La maladie du pape pose de nombreuses questions, auxquelles il n’y a à ce jour pas de réponses.
Même s’il s’en sort, François restera dans un état d’extrême faiblesse, en termes de mobilité, mais surtout sur le plan cognitif« . Pour combien de temps? Et durant cet « intermezzo » qui gouvernera vraiment l’Église? Déjà à ce jour, « malgré l’incapacité plus qu’évidente du pape des décisions sont encore prises ». Par QUI?
Parmi elles, le grotesque lancement, attribué au pauvre François par le cardinal Grech, secrétaire général du synode, « d’un chemin qui mènera à une Assemblée ecclésiale dans trois ans». Baroud d’honneur? Tentative de forcer la main au futur pape?
Le problème est que si ce programme est effectivement réalisé, le cardinal Grech et ses partisans mettront l’Église en état d’assemblée permanente, une sorte d’« assemblée des soviets » ayant la prétention de prendre en charge le gouvernement de l’Église
Qui gouverne l’Eglise ?
Le pape François est hospitalisé depuis plus d’un mois. Les rapports médicaux, de plus en plus brefs, nous apprennent qu’il a besoin de moins d’oxygène de jour en jour et que son état s’améliore lentement. On nous demande un acte de foi dans ces nouveaux écrits. Et pour ceux qui ont peu de foi et exigent davantage, les responsables de la communication du Vatican – tout un dicastère présidé par le préfet Paolo Ruffini, un journaliste laïc – commettent maladresse sur maladresse.
Le très bref enregistrement entendu il y a quelques semaines sur la place Saint-Pierre a confirmé la gravité de l’état de santé du pontife et semé le doute sur son origine – il s’exprime en espagnol et les commentaires indiquent qu’il a été enregistré au début du mois de février, dès son admission à l’hôpital Gemelli, et était destiné à une réunion de prière pour sa santé qui s’est tenue plaza Constitución à Buenos Aires – et la photographie a encore accru les doutes. Pourquoi de dos et sur le côté ? Qu’est-ce qui nous empêche de voir son visage ? De plus, le pape apparaît enveloppé dans un drap blanc qui tente, assez grossièrement, de simuler l’aube, et par-dessus, il porte une étole violette, retournée (les coutures sont tournées vers le haut et non vers le bas), signe éloquent que celui qui l’a habillé ainsi n’est pas un prêtre.
Cette situation, chez une personne âgée de 88 ans et en aussi mauvaise santé que François, laisse supposer, en toute logique, non seulement qu’il est dans un état grave, mais qu’il a peu de chances de s’en sortir, même s’il peut rester dans cet état pendant des mois. Et même s’il s’en sortait, tout porte à croire qu’il resterait dans un état très limité, non seulement en termes de mobilité, mais aussi sur le plan cognitif.
Et il n’est pas nécessaire d’être médecin pour le savoir. L’expérience que chacun d’entre nous a des membres de sa famille ou de ses connaissances qui ont vécu des circonstances similaires suffit.
Ce qui est inquiétant dans tout cela, c’est ce que nous redoutons : vivre un intermezzo plus ou moins prolongé, pendant lequel personne ne sait qui gouverne vraiment l’Église.
Ou, pire encore, qui sont ceux qui la gouvernent. Nous avons déjà fait l’expérience de Jean-Paul II dans le dernier stade de sa maladie, quand tous ceux qui avaient de bonnes relations avec don Stanislas [Stanisław Dziwisz, le secrétaire du pape] allaient le voir et repartaient des appartements pontificaux avec une nomination épiscopale ou un décret signé sous le bras.
Jusqu’à présent, les signes sont inquiétants.
Les personnes qui lui ont rendu visite officiellement, et à deux reprises, sont le cardinal Pietro Parolin et son substitut Edgar Parra.
Il est très inquiétant que ce soit Parolin qui prenne les rênes de l’Église au moment où il lui revient de le faire. Toutes ses interventions dans des organisations internationales comme l’ONU, le G20 ou le Forum de Rome, en faveur de l’Agenda 2030 et de la gouvernance mondiale sont publiques, et faciles à trouver sur internet . C’est un personnage que l’on peut facilement placer aux antipodes des positions les plus clairement conservatrices qui ont émergé ces dernières années, comme Orban, Trump ou Milei. Bref, nous avons en lui un défenseur du wokisme, mais toujours avec de bonnes manières et des sourires amicaux. Les amateurs de récits apocalyptiques et dystopiques sur la fin du monde et de l’Église trouveront en Parolin le personnage qui incarne le mieux le traître et dernier pontife.
L’autre signe est que, malgré l’incapacité plus qu’évidente du pontife à prendre des décisions concernant l’Église, des décisions sont encore prises. Cette semaine, il a nommé deux nonces et plusieurs évêques. D’accord, il s’agit de postes à pourvoir et il y a certainement eu des processus de sélection préalables. Toutefois, l’agence de presse officielle du Vatican a annoncé sans rougir que le 11 mars, François avait établi « le début d’un chemin qui mènera à une Assemblée ecclésiale dans trois ans ».
C’est le secrétaire du synode, le cardinal Mario Grech, qui a expliqué dans une lettre que « ce processus d’accompagnement et d’évaluation de la phase de mise en œuvre, coordonné par le Secrétariat général du Synode, a été approuvé par le Pape François ».
« Le Saint-Père a demandé qu’il soit diffusé parmi les Églises locales et les groupements d’Églises. »
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« Le Chemin qui conduira toute l’Église à la célébration de l’Assemblée ecclésiale d’octobre 2028 sera balisé de manière à offrir des temps adéquats et durables pour commencer la mise en œuvre des indications du Synode, en prévoyant ensuite des rendez-vous d’évaluation significatifs ».
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Mars 2025 : annonce du parcours d’accompagnement et d’évaluation.
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Mai 2025 : publication du Document de soutien pour la phase de mise en œuvre avec des indications pour son développement.
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Juin 2025 – décembre 2026 : parcours de mise en œuvre dans les Eglises locales et leurs regroupements.
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24-26 octobre 2025 : Jubilé des équipes synodales et des instances participatives.
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Premier semestre 2027 : Assemblées d’évaluation dans les diocèses et éparchies.
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Deuxième semestre 2027 : Assemblées d’évaluation dans les Conférences épiscopales nationales et internationales, dans les structures hiérarchiques orientales et dans les autres regroupements d’Églises.
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Premier semestre 2028 : Assemblées d’évaluation continentales.
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Juin 2028 : publication de l’Instrumentum laboris pour les travaux de l’Assemblée ecclésiale d’octobre 2028.
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Octobre 2028 : célébration de l’Assemblée ecclésiale au Vatican ».
La première réflexion que nous pouvons faire est qu‘il s’agit d’une chose absurde, non seulement pour nous faire croire que c’est François qui, en pleine conscience, a pris une décision aussi importante, mais aussi pour prétendre que cette décision sera respectée alors que les faits nous amènent à affirmer que ce pontificat n’a plus que quelques mois à vivre. En d’autres termes, ils tentent d’établir un agenda pour le prochain pape. Simples manoeuvres de la dernière chance? Peut-être, bien que je sois plus enclin à penser que ce qu’ils veulent, c’est brouiller les pistes afin que, si le prochain pape n’est pas l’un d’entre eux, il lui soit plus difficile de gouverner.
Le problème est que si ce programme est effectivement réalisé, le cardinal Grech et ses partisans mettront l’Église en état d’assemblée permanente, une sorte d’« assemblée des soviets » ayant la prétention de prendre en charge le gouvernement de l’Église ; ils diront « virage vers une Église synodale ».
Ils jouent avec le feu, bien sûr, car l’histoire nous montre la manière tragique dont ces expériences se sont terminées : la guillotine fonctionnant jour et nuit sur la place de la Concorde, ou la famille impériale russe fusillée dans la maison Ipatiev. Ce qui est grave, c’est que dans ce cas, aucune tête ne tombera et aucun Yakov Yurovsky [le « chef » du peloton d’exécution qui a massacré la famille impériale] n’ordonnera de tirer, mais l’Église finira par se diluer dans une institution informe au service de ses ennemis éternels.
C’est l’une, et seulement l’une, des adversités (ad versus : se retourner contre) auxquelles le prochain pontife sera confronté. J’espère que les cardinaux prendront conscience de la personnalité requise du candidat pour y faire face.

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