’autel de la Confession. Pour l’instant, ils sont placés dans un angle, mais je suppose qu’ils occuperont bientôt le centre de l’autel.
  6. La « messe de minuit » est à nouveau célébrée à 22 heures, comme au cours des dernières décennies, et non plus à 19 heures, heure absurde choisie par Bergoglio qui ôtait tout sens à la célébration.
  7. Hier, il a de nouveau utilisé l’étole avec le blason pontifical brodé dessus.
  8. Il utilise, lorsque cela est nécessaire, l’habit choral : rochet, mozetta rouge avec coccolla ou petite capuche, et étole rouge brodée de son blason.
  9. Cette semaine, le trône en velours rouge et bois doré, avec les armoiries pontificales, a refait son apparition, tant dans la salle Clémentine que dans la loggia de Saint-Pierre.
  10. Il se rend chaque semaine à la villa de Castelgandolfo pour se reposer et faire du sport.
  11. Il assiste aux concerts donnés en son honneur.
  12. Au début de l’année 2026, il emménagera au Palais apostolique.
  13. Il a remisé la Fiat 500 blanche de François dans une écurie pontificale et utilise une voiture conforme à son rang.
  14. Ignorant les dispositions de son prédécesseur, il accorde gracieusement le titre de « chapelain de Sa Sainteté » aux prêtres qu’il souhaite distinguer particulièrement.

Certains diront stupidement que c’est un « affront à l’intelligence » de prêter attention à ces changements. D’autres diront qu’il s’agit uniquement de changements cosmétiques, et ils ont raison.

Mais le fait est que les traditions (avec un « t » minuscule) sont toujours cosmétiques, ce qui ne signifie pas qu’elles n’ont pas d’importance. En fait, ce sont elles qui révèlent les vérités et les mystères, tout comme les accidents révèlent la substance. Si l’on enlève à un éléphant la plupart de ses accidents (trompe, défenses, oreilles), on ne le reconnaîtra plus comme le pachyderme qu’il est. Il n’est pas grave d’omettre certains des détails « superficiels » que nous avons énumérés ; le problème est que si on les enlève tous, la vérité catholique du pontificat romain commence à s’obscurcir.

Cependant, il est vrai que jusqu’à présent, la récupération de ces belles traditions si propres à notre Église n’a pas été accompagnée d’autres gestes qui auraient un poids plus important dans la vie de l’Église.

Si nous nous arrêtons sur les discours, les homélies et autres allocutions pontificales, nous avons l’impression d’écouter Jean-Paul II, avec tout ce que cette similitude a de bon et de prévisible, même si le pape Léon est très éloigné des platitudes bergogliennes.

Et, pire encore, le fait crucial des nominations épiscopales a également perdu ses couleurs et s’est ancré dans les gris. Les deux nominations épiscopales les plus importantes de Léon XIV (New York et Westminster) accentuent les tons grisâtres. Et la nomination du prochain archevêque de Lima, qui aura probablement lieu avant la fin de l’année, les accentuera également, car les trois noms de la liste présentent des caractéristiques analogues à celles de Mgr Hicks et Mgr Moth.

Cette tendance regrettable s’atténuera peut-être si, comme on le dit à la Curie, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, actuel patriarche latin de Jérusalem, est nommé au siège ambrosien (Milan) en juillet prochain.

Mais quelles sont les caractéristiques des candidats choisis ?

Ce sont précisément des « hommes gris », c’est-à-dire des hommes de foi catholique au profil modéré, plus ou moins orientés à droite ou à gauche, mais qui ne susciteront pas de vagues de protestations ou de colère dans l’un ou l’autre des deux camps dans lesquels le pape François a profondément divisé l’Église et qui, en outre, garantissent qu’ils ne généreront pas de conflits.

La question, à mon avis, est d’éviter de juger cette politique suivie par le pape comme quelque chose de négatif. J’aurais préféré la nomination de Mgr Cordileone pour New York et celle de Mgr Wilson pour Westminster, mais je ne suis heureusement pas le pape, et je n’ai ni sa vision d’ensemble ni sa connaissance de la situation fragile de l’Église. Il est possible que, dans les temps que nous vivons, ce soient précisément les nuances de gris qui soient appropriées pour maintenir l’unité, sans renoncer à la foi, qui est le munus du successeur de Pierre. Car si les nuances étaient plus nettes, comme le rouge ou le bleu, nous serions inévitablement confrontés à un schisme.

Certains disent qu’il ne faut pas avoir peur du schisme ; que si la situation y conduit, alors il faut se lancer dans cette aventure. Je n’en suis pas si sûr ; il est vrai que dans les Églises orientales, les schismes sont fréquents et peu traumatisants, mais dans l’Église romaine, avec une structure hiérarchique si rigide et un format si juridique, un schisme est une chose très grave et douloureuse.

Et il faut tout faire pour l’éviter.

D’autre part, il faut tenir compte du fait que Léon XIV a hérité d’une Église dans un état catastrophique, qui, au cours des dix dernières années, avait été gérée de manière arbitraire et capricieuse, avec des pays complètement décimés comme l’Argentine ou l’Espagne, et avec des personnages qu’il est très difficile de démettre de leurs fonctions.

Et c’est là que nous entrons dans le deuxième thème de cet article, qui peut être introduit par cette brève vidéo qui circule sur les réseaux sociaux :

Nous l’avons déjà dit: résoudre le problème du cardinal Tucho Fernández n’est pas une tâche facile. Au Vatican, tout le monde sait déjà que le pape ne l’aime pas, et même qu’il ne l’aime pas du tout. Et Tucho le sait, c’est pourquoi il a mis toute son « armada Brancaleone » en état d’alerte pour le défendre. Il est très significatif qu’après la publication de deux articles par Religión Digital en défense du préfet, ce soit précisément ce portail, peu lu parmi les médias numériques espagnols, qui ait divulgué en exclusivité le nom du nouvel archevêque de New York. Qui lui a transmis cette information cinq jours avant qu’elle ne soit rendue publique par les canaux officiels ? Tucho a l’habitude de payer en nature

De plus, il y a une semaine, le cardinal préfet a organisé, avec un groupe de partisans, une journée « académique » pour les étudiants religieux hispano-américains qui se trouvent à Rome, et ce, dans la salle du Synode (il n’hésite pas à utiliser les privilèges de la pourpre), et il en était, bien sûr, l’orateur principal, vêtu de tous les atours cardinalices. De quoi a-t-il parlé ? De la Sainte Vierge Marie, de sa grandeur et de l’importance de sa dévotion. Rares sont ceux qui n’ont pas vu dans le choix du thème un moyen assez évident de se faire bien voir de ceux qui étaient attristés et en colère après Mater populi fidelis, et rares sont ceux qui n’ont pas vu dans cette rencontre inattendue un moyen d’élargir sa base de soutien en Amérique hispanique, car il sait qu’il ne bénéficie pas de la faveur pontificale.

Sa stratégie semble être de créer un groupe puissant qui le soutienne, amplifié artificiellement par les médias qui lui sont fidèles, afin de conditionner Léon ou, en dernier recours, d’obtenir, en cas de malheur, un endroit plus ou moins digne où se réfugier.

Autrefois, le problème d’un cardinal gênant se résolvait facilement. Léon X, homonyme du pontife actuel, ordonna en 1517que le cardinal Petrucci soit étranglé et François ordonna la destitution du cardinal Burke et son envoi dans le débarras de l’Ordre de Malte en 2014. Léon XIV est trop institutionnel pour des solutions aussi drastiques et ne sait pas où mettre Tucho. C’est la raison pour laquelle il ne l’a pas encore démis de ses fonctions de préfet.

Ce qui est curieux, c’est qu’Alciro, nom sous lequel ses camarades de séminaire le connaissaient, sachant tout cela et n’ayant aucun soutien politique ou affectif au sein de la Curie, continue tranquillement à occuper son poste au palais du Saint-Office. Ne serait-il pas plus digne pour lui de se retirer dans une maison religieuse de la périphérie et de continuer à écrire des livres de développement personnel ?

En fin de compte, le pape Léon n’a pas la tâche facile. Il savait dans quoi il s’engageait et il a accepté le défi. Prions pour lui et pour que, dans la nouvelle année, lorsqu’il commencera effectivement son pontificat, il soit éclairé par le Saint-Esprit et protégé par Marie, la Vierge Mère de Dieu.

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