C’est ce qu’explique ici Roberto de Mattei, mettant en parallèle la réception du Roi Charles III au Palais du Quirinal par le président de la République italienne, où lui ont été rendus, avec tout le faste du protocole ancestral, les honneurs dus non pas à sa personne (on en pense ce qu’on veut) mais à la Dignité qu’elle représente, – et au même moment, à la Basilique mère de la chrétienté, la triste exhibition du pape dans une tenue débraillée: François, dit De Mattei, a commis ce jour-là un acte « déshonorant ».

Charles III et François Ier. Honneur et dignité
Roberto de Mattei
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« Piquet d’honneur, préṡentez armes à Sa Majesté le Roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord ! » L’ordre résonne haut et fort, le 8 avril, dans la grande cour intérieure du Quirinal, alors que le drapeau britannique est hissé. Les divisions des Lancieri di Montebello, la Marine et l’Armée de l’air rendent les honneurs des armes au roi Charles III, arrivé en visite d’État dans le palais qui a appartenu aux papes, escorté par un escadron de 32 cuirassiers en grande tenue du régiment des cuirassiers à cheval. Le souverain britannique et le chef de l’État italien Sergio Mattarella ont ensuite passé en revue les unités déployées.
La cérémonie solennelle n’était pas destinée à honorer un simple citoyen britannique, mais l’autorité qu’il représente, celle du souverain d’une monarchie, la plus importante d’Occident, qui, malgré le tournant schismatique du XVIe siècle, plonge ses racines dans la chrétienté médiévale.
Les honneurs militaires rendus aux chefs d’Etat ont un caractère sacré. Ces cérémonies symbolisent, bien qu’inconsciemment, la doctrine de l’origine divine de l’autorité. Dieu, en effet, a créé l’homme comme un être social et a voulu qu’il puisse exprimer publiquement, par des cérémonies précises, la haute idée qu’il se fait de sa propre dignité, en tant qu’enfant de Dieu.
Le sabre dégainé devant le roi par le commandant est également un symbole des vertus militaires et souligne l’importance de l’ordre, de l’obéissance et de la discipline. La lame tournée vers l’extérieur et non vers la personne qui reçoit les honneurs symbolise le véritable acte d’honorer l’autorité. Un sabre non hostile, exprimant la vocation du soldat, qui n’est pas d’attaquer, mais de servir et de protéger l’autorité et le corps social, jusqu’à l’effusion de sang. Un geste qui exprime en définitive la notion de sacrifice chrétien.
Le lendemain, 9 avril, un épisode d’un signe totalement opposé s’est déroulé à Rome, dans un lieu encore plus symbolique que le Quirinal, et plus étroitement lié à la tradition catholique : la basilique Saint-Pierre.
Ce jour-là, le pape François est apparu soudainement dans la basilique, sans que rien n’indique qu’il était ni un pape, ni un évêque, ni un simple prêtre : il était dans son fauteuil roulant, accompagné de deux hommes en chemise sans veste : il portait un pantalon noir et un maillot en coton blanc, sur lequel était posée une couverture rayée en forme de poncho, sans croix pectorale, sans zucchetto, sans aucun signe de sa dignité papale.
S’agit-il d’un signe d’humilité ? Non, son geste apparaît comme un manque de respect pour la fonction suprême qu’il occupe.
Le Souverain Pontife n’a pas toujours besoin d’être vêtu de vêtements somptueux, mais même lorsqu’il s’habille avec simplicité, il doit toujours conserver sa dignité. Il n’y a pas de plus haute autorité sur terre que le pape. Le pape est un homme, mais l’institution qu’il représente est divine. Le Pape est le Vicaire du Christ sur terre et Jésus-Christ est le « Roi des rois et Seigneur des dominateurs » (Apoc. 19:16).
Jésus, le Roi universel, a voulu cacher sa gloire au milieu des humiliations les plus inouïes, depuis sa naissance dans une humble étable, jusqu’à sa mort sur la Croix, comme un voleur ; mais Jésus lui-même s’est attribué le nom de Roi (Mt. 25, 31-40) et le titre de sa royauté a été suspendu à la Croix (Jn. 19, 20). Les rois venus d’Orient ont rendu hommage à l’Enfant divin au berceau, et sa gloire, que les anges et les saints lui rendent chaque jour au Ciel, doit lui être rendue sur terre par les hommes qu’il a rachetés.
C’est pourquoi les plus grands honneurs doivent être rendus sur terre au Christ, partout où il est présent, dans le Saint-Sacrement exposé à l’autel, dans les cérémonies liturgiques et aussi en la personne de son Vicaire, qui doit être honoré pour ce qu’il représente.
Cette année marque l’anniversaire de l’encyclique Quas primas, promulguée le 11 décembre 1925, dans laquelle le pape Pie XI exposait la doctrine de la royauté du Christ et instituait la fête du Christ-Roi. La « laïcité », que Pie XI appelait « la plaie de notre temps », consiste à décourager le Christ, à lui refuser son titre de Roi, son droit de régner sur l’ensemble de la société. C’est précisément le processus de sécularisation de notre temps.
Le 25 mars 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a promulgué la Déclaration Dignitas infinita sur la dignité de tout homme, présentée comme une dignité universelle. Le document affirme que « l’Église, à la lumière de la Révélation, réaffirme et confirme de manière absolue cette dignité ontologique de la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu et rachetée dans le Christ Jésus » (n° 1).
« Toute créature humaine, aussi modeste soit-elle, possède une dignité propre, naturelle et inaliénable », affirme le professeur Plinio Corrêa de Oliveira. « Et plus grande, incommensurablement plus grande, est la dignité du dernier, du plus obscur enfant de l’Église, en tant que chrétien, c’est-à-dire en tant que baptisé, en tant que membre du Corps mystique de Notre Seigneur Jésus-Christ ». En ce sens, « la personne qui, jour et nuit, est consciente de sa propre dignité, vit en présence de Dieu. Et si, par hasard, elle renonce à sa propre dignité, elle renonce aussi à Dieu ».
Le respect que nous nous devons à nous-mêmes et aux autres découle de la dignité de notre condition de baptisés et d’êtres humains créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et donc de notre vocation, Le respect de la dignité de chaque personne est donc lié à la conscience de son rôle et de sa mission. Le Pape est le premier à devoir être conscient de sa dignité suprême, et comme tout homme, c’est la Dignitas infinie qui l’affirme, « il doit aussi s’efforcer d’être à la hauteur de sa propre dignité » (n° 22), car tout ce qui concerne la figure du Pape a inévitablement des répercussions sur la Papauté et l’Eglise.
La dignité est la marque du catholique et correspond à son honneur. Quiconque manque à la dignité de son statut ou de sa mission commet un acte déshonorant. C’est malheureusement ce qu’a fait le Saint-Père François.

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