C’est le Wanderer qui s’y essaie, et il persiste à regarder les (plus tout à fait) premiers pas du pape Léon XIV avec une certaine indulgence: il y a des mesures clairement prometteuses, et prétendre le contraire serait de la mauvaise foi; mais l’inquiétude commence à se faire jour, surtout lorsque le pape persiste à faire, jour après jour, l’éloge de son « bien-aimé prédécesseur », même si, charitablement, le blogueur argentin y voit une expression de sa naïveté. Saura-t-il se libérer de l’emprise maléfique de cette ombre encombrante?
Il était prévisible que, dans les premiers mois de son pontificat, Léon fasse souvent référence à son prédécesseur en termes élogieux. Le problème est que plusieurs mois ont passé et qu’il continue de le faire, et je crains fort que, par naïveté propre aux Américains, le pape Prevost ait cru Bergoglio.
Léon XIV, un homme gris?

Je ne cherche pas, avec cet article, à discréditer le pape Léon, même si le qualificatif « gris » peut avoir cette connotation pour certains, et encore moins à lui appliquer la « prophétie » de Parravicini [ndt: Benjamín Solari Parravicini,1898-1974, artiste plasticien argentin, connu pour ses capacités psychiques lui permettant de prédire des événements futurs, wikipedia] Je tente simplement de dresser un portrait du Souverain Pontife, provisoire et imparfait certes, après quelques mois d’exercice du ministère pétrinien.
Jean-Paul II était un pape intelligent, doté d’une grande capacité de leadership et de talents de commandement, ainsi que d’un charisme irrésistible. Benoît XVI était brillant intellectuellement, mais il manquait de talents de commandement, ce qui a rendu stériles bon nombre des mesures qu’il a prises et l’a empêché d’en prendre beaucoup d’autres qu’il savait nécessaires.
François n’était ni intelligent, ni doué, ni charismatique. Sa plus grande « vertu » était la ruse, renforcée par sa formation dans la Compagnie et son sang de Buenos Aires, grâce auxquels il a réussi à arriver là où il est arrivé et à rester à son poste, exerçant comme un petit tyran le pouvoir des Clés.
Léon XIV, d’après ce que je peux observer, ne possède aucune des caractéristiques des papes précédents. Serait-il donc un homme terne ? Il n’est pas particulièrement doué intellectuellement (selon ses frères en religion) et n’est pas charismatique, mais plutôt fade, voire un peu insipide. Cela ne serait pas particulièrement grave ; ce qui le serait en revanche, c’est qu’il n’ait pas de capacité de commandement. Et cela ne semble pas être le cas.
Il a été provincial et pendant douze ans général de son ordre, ainsi qu’évêque. Autrement dit, il a longtemps exercé le pouvoir, et même si beaucoup diront qu’il l’a fait dans des parties très restreintes de l’Église, il en va de même pour la plupart des pontifes romains, qui apprennent à diriger l’Église au fur et à mesure qu’ils apprennent à exercer leur fonction.
Prenons quelques cas récents : Léon n’a pas hésité à prendre des mesures sévères et très politiquement incorrectes dans les milieux vaticans : il a expulsé du Secrétariat d’État, le renvoyant dans son diocèse italien d’origine, un prêtre problématique et très influent, sans le nommer auparavant évêque, ce qui est la pratique habituelle.
Et il a nommé évêque de Chillán (Chili), un diocèse insignifiant, Mgr Andrés Gabriel Ferrada Moreira, qui était secrétaire du Dicastère du clergé et chef de celui-ci, puisque son préfet, un cardinal coréen, est un zéro de gauche. Ferrada était un homme dangereux, un fervent partisan de Bergoglio, qui croyait avoir assuré son chemin vers la pourpre cardinalice et qui finira sa carrière en vendant les célèbres saucisses de Chillán [!!!].
D’autre part, comme le reflètent plusieurs médias [cf. Andrea Gagliarducci], les nominations de deuxième et troisième rangs au Secrétariat d’État et dans d’autres dicastères semblent tendre vers un renouveau salutaire de l’atmosphère mafieuse de la Curie, si nocive et si typiquement italienne.
(…)
Il s’agit manifestement de changements importants car, dans les grandes organisations bureaucratiques, ce sont généralement les sergents et les lieutenants, et non les colonels, qui dirigent la machine et prennent les décisions finales. Et cela donnerait l’impression – et je souligne le conditionnel – que les changements sont pour le mieux : démanteler petit à petit et silencieusement les cordatas nuisibles de la Curie. Nous verrons bien.
Un autre fait hautement symbolique, qui a été opportunément passé sous silence par les médias, est qu’il y a quelques jours, Léon XIV a reçu en audience privée la célèbre et influente théologienne autrichienne Katharina Westerhorstmann, conservatrice et très critique de la dérive bergoglienne, qui non seulement n’a jamais été reçue par François, mais n’a pas non plus été entendue par les synodaux, malgré les voix qui se sont élevées: on lui a refusé la parole lors de cette assemblée à laquelle elle n’avait d’ailleurs pas été invitée.
Cependant, une question me semble particulièrement dangereuse.
Il était prévisible que, dans les premiers mois de son pontificat, Léon fasse souvent référence à son prédécesseur en termes élogieux. Le problème est que plusieurs mois ont passé et qu’il continue de le faire, et je crains fort que, par naïveté propre aux Américains, le pape Prevost ait cru Bergoglio. La plupart des prêtres et des évêques argentins faisaient semblant de le croire et répétaient ses mantras, mais dans ces pampas du sud, nous le connaissions et savions que ses propos n’étaient que du biri biri pontifical, c’est-à-dire des paroles et des initiatives creuses, destinées uniquement à brouiller les pistes et à se maintenir à son poste.
Prevost, en revanche, croit naïvement à ces politiques en papier crépon, faciles à modeler et à brûler, et les poursuit.
Si l’on se base uniquement sur les informations de cette semaine, nous avons appris que les derniers documents émanant du dicastère de la Doctrine de la Foi, qui ont causé tant de problèmes, avaient déjà été programmés sous le pontificat précédent : pourquoi Léon ne les a-t-il pas arrêtés ? Par respect pour l’héritage de François, sans doute. Il en va peut-être de même pour la nomination du cardinal polonais Grzegorz Ryś, bergoglien, synodal et ultra-progressiste pour ses collègues, mais pouvant passer pour conservateur en Occident, comme archevêque de Cracovie, le siège le plus important du pays.
On peut également se demander si Léon aura suffisamment d’habileté pour esquiver, lorsque le sujet reprendra de l’ampleur, l’accusation de dissimulation d’un prêtre péruvien proche de lui, qui a commis des abus sexuels sur des mineurs et qui, curieusement, a obtenu la dispense de l’état clérical il y a quelques jours, après que la plainte ait été déposée au siège canonique.
Cette dispense est accordée sans enquête, sans clarification des faits, sans vérité. La grâce lui est simplement accordée et le dossier est clos, comme si rien ne s’était passé, car le délit est prescrit par la justice péruvienne. Et s’il y a eu dissimulation, personne ne le saura jamais. Tout cela est très obscur.
Et pour ne pas quitter le Pérou, comment réagira-t-il face à l’accusation selon laquelle Mgr Jordi Bertomeu, contrôleur dans l’affaire Sodalicio de Vida Cristiana, aurait fait chanter cette institution au nom de la Secrétairerie d’État, en lui demandant d’énormes sommes d’argent en échange de ne pas la dénoncer au FBI pour blanchiment d’argent ? Ce sont là des questions encore non résolues qui ternissent, et très gravement, l’image du pontife.
Mais je tiens à souligner ce qui est, à mon avis, le cas le plus grave de cette – faisons semblant d’être fous pendant un instant – naïveté : le fameux « synode sur la synodalité » qui a commencé en 2021 et devait se terminer en 2023.
Lorsque François s’est rendu compte que, suite à cette initiative insensée, il allait devoir signer des documents et prendre des décisions qui ne l’intéressaient pas, il a décidé que le synode prendrait fin en 2028, espérant être mort à cette date. Bergoglio n’a jamais cru en « l’Église synodale » et n’a jamais souhaité la mettre en œuvre ; il suffit de voir la manière dont il prenait ses décisions. León, en revanche, donne l’impression d’y croire et n’a pas réalisé qu’il ne s’agissait que d’un des nombreux écrans de fumée lancés par son successeur. Et cela pose problème.
Dans un article récent publié par Messa in Latino, Luis Badilla démêle tout l’enchevêtrement du synode sur la synodalité : une absurdité majeure. Mais au-delà de cette aberration, le fait est qu’en 2028, les documents finaux seront publiés et deux questions très sensibles apparaîtront : le diaconat féminin et la question LGBT.
Et comme on n’est jamais deux sans trois, on peut deviner où mèneront les conclusions du synode. Nous en avons déjà eu un aperçu dans le document de la Conférence épiscopale italienne et le cardinal Grech, qui est en charge du synode, a déjà déclaré que « le diaconat féminin est un approfondissement naturel de la volonté du Christ ».
Que fera alors le pape Léon ? Signera-t-il les documents synodaux qui mettraient en œuvre l’approbation de la pratique de l’homosexualité comme une relation humaine licite et l’ordination des femmes diacres ?
Nous ne savons pas ce qu’il en pense. Dans la longue interview publiée il y a quelques mois, il a déclaré qu’il n’y aurait pas de changement à cet égard « pour l’instant ». Y en aura-t-il en 2028 ? Car c’est précisément là que se mesurera la force du pontife.
La pression des lobbies progressistes sur ces deux questions est féroce, mais il aurait très bien pu l’atténuer en suspendant, par exemple, le synode, ou en ordonnant que ces questions ne soient pas discutées. Bergoglio a tergiversé et, le cas échéant, il aurait fait ce qu’il a fait dans le cas de l’Amazonie. Beaucoup de biri biri, mais il a dit non à l’ordination des hommes mariés. C’était là toute son astuce.
Léon résistera-t-il à la pression ? Aura-t-il suffisamment d’astuce pour sortir un lapin de son chapeau comme le faisait habituellement son prédécesseur?
Je ne le crois pas.
J’espère, en tout cas, qu’il se rendra compte que l’approbation de ces deux sujets entraînera inévitablement un schisme profond dans l’Église. Nous aurons alors commencé à suivre fermement la voie anglicane.

0 commentaires