En ce moment se déroule au Vatican la deuxième Assemblée synodale de l’Église en Italie. Si l’on voulait résumer en trois mots empruntés au langage familier le compte-rendu de Silere non possum, on dirait « beaucoup de bla-bla »… et peu de résultats. L’Eglise, contaminée par l’épidémie de réunionite aigüe qui sévit partout aujourd’hui, ressemble de plus en plus au PS ou un quelconque parti de gauche d’une « démocratie » occidentale.
Selon Avvenire, l’évènement rassemble un millier de participants.
Je cite AM Valli:
Chiffre impressionnant, il n’y a pas à dire. Près d’un millier de personnes. Une véritable armée de délégués, d’invités, de membres de ceci et de cela.
Et un convive de pierre : le pape (convive de Pierre, pourrait-on dire avec un jeu de mots facile), mais c’est une autre histoire.
.Écoute, discernement et prophétie, les mots-talismans (habituels) sur lesquels repose la présentation du cardinal Zuppi [en tant que président de la CEI, ndt].
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https://www.aldomariavalli.it/2025/04/02/in-mille-allassemblea-sinodale-delle-chiese-in-italia-ma-per-andare-dove/
Synodalité ou paralysie ? Le danger d’une Église sans autorité

Ces dernières années, l’Église a beaucoup insisté sur la nécessité de l’écoute comme méthode pastorale et décisionnelle. La synodalité est souvent présentée comme une voie ouverte, où le dialogue et le partage remplacent l’autoritarisme du passé. Dans nos communautés, cependant, on peut voir comment ces authentiques idéologies ne sont qu’un simulacre.
Dans plusieurs diocèses, il y a des évêques, jeunes et nouvellement nommés, qui agissent de manière despotique et autoritaire (et non pas autorisée).
Il arrive souvent que, dans les réunions publiques, ils parlent de « décisions partagées », de « décisions prises à l’écoute de l’Esprit », de « décisions synodales », mais quand on creuse un peu sous cette affirmation superficielle, on découvre que personne n’a jamais approuvé ce qu’ils imposent. Les cas sont vraiment nombreux et emblématiques de la façon dont ces gens sont souriants et aimables avec les laïcs et autoritaires avec leurs prêtres. Selon le principe « faible avec les forts et fort avec les faibles », ces nouveaux jeunes successeurs des apôtres gouvernent despotiquement l’Eglise comme ceux qui les ont nommés. Puis, quand des scandales éclatent et que des articles de presse rendent publiques leurs actions, ils viennent pleurer.
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En ce moment, la salle Paul VI accueille la deuxième Assemblée synodale de l’Église en Italie. Un évêque qui a dû quitter son diocèse pour être présent déplore:
«Une perte de temps et d’argent. Je suis plus à Rome qu’avec mon peuple, entre les pèlerinages jubilaires et les synodes… Nous sommes ici pour écouter… qui ? Mais surtout, demandons-nous où nous voulons aller ».
Cette approche génère une incertitude croissante. Les évêques s’interrogent: qui prend vraiment les décisions ? Et surtout, existe-t-il encore une autorité capable de guider l’Église de manière claire et certaine ?
Un processus sans certitude
Déjà Joseph Ratzinger, dans son magnifique livre Introduction au christianisme (1968), mettait en garde contre le danger d’un catholicisme réduit à une discussion continue sans points fixes.
Le futur pontife écrivait:
« Une Église qui se limite au dialogue sans jamais décider cesse d’être un guide et devient simplement un espace d’opinions »
Des propos prophétiques, si on les lit aujourd’hui.
Le cardinal Robert Sarah lui-même, souvent attaqué par les médias, a dénoncé dans son livre Si fa sera e il giorno ormai volge al declino [en français « Le soir approche et déjà le jour baisse« , co-écrit avec Nicolas Diat, ndt] la crise de l’autorité comme l’une des principales menaces pour la stabilité de l’Église :
« Nous sommes arrivés à un point où plus personne ne sait qui est en charge. Chaque voix a le même poids et la vérité semble se réduire à une question de majorité ».
L’autorité comme principe essentiel
Pourtant, Henri de Lubac, auteur tant cité (et même à tort) par le souverain pontife, souligne dans son livre Méditation sur l’Église [1953] que l’Église n’est pas une démocratie mais une réalité guidée par l’autorité apostolique. « La communion n’exclut pas le principe d’autorité, mais l’exige « , affirmait le jésuite, en soulignant que la structure hiérarchique de l’Église est essentielle à sa mission.
Pour sa part, le dominicain Yves Congar, dans True and False Reform in the Church, avertissait qu’une réforme authentique doit toujours préserver un principe d’autorité clair, sinon le risque est de tomber dans une indétermination qui affaiblit la foi. « Le renouveau n’est pas l’anarchie, mais le retour à l’ordre établi par le Christ », écrit le théologien.
Une paralysie de la prise de décision
Saint John Henry Newman, dans son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, explique que le développement de la foi doit toujours se faire sous l’égide d’une autorité, sous peine de dispersion :
« Sans un principe d’autorité clair, chaque idée peut être acceptée ou rejetée, et la vérité devient un concept fluide ».
Voilà donc les perplexités qui émergent dans la confrontation entre prêtres, même dans les moments de convivialité et d’amitié.
Un prêtre confie:
Quand Benoît XVI affirmait quelque chose, cela ne devenait pas une cause de division ou de querelle. Il était clair et ne créait pas de factions. Peut-être devons-nous revenir à une papauté qui unit, et non à une papauté qui crée des fractures.
Jürgen Habermas, philosophe allemand, a analysé dans ses travaux ce problème de l’absence d’un point de référence décisionnel et a montré comment cela conduit à la paralysie :
« Un système qui renonce à un principe d’autorité clair finit par ne plus pouvoir agir. »
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(Théorie de l’action communicative)
Un regard vers l’avenir
L’Église a toujours su concilier écoute et autorité. Il suffit de penser à la Règle de saint Benoît, qui prévoit au chapitre III la « consultation de la communauté ».
«Mais nous avons dit qu’il fallait consulter toute la communauté, car c’est souvent aux plus jeunes que le Seigneur révèle la meilleure solution»
Et le saint Moine exhorte encore:
«Que personne ne cherche son propre intérêt, mais plutôt celui des autres».
Une exhortation qui prend tout son sens aujourd’hui, dans une Église où les ego pullulent et où des laïcs ambitieux s’arrachent les ministères et les postes.
En fin de compte, ce qui semble prévaloir aujourd’hui, c’est un modèle dans lequel la confrontation et la synodalité risquent de devenir une fin en soi, sans jamais parvenir à des décisions claires.
L’écoute est fondamentale, mais sans autorité pour guider et garantir la certitude, l’Église risque de perdre son rôle de «Mère et Maîtresse de tous les hommes» (cf. [l’encyclique de] Jean XXIII, Mater et Magistra, 15 mai 1961).
La question reste ouverte : dans quelle mesure est-il possible d’écouter sans jamais décider ? Et quel est l’avenir d’une Église qui semble de plus en plus réticente à exercer son autorité.

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