… plutôt que de vous mêler, en pure perte, de vous réconcilier avec les ennemis de l’Eglise. On pourra dire que l’intellectuel de droite [c’est depuis trop longtemps un oxymore, malheureusement) italien a chaussé des lunettes roses (ou qu’il fait preuve d’une candeur proche de l’aveuglement) vis-à-vis du pape actuel, car François non seulement ne semble pas avoir l’intention de réduire la fracture, mais plutôt de l’aggraver, si l’on en juge par ses récentes déclarations sur les catholiques traditionalistes (cf. Un pape ne devrait pas dire ça). Quoi qu’il en soit, l’injonction que lui adresse, respectueusement, Marcello Veneziani, devra être une priorité pour le prochain pape. Jusqu’à imaginer « un processus de réunification entre l’Eglise d’Orient et celle d’Occident ». Faisons un rêve…
La tentative de Réconciliation entre catholiques progressistes et traditionnels, à mon avis, devrait dépasser les Portes du catholicisme. Le dialogue interreligieux, bénéfique et sacré, devrait partir du monde le plus proche : par l’histoire, la tradition, la spiritualité, le premier interlocuteur devrait être l’église orthodoxe, russe, de rite gréco-byzantin.
Un Jubilé pour réparer la chrétienté
Marcello Veneziani
www.marcelloveneziani.com..un-giubileo-per-ricucire-la-cristianita/
20 janvier 2025

Que devons-nous espérer du Jubilé qui vient de s’ouvrir ?
Non, je n’ai pas l’intention de parler pas du nombre de pèlerins qui viendront ou des travaux publics à terminer. Je ne parle pas non plus des effets des messages papaux consacrés à l’ « Ukraine tourmentée » et au Moyen-Orient, avec l’habituel et inaudible plaidoyer pour la paix et la fin de tout conflit, car « toute guerre est une défaite ».
Non, je veux dire quelque chose qui se rapporte directement à la signification pastorale et religieuse du Jubilé, à la mission de l’Église et de la papauté à l’égard des chrétiens.
Le discours glisse toujours vers les questions civiles et sociales, des guerres à l’immigration, des minorités LGBTQ à l’émancipation des femmes, des relations avec l’Amérique de Trump à celles avec le monde islamique ou la Chine.
Il n’est jamais question d’un enjeu crucial pour l’Église et le christianisme, qui connaissent – nous le savons tous – une baisse sans précédent de la foi, des fidèles et des vocations, de la fréquentation des églises et de la pratique religieuse.
Il y a un point de départ auquel le pape devrait se consacrer, avant tout autre : réparer la fracture au sein de l’Église entre les croyants, au sein du peuple chrétien, divisé entre conservateurs et progressistes, entre ceux qui sont fidèles à la Tradition et ceux qui sont engagés dans l’humanitarisme. Une fracture ancienne et profonde, une blessure exacerbée au moment du Concile Vatican II, et à laquelle peu de papes ont tenté de remédier. Parmi eux, Jean-Paul II, qui s’est adressé aux catholiques de tous bords [malheureusement, Veneziani a oublié Benoît XVI, qui s’est pourtant employé plus que tout autre à « ne pas déchirer davantage la tunique sans couture du Christ » – discours aux évêques français à Lourdes en septembre 2008 – ndt]
Le pape Bergoglio, au cours de ces douze années de pontificat, a résolument déplacé le centre de gravité de l’Église vers le côté moderne de la laïcité, du dialogue avec les non-chrétiens, de l’ouverture au-delà de l’Europe et de l’Occident, de la priorité aux migrants et aux pauvres, de l’ouverture aux femmes et aux homosexuels. Bien que les signaux dans la direction opposée n’aient pas manqué, parfois clairement contradictoires avec la ligne qu’il a adoptée [duplicité/bi-polarisme? ndt], aux évêques et cardinaux qu’il a nommés et à ceux qu’il a mis à l’écart : de l’avortement à certaines petites phrases sur la « frociaggine » et le lobby gay dans l’Église, ou à certaines références à la foi mariale.
Mais le profil général de cette papauté s’inscrit dans cette ligne qui préfère le dialogue interreligieux au dialogue interchrétien, et l’ouverture aux laïcs et aux non-croyants plutôt que l’entente entre catholiques progressistes et traditionnels.
Augusto del Noce [1910-1989, philosophe et homme politique italien proche de la Démocratie Chrétienne, ndt] a déjà noté il y a plusieurs années que les catholiques progressistes se sentent plus proches et plus enclins à dialoguer avec des progressistes non catholiques qu’avec des catholiques non progressistes ; la foi chrétienne est pour eux une variable secondaire par rapport à l’option progressiste. La même chose semble se produire avec Bergoglio.
Jusque là, il s’est agi d’une critique de sa papauté ; à présent, en cette année du Jubilé, cela devient une exhortation, un appel appuyé:
Essayez de réparer le fossé dans l’Église entre ces deux versants, de devenir vraiment pontifex entre les deux rives. Il y a déjà peu de croyants et encore moins de croyants pratiquants : s’ils sont à leur tour divisés et hostiles entre eux, ils seront réduits à des minorités totalement marginales. Faites un effort, François, essayez de dialoguer avec les catholiques traditionnels, dialoguez avec eux comme vous dialoguez avec les musulmans, avec les athées, avec les non-croyants ; trouvez même un Scalfari dans le camp opposé, parmi les catholiques traditionnalistes. Essayez de réconcilier les deux mondes au sein de l’Église, en vous positionnant comme le garant et le pasteur de l’un et de l’autre. Relancez les signaux, y compris liturgiques, ravivez la messe en latin comme une possibilité alternative, rouvrez le discours sur les figures qui ont le mieux représenté ce choix de foi, adressez-leur aussi des messages et des caresses ; ne les traitez pas comme des ennemis ou comme des membres de je ne sais quel Ku-Klux-Klan.
Cela a-t-il un sens d’opposer un évêque progressiste et pro-LGBTQ à Trump? Êtes-vous vraiment convaincu que Trump est le mal absolu ? Son intention d’apporter la paix en Ukraine et au Moyen-Orient, de défendre la famille et la religion et de s’opposer à l’avortement ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose ?
Bien sûr, il y a l’autre Trump, magnat indigeste et vantard dont la mentalité heurte la foi chrétienne [???].
Mais le pape est confronté à des chefs d’État qui ont amené la guerre partout, qui ont approuvé des massacres « humanitaires » de civils, qui promeuvent une société libertaire en matière de drogue, de sexe et de nihilisme. Pourquoi ne pas essayer, à nouveau, de stimuler le côté positif de cette partie du monde qui soutient Trump ?
Je dis Trump parce qu’il est le thème du moment, mais il en va de même pour tous les Grands de la Terre, presque tous issus d’autres traditions religieuses ou de l’athéisme.
La tentative de Réconciliation entre catholiques progressistes et traditionnels, à mon avis, devrait dépasser les Portes du catholicisme.
Le dialogue interreligieux, bénéfique et sacré, devrait partir du monde le plus proche : par l’histoire, la tradition, la spiritualité, le premier interlocuteur devrait être l’église orthodoxe, russe, de rite gréco-byzantin. En effet, dans ce cas, il faut aller au-delà du dialogue entre les religions ; il faut essayer, peut-être avec l’objectif de 2033, lorsque toute la chrétienté célébrera le bimillénaire de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ dans un Jubilé spécial, de réparer le schisme entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident. Une fusion semble presque impossible, mais quelque chose d’aussi proche que possible d’un processus de réunification serait un message puissant, non seulement pastoral et spirituel, mais aussi historique et géopolitique.
Essayez, Votre Sainteté, si vous voulez être à la hauteur de cette appellation issue de la tradition.
(Panorama n°4-2025).

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