(et un salut amical au Père Scalese)
Indépendamment de son intérêt intrinsèque, parce qu’il illustre la schizophrénie papale (qui dit et ne fait pas, ou fait le contraire de ce qu’il dit, ou le fait faire par d’autres), le titre de l’article de Nico Spuntoni m’a alertée, car l’ordre barnabite est celui de mon cher ami le Père Scalese, un temps très actif sur internet (ce site lui a donné la parole dans d’innombrables articles, voir moteur de recherche), mais qui a malheureusement clos son blog et renoncé à sa présence sur les réseaux sociaux (au moins à ma connaissance) depuis quelques années, non sans avoir au préalable dit toute l’inquiétude que lui inspire le cours bergoglien.

Au Janicule : exit les séminaristes, place à l’université obamienne
Nico Spuntoni
13 janvier 2025
lanuovabq.it/it/al-gianicolo-fuori-i-seminaristi-entra-luniversita-degli-obamiani
Dix étudiants barnabites de trois continents différents sont formés dans la structure dédiée à Saint Antoine Marie Zacharie. Mais le supérieur général balaie tout pour faire place à la American University of Rome, un institut proche de Clinton et d’Obama.
Ces dernières années, les histoires qui entremêlent l’Eglise et la pierre sont peu édifiantes. Celle que nous allons vous raconter ne fait pas exception.
Au Janicule, Via Pietro Roselli, n.6, il y a un séminaire où l’on respire encore un bon air catholique. Et le mot « catholique », rappelons-le, signifie « universel ». Dix étudiants barnabites provenant de trois continents différents sont formés dans la structure dédiée à Saint Antoine Marie Zaccaria [le fondateur de l’ordre]. Ils devaient être plus nombreux, mais il y a quelques mois, les candidats ont été envoyés ailleurs parce que le supérieur général, le Brésilien Francisco Chagas Santos da Silva, a décidé de se débarrasser d’eux. Le séminaire théologique international est destiné à fermer et les dix séminaristes avec les trois pères résidents à être dispersés dans toute l’Italie.
Bien que cette structure ait été épargnée par la dramatique crise des vocations, le supérieur est intransigeant et a décidé de céder l’usage de la structure pour vingt-cinq ans aux « voisins » de l’American University of Rome.
Cette université est le fleuron à Rome du monde liberal américain, celui qui est sorti vaincu des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis. Au conseil d’administration de l’université, on trouve des fidèles du parti démocrate comme Anne Luzzatto, ancienne assistante spéciale de Bill Clinton puis de l’équipe de transition de Barack Obama, ou Joe Torsella, ex-ambassadeur de l’administration Obama. L’American University of Rome promeut vigoureusement les principes DEI (Diversity, Equity, and Inclusion) en interne, alors que dans ses activités et sa présentation, il n’y a aucune trace d’un accent particulier sur la foi catholique. Ce n’est pourtant pas anodin, car à l’intérieur du séminaire se trouve l’église qui s’ouvre encore aux fidèles pour la messe dominicale.
Une communauté existe toujours autour de ce lieu de culte, lié à l’oratoire du Sacré-Cœur qui s’y trouvait, et des confirmations continuent d’y être données. Cette communauté a connu récemment un regain de vitalité grâce à une utilisation astucieuse des outils de la nouvelle évangélisation que sont les médias sociaux. La communauté, et pas seulement celle des clercs, risque cependant d’être anéantie par la décision de céder à l’université américaine. Quelles garanties cette nouvelle destination offre-t-elle sur l’usage de l’église ? Une question qui tient à cœur aux Barnabites mais à laquelle, selon une source confiée à la NBQ le supérieur général refuserait de répondre. Le père brésilien serait d’ailleurs resté « sourd » aux protestations de ses confrères contre cette décision.
Un comportement qui semblerait ne pas être en phase avec ce que prêchait François en 2018, lorsqu’il expliquait comment « le désengagement ne doit pas être la première et unique solution à laquelle penser » et doit « être le plus partagé possible ». Le pape, toujours à cette occasion, avait déclaré que « les biens culturels ecclésiastiques sont des témoins de la foi de la communauté qui les a produits au cours des siècles et, par conséquent, ils sont à leur manière des instruments d’évangélisation » et que, pour cette raison, leur « éloquence originale » devrait être préservée même par la suite.
Le pontife parlait d’environnements devenus inutiles par manque de clergé ou de fidèles. Le cas du séminaire Saint Antoine Marie Zaccaria va encore plus loin, car il n’y a pas de pénurie de clergé ou de fidèles au Janicule. De plus, d’après ce que comprend la NBQ, la Congrégation des Clercs Réguliers de St Paul [autre nom des barnabites] n’est pas dans une situation financière si désespérée qu’elle rendrait cette décision indispensable.
Mais même s’il s’agissait d’une question économique, les alternatives ne seraient pas absentes : une source nous a en effet révélé que pour la structure, en plus de l’offre de l’université libérale, il y aurait d’autres propositions capables de garantir la survie du séminaire et de l’église. Mais il semblerait que pour l’instant, le père Chagas Santos da Silva n’ait pas l’intention d’entendre raison. Le dossier est pourtant arrivé au Vatican et a reçu le feu vert du Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, alors dirigé par le cardinal brésilien João Braz de Aviz. Depuis une semaine, le bureau de Piazza Pio XII a un nouveau préfet, Sœur Simona Brambilla, ainsi qu’un pro-préfet, le cardinal Ángel Fernández Artime.
Le dossier du séminaire de la via Roselli devra être traité par les nouveaux responsables du Vatican dans le cadre plus large de la situation de l’ordre.
En fait, le Supérieur général a déjà terminé son mandat et n’est en prorogation que pour accompagner la Congrégation au prochain Chapitre général.
Malgré cela, le Barnabite brésilien semble vouloir ne pas laisser la décision finale à son successeur. Le dernier espoir des religieux et des fidèles réside dans une intervention du Saint-Siège – qui a nommé un délégué ad hoc pour la Congrégation – capable de faire respecter l’enseignement de François [???] selon lequel la nouvelle destination d’un environnement ecclésial ne peut être une opération qui ne peut être traitée « que d’un point de vue technique ou économique ».

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