Ce n’est qu’après que l’incident (rapporté ici: Inouï: le cardinal Pizzaballa refoulé du Saint-Sépulcre) a été rendu public et a suscité l’indignation dans le monde entier que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est exprimé. Invoquant des raisons de sécurité, et via la plateforme X, il a fait savoir qu’il avait donné l’ordre d’accorder au cardinal un « accès total et immédiat » à l’église du Saint-Sépulcre. Mais pas aux fidèles (Giuseppe Nardi).
Dimanche des Rameaux. Israël refuse l’accès à l’église du Saint-Sépulcre aux responsables religieux
Préoccupations en matière de sécurité ou répression ?
Giuseppe Nardi
katholisches.info
30 mars 2026

(Capture d’écran Giuseppe Nardi)
Les événements survenus hier, dimanche des Rameaux, à Jérusalem dressent un tableau aussi déconcertant que révélateur : des arguments sécuritaires qui, en fin de compte, empêchent même les plus hauts dignitaires ecclésiastiques d’accéder à leur lieu le plus sacré – et une gestion politique de la crise qui ne réagit qu’après coup et uniquement face à l’indignation mondiale.
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Au cœur de cette affaire se trouve un incident qui va bien au-delà d’un simple « contretemps ». La police israélienne a refusé l’accès à la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem au patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, ainsi qu’au custode de Terre Sainte.
Ils souhaitaient y célébrer – en privé, précisons-le – la messe du dimanche des Rameaux. En privé, car les autorités israéliennes interdisent l’accès à la basilique aux fidèles depuis le 28 février.
Le fait qu’un tel événement se produise à l’un des moments les plus sensibles de l’année liturgique confère à cette affaire une importance particulière.
Ce n’est qu’après que l’incident a été rendu public et a suscité l’indignation dans le monde entier que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est exprimé. Même le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez a formulé de vives critiques, alors que dans la sphère germanophone, pas même les partis chrétiens-démocrates n’ont pas pipé.
Via la plateforme X, Netanyahou a fait savoir qu’il avait donné l’ordre d’accorder au cardinal un « accès total et immédiat » à l’église du Saint-Sépulcre. Mais pas aux fidèles. La justification invoquée est la suivante : il existerait des préoccupations de sécurité majeures suite aux attaques de missiles iraniens sur Jérusalem, lors desquelles des débris se seraient également abattus à proximité immédiate de l’église du Saint-Sépulcre. Un prétexte, affirment les critiques, car le risque regarde les chrétiens.
Cette version a déjà été répétée à plusieurs reprises par les autorités officielles. Le ministère israélien des Affaires étrangères invoque la menace que représentent les attaques iraniennes, qui visent non seulement les lieux saints chrétiens, mais aussi les lieux saints musulmans et juifs, tels que la mosquée Al-Aqsa et le Mur des Lamentations. En raison de la densité de l’urbanisation de la vieille ville et des conditions d’intervention difficiles pour les secours, des restrictions étaient inévitables, et il fallait empêcher les rassemblements importants.
Aussi compréhensibles que puissent paraître les préoccupations sécuritaires dans une situation militaire tendue, leur mise en œuvre concrète soulève toutefois de nombreuses questions. La dernière mesure en date n’a pas visé une foule incontrôlable, mais seulement deux personnes, deux des plus hauts représentants de l’Église catholique en Terre Sainte, qui souhaitaient célébrer une liturgie non publique. La décision apparaît donc moins comme une nécessité impérieuse que comme l’expression d’une surcharge administrative : un appareil sécuritaire qui, dans le doute, agit de manière générale et perd ainsi de vue la réalité religieuse sur place.
D’une manière générale, on peut toutefois se demander quelles raisons appropriées et proportionnées pourraient bien exister pour interdire la liturgie sacrée. Du point de vue de l’Église, il n’y en a en effet aucune. C’est pourquoi il s’agit en tout état de cause d’une répression étatique, puisque l’État s’immisce dans des affaires qui ne le concernent pas.
Le fait que ce ne soit qu’après coup que des droits d’accès « pleins et immédiats » soient garantis au patriarche et au custode renforce une impression déconcertante. Il en ressort l’image d’une gestion de crise qui ne différencie pas de manière préventive, mais corrige de manière réactive – et ne vise ainsi qu’à limiter les dommages politiques causés auparavant par ses propres actions.
À cela s’ajoute le fait que c’est Israël qui a déclenché, avec les États-Unis, la guerre contre l’Iran, dont les conséquences sont désormais invoquées comme justification. Le patriarche latin lui-même a trouvé, dans l’après-midi, des mots qui dépassent le cadre de l’incident concret. Depuis le Mont des Oliviers, non loin de Gethsémani, le cardinal Pierbattista Pizzaballa a tenu une méditation dans laquelle il a replacé l’interdiction officielle de la procession traditionnelle des Rameaux dans son contexte, laissant ainsi transparaître une critique, déclarant en substance :
« Ce n’est pas une interdiction formelle, c’est la guerre qui a interrompu notre chemin festif. »
Les rues sont restées vides, les rameaux de palmier ont fait défaut – mais la dimension religieuse de cette journée demeure, tel était son message.
Le contraste entre cette interprétation spirituelle et la réalité administrative de la matinée est frappant. Alors que le cardinal inscrit la restriction de la pratique religieuse dans un contexte plus large de souffrance, d’espoir et de foi, les autorités israéliennes opèrent selon un cadre de politique de sécurité qui laisse peu de place à la nuance. La religion y apparaît avant tout comme un risque – et non comme un bien digne de protection, doté d’une logique et d’une dignité propres.
En effet, dans les milieux chrétiens, y compris au sein du Patriarcat latin, des critiques plus explicites sont formulées de manière officieuse: on soupçonne que les restrictions, ainsi que l’interdiction d’accès imposée hier au patriarche, constituent une vengeance des dirigeants israéliens pour les critiques répétées du patriarche à l’égard de la politique israélienne envers les Arabes de Terre Sainte, qui englobent les Palestiniens, les musulmans et les chrétiens. Le cardinal s’est également exprimé sur la scène internationale comme une voix influente contre la nature des attaques militaires israéliennes dans la bande de Gaza. Il s’agirait donc en outre d’un acte direct de répression à l’encontre de la personne du patriarche.
Les autorités ont certes annoncé entre-temps des discussions avec le patriarche afin de « revenir à la normale », dans la mesure où cela est possible dans les circonstances actuelles. Un plan doit également être élaboré pour permettre aux chefs religieux d’accéder aux lieux saints dans les jours à venir. Mais là encore, l’impression demeure : la normalité n’est pas préservée, mais tout au plus rétablie a posteriori pour des raisons d’image – et ce, dans des conditions qui peuvent à tout moment être à nouveau suspendues.
L’incident de Jérusalem illustre ainsi un problème fondamental : la sécurité devient un paradigme dominant qui non seulement restreint d’autres dimensions – en l’occurrence la liberté de religion –, mais les suspend temporairement. Et elle peut facilement devenir un prétexte ou un moyen de pression. Le fait que cela se soit produit précisément le dimanche des Rameaux et que cela ait concerné précisément l’église du Saint-Sépulcre confère à l’ensemble une acuité symbolique que les explications politiques seules peuvent difficilement atténuer.
Au final, la question n’est donc pas tant de savoir si les mesures de sécurité sont nécessaires – elles le sont sans aucun doute. Ce qui est déterminant, c’est plutôt la manière dont elles sont mises en œuvre. Et c’est là que le cas actuel le montre : là où la nuance fait défaut, ce n’est pas la sécurité qui s’installe, mais une perte de confiance. Dans une ville comme Jérusalem, où la religion n’est pas un accessoire mais le cœur même de l’identité, c’est un risque difficilement calculable à long terme.
Et le dimanche des Rameaux ne fait que marquer le début de la Semaine Sainte. Que se passera-t-il pendant le Triduum pascal ?
Le patriarche Pizzaballa a réagi à la mesure prise hier en des termes inhabituellement clairs.
Depuis des siècles – « pour la première fois depuis des siècles» [cf. le message du Patriarche et du Custode, le cardinal Pizzaballa refoulé du Saint-Sépulcre] – il n’y avait pas eu une telle restriction de la liberté de culte le dimanche des Rameaux.
L’allusion était sans équivoque : même sous la domination musulmane, l’accès à l’église du Saint-Sépulcre n’avait jamais été refusé aux chrétiens depuis la création de la Custodie franciscaine de Terre Sainte, il y a 800 ans.
Cet incident prend ainsi une dimension historique qui dépasse largement le cadre de l’événement concret. En effet, le cardinal Pizzaballa a implicitement établi une comparaison peu gratifiante pour les autorités responsables : ce qui est resté possible pendant des siècles sous les régimes politiques les plus divers est désormais restreint dans l’État moderne d’Israël, un État juif.

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