Synode, consistoire. Le billet du lundi d’Andrea Gagliarducci. Selon lui, et pour faire court, dans un pontificat zigzagant et de plus en plus illisible, François a relégué tout le monde aux périphéries, au centre, il n’y a plus que lui. Il est tout simplement en train de chambarder de haut en bas l’Eglise.
François a transformé sa réforme en une dynastie. Il n’y a jamais eu autant de cardinaux avec droit de vote dans l’histoire de l’Église
Cela signifie qu’un éventuel nouveau pape devra attendre au moins quelques années avant de créer de nouveaux cardinaux, s’il veut respecter la limite de 120 électeurs fixée par Paul VI.
Mais même s’il ne voulait pas respecter la limite légale, il serait contraint de tenir un Consistoire qui modifierait de manière permanente l’équilibre du Sacré Collège en augmentant de manière disproportionnée le nombre de cardinaux.
Le prochain pape pourra prendre des décisions, mais cela signifie simplement qu’il ne pourra pas les prendre sans modifier l’équilibre
Pape François: une Eglise synodale?
Andrea Gagliarducci
www.mondayvatican.com/vatican/pope-francis-a-synodal-church
Trouver un fil conducteur et constant tout au long des deux premières semaines de discussion au Synode, eh bien… , cela demande du temps et de l’engagement. Ceux qui soutiennent la voie synodale diront que la difficulté est une caractéristique, pas un défaut ; que l’ouverture à l’Esprit Saint exige aussi de ne pas avoir de plans préétablis ; que le va-et-vient constant est positif. Supposons qu’ils aient raison, ou du moins que la situation que nous avons observée corresponde à ce que souhaite le pape François. Quelles sont alors les perspectives d’un tel travail ? Qu’est-ce que le synode pour le pape François?
Il n’y a pas si longtemps, le pape François est rentré de son voyage en Belgique, confronté à une crise peut-être sans précédent dans son pontificat. Le voyage en Belgique a apporté un certain nombre de problèmes et de controverses que le Pape n’avait pas été en mesure d’affronter réellement. Les critiques de l’Université de Louvain sur le rôle des femmes étaient prévisibles, mais le pape François n’a pas approfondi ses réponses ; il n’a pas fourni de justifications théologiques ou d’arguments logiques, mais s’est contenté de dire que l’Église est une femme et que, ces derniers temps, des femmes occupent des postes de pouvoir au Vatican [ndt: il n’avait pas eu le temps de potasser le livre « Sei unica », sur le génie féminin que d’autres avaient écrits à sa place, pour l’aider à répondre à ces questions].
Les critiques du gouvernement belge sur la réponse de l’Église à la crise des abus et des couvertures étaient également prévisibles. Le pape a répondu à ces critiques par des remarques impromptues qui faisaient l’éloge de la tolérance zéro. Il est toutefois surprenant qu’il ait dû improviser une réponse, au lieu d’aborder la question dans des observations préparées avant les critiques prévisibles ou au moins en les gardant à l’esprit.
Il était également prévisible que la décision du pape de citer le roi Baudouin en exemple et d’adopter une position ferme contre l’avortement susciterait des réactions. Rien que le pape n’ait déjà fait, mais qui, dans une nation qui veut aujourd’hui se percevoir comme non seulement non catholique, mais aussi non religieuse, apparaît comme inacceptable.
Bref, le pape François est revenu de Belgique en brandissant son drapeau réactionnaire. C’était la certification d’un changement de récit, ou peut-être la reconnaissance tardive que le Pape François, sur des questions spécifiques, ne changera finalement pas d’avis ou de doctrine. La première semaine du Synode des évêques a montré qu’en fin de compte, les soi-disant « pas en arrière » du pape François étaient au moins justifiés par le fait que la majorité des pères synodaux ont une approche prudente des questions importantes.
Du reste, le pape François avait déjà écarté du débat des questions controversées, telles que la pastorale LGBT ou les ministères extraordinaires pour les femmes, ou les hommes mariés, en les confiant à dix commissions, qui sont appelées à conclure leurs travaux l’année prochaine. Les rapports intermédiaires de ces groupes témoignent également d’une approche prudente. En effet, le cardinal Víctor Manuel Fernández a déclaré que le pape François ne considérait pas que le moment était venu de discuter du diaconat féminin.
Le pape François a réagi à ce climat de contre-réforme en annonçant la tenue d’un consistoire. Le fait que cela ait été planifié depuis un certain temps permet de se rendre compte que l’imprévisible pape François suit désormais des schémas très précis et reconnaissables. Le pape François n’a pas seulement créé 21 cardinaux, dont 20 sont des électeurs. Avec le Consistoire, le pape François a donné le signal de la réunification de l’Église. Il a créé des cardinaux qui ont fait preuve d’une approche particulière du synode, qui ont cherché à changer le discours conservateur dans leur pays et, enfin et surtout, qui ont été ses plus fidèles.
Le pape François a transformé sa réforme en une dynastie. Il n’y a jamais eu autant de cardinaux avec droit de vote dans l’histoire de l’Église : 140 à la fin de cette année et 127 à la fin de 2025, lorsque 13 cardinaux perdront leur droit de vote au conclave parce qu’ils auront dépassé le seuil d’âge de 80 ans. Cela signifie qu’un éventuel nouveau pape devra attendre au moins quelques années avant de créer de nouveaux cardinaux, s’il veut respecter la limite de 120 électeurs fixée par Paul VI. Mais même s’il ne voulait pas respecter la limite légale, il serait contraint de tenir un Consistoire qui modifierait de manière permanente l’équilibre du Sacré Collège en augmentant de manière disproportionnée le nombre de cardinaux. Le pape François a ainsi transformé son pontificat en dynastie. Le prochain pape pourra prendre des décisions, mais cela signifie simplement qu’il ne pourra pas les prendre sans modifier l’équilibre. Le pape François a ainsi inversé les proportions.
Paradoxalement, nous pourrions nous retrouver avec une Église qui comptera, tout compte fait, plus de cardinaux que d’évêques. C’est peut-être exagéré, mais c’est bien là l’essentiel. Alors que le pape François poursuit sans relâche le travail de fusion des diocèses, il maintient également sa décision de donner la barrette rouge à des hommes qui n’ont pas de rôle défini ou qui n’ont pas de rôle qui nécessiterait un titre de cardinal. Le cardinalat devient ainsi une récompense pour la loyauté ou la zone géographique, un symbole sans rapport avec le rôle et le travail accompli, une décision totalement arbitraire du pape. Non pas que les décisions des papes n’aient pas été arbitraires auparavant, mais elles obéissent à des critères définis au fil des siècles qui nécessitaient un certain équilibre. Le pape François, lui, a d’autres critères et il en a fait la preuves.
S’il y a moins d’évêques, nous sommes confrontés à la nécessité d’avoir plus de laïcs impliqués dans la vie de l’Église. Petit à petit, le rôle sacramentel du sacerdoce est mis de côté et le travail des prêtres au sein de la Curie romaine ou d’autres organisations reste simplement une fonction. Auparavant, les prêtres étaient recherchés parce que l’on pensait que leur ordination les rendait participants au munus du gouvernement de l’Église. De même, il a été décidé que les chefs des dicastères du Saint-Siège devaient être au moins archevêques parce que les collaborateurs du pape, en communion avec lui, devaient partager l’ordre épiscopal avec lui.
Aujourd’hui, cependant, tout est réduit à une fonction. Le pape est au centre et commande. Les cardinaux sont à la périphérie. Ils représentent le Sénat du pape. Parfois, ils agissent en tant que conseillers, mais ils peuvent tout simplement ne pas faire partie du gouvernement parce qu’ils ne sont pas proches. Les évêques, de plus en plus isolés, doivent renégocier leur rôle, tandis que les laïcs acquièrent une nouvelle importance, précisément en raison de leurs fonctions.
Et le Synode, pourrait-on dire ? Le Synode discute longuement du rôle de l’évêque dans une Église synodale. Dans le Synode, on tente de réintroduire les thèmes qui avaient été exclus de la discussion – on a dit que le travail des groupes fait partie du travail du Synode ; on a dit qu’il est vrai que les thèmes sont hors du débat, mais que si quelqu’un veut en parler, on ne l’empêchera pas de le faire. Le Synode montre en fin de compte une crise au sein de l’Église. La crise d’une Église qui voudrait rester ce qu’elle est mais qui est obligée de réfléchir et d’essayer d’être ce qu’elle n’est pas.
Le prix à payer pour le pape François est de faire face à un tribunal séculier et médiatique qui l’accuse de sécularisation. Mais il y a aussi le risque d’affronter le jugement de ceux qui, dans l’Église, ont parié sur sa révolution. C’est pourquoi l’avenir du Synode ne peut pas être autre chose que le Synode. Une plateforme de discussion continue, où le pape François n’interviendra qu’à quelques reprises. Et lorsqu’il interviendra, ce sera uniquement pour prendre des décisions personnelles.
On a beaucoup parlé des nouveaux cardinaux issus des périphéries, mais tous les cardinaux sont aujourd’hui à la périphérie.
Les évêques ont diminué, tant en nombre qu’en importance, à l’exception de celui qui se trouve au centre, à Rome. C’est lui qui prend les décisions.

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