Pourquoi il faut accepter même un mauvais pape

23 Avr 2025 | Actualités

L’éditorial d’Eric Sammons, directeur de la revue américaine Crisis Magazine rentre indubitablement dans la catégories des analyses de qualité, même si elle contient des vérités difficiles à admettre.
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François a été, dit-il, « un pape terrible », et son pontificat, « une pénitence ». Mais si l’institution de la papauté perdure depuis plus de 2000 ans, ce n’est pas parce que nous n’avons eu que des papes bons et saints. La papauté est essentielle à l’Église, c’est elle qui garantit l’unité (il suffit de considérer les contre-exemples protestant et orthodoxe). Et même si les catholiques doivent de temps en temps supporter de mauvais papes, à long terme, c’est la fonction papale qui a maintenu l’Église unie pendant ces 2000 ans.

Le Pape est mort. Longue vie à la papauté

(…) Une convention sociale veut que l’on ne dise pas de mal des morts. Le défunt ne peut pas se défendre et nous risquons de blesser ses proches en deuil. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire qu’il y a des moments où cette convention sociale est mise de côté ; c’est le cas lorsque la personne en cause était une figure connue qui assumait de grandes responsabilités et exerçait un pouvoir qui a eu un impact profond sur le monde. Il serait non seulement malhonnête mais aussi stupide de cacher la triste réalité :

François a été un pape terrible.

Les exemples de la nature problématique de son pontificat abondent, qu’il s’agisse de ses commentaires improvisés, du choix de ses proches collaborateurs ou de ses actes officiels. Il serait impossible de les énumérer tous, mais un petit échantillon devrait suffire à démontrer les échecs de son règne.

Qui d’entre nous n’a pas commencé à redouter ses voyages en avion ? Ces voyages semblaient produire les échantillons les plus connus de ses opinions, allant du célèbre « Qui suis-je pour juger ? » à l’infamant « Les catholiques ne doivent pas se reproduire comme des lapins », qui ont semé une confusion généralisée sur l’enseignement de l’Église en matière de sexualité et de vie humaine dès le début. Et puis, bien sûr, il y a eu ses nombreuses critiques obsessionnelles et obsolètes des catholiques traditionnels, qui auraient pu être amusantes dans leur nature stéréotypée si elles n’avaient pas été si douloureuses pour les âmes sincères et fidèles.

On dit que « le personnel est la politique », et la politique radicale du pape François s’est reflétée dans ses proches collaborateurs. Il s’est constamment entouré d’hommes douteux, voire ouvertement mauvais, comme Theodore McCarrick, le cardinal Angelo Becciu, le cardinal Victor Manuel Fernandez, le père Marko Rupnik et le père James Martin. Tout pape peut être enclin à commettre des erreurs lorsqu’il nomme des hommes à de hautes fonctions, mais François semblait prendre plaisir à avoir parmi ses plus proches confidents certaines des pires personnes.

Et puis il y a eu ses actes officiels, qui sont les plus scandaleux parce qu’ils font le plus autorité. Il y a Amoris Latitia, qui a utilisé une logique tordue pour ouvrir la réception de la Sainte Communion à ceux qui sont en état de péché grave. Puis il y a eu Traditionis Custodes, qui était une tentative mesquine d’écraser la partie même de l’Église qui se développait, simplement parce qu’elle ne se conformait pas à sa version du catholicisme des années 1960. En 2019, François a signé la déclaration d’Abu Dhabi, qui affirme que Dieu a voulu différentes religions et place l’islam en substance au même niveau que le catholicisme. Fait troublant, nous ne connaissons même pas tous les détails de son accord scandaleux avec le gouvernement chinois, car il nous a été caché.

La liste pourrait s’allonger à l’infini. En fait, je parierais que j’ai oublié plus de choses scandaleuses faites par François que je ne peux m’en souvenir. Les rares fois où il a dit quelque chose d’indubitablement catholique, comme une déclaration contre l’avortement, les catholiques, dans une variante particulière du syndrome de Stockholm, l’ont couvert d’éloges extravagants.

Ces mêmes catholiques vont maintenant essayer de nous manipuler pour nous faire croire que François a été un grand pape. Peut-être ont-ils soutenu son programme progressiste, ou peut-être ont-ils peur d’admettre la possibilité qu’un pape puisse être simplement mauvais. Pour ce dernier groupe, il faudrait réécrire l’histoire, en prétendant que François était quelque chose qu’il n’était pas. Mais ses paroles et ses actions, même si elles sont parfois confuses, parlent d’elles-mêmes.

Quelle pénitence ce pontificat a été pour les catholiques!

Non pas que tout ce que François a fait soit mauvais ; nous devrions être reconnaissants pour ses efforts en faveur de la paix entre les nations en guerre, en particulier l’Ukraine et la Russie, ainsi qu’entre Israël et la Palestine. Mais dans l’ensemble, les douze dernières années ont été un désastre pour l’Église. Il faudra probablement des années, voire des décennies, pour se remettre des dommages causés.

Pourtant, la papauté elle-même perdure. L’Église n’a pas survécu pendant 2000 ans parce que nous n’avons eu que des papes bons et saints. Nous avons eu de véritables crapules dans notre histoire, et certains d’entre eux ressemblaient plus à des successeurs de Judas qu’à des successeurs de Pierre, mais la papauté continue d’être le roc sur lequel l’Église est bâtie. Pendant les pontificats négatifs, il peut être difficile de voir la valeur de la papauté, mais elle est essentielle à l’Église, ce qui devient évident lorsque nous regardons l’histoire dans son ensemble.

Pensez au protestantisme, qui a commencé par le rejet de l’autorité du pape. Depuis lors, son histoire n’a été qu’une succession de divisions. Les protestants ne parviennent même pas à se mettre d’accord sur un point aussi fondamental que le but du baptême ! Le chaos qu’est le protestantisme est ce qui arrive quand on rejette la papauté.

Même l’orthodoxie orientale, qui accepte en théorie l’idée d’une papauté limitée, mais la rejette en pratique, souffre de sa rupture avec Rome. Actuellement, l’Église orthodoxe russe, la plus grande Église orthodoxe, est en schisme avec le Patriarcat œcuménique de Constantinople. Ce type de schisme est courant dans l’histoire de l’orthodoxie, car il n’y a pas de chef pour maintenir l’unité du corps. Les orthodoxes sans pape sont également déficients sur certaines questions doctrinales, comme en témoigne leur acceptation générale de la contraception artificielle et du divorce.

Ainsi, même si les catholiques doivent de temps en temps supporter de mauvais papes (bien que moins que ce à quoi on pourrait s’attendre), à long terme, c’est la fonction papale qui a maintenu l’Église unie pendant 2000 ans et qui continuera à la maintenir jusqu’au second avènement de Notre-Seigneur. Même si l’eau du bain est sale, nous ne pouvons pas jeter le bébé.

Prétendre que les mauvais papes sont simplement quelque chose qui a pu se produire dans le passé mais pas aujourd’hui peut être une tentative bien intentionnée de protéger la papauté, mais elle sacrifie la vérité. Si Notre Seigneur a mis en garde contre le danger des scandales qui détournent les âmes de lui, pourquoi devrions-nous refuser de reconnaître de telles choses lorsqu’elles se produisent ? L’Église est à la fois humaine et divine. Le Christ a délibérément confié son Église à des hommes pécheurs, sachant très bien qu’ils le décevraient parfois. Mais il a promis que l’Esprit Saint serait toujours avec l’Église, la guidant dans toute la vérité. Nous faisons confiance à cette promesse, que nous pensions ou non que le pape actuel fait du bon travail. Il s’agit d’une promesse générale selon laquelle la papauté durera et maintiendra l’Église unie, et non d’une promesse selon laquelle chaque pape sera un saint ou même plus que médiocre.

Le fait d’avoir un mauvais pape peut être bénéfique pour les catholiques d’une certaine manière : cela nous oblige à mieux comprendre la théologie de la papauté. Pendant le pontificat de François, nous avons vu des catholiques nier qu’il était pape simplement parce qu’ils pensaient qu’il était un mauvais pape. D’une certaine manière, il a franchi une ligne qu’ils avaient eux-mêmes établie comme insurmontable pour un vrai pape. Nous avons également vu des catholiques louer tout ce qu’il disait et faisait, aussi scandaleux soit-il, même lorsque ces choses n’étaient manifestement pas catholiques. Il s’agissait d’un « catholicisme partisan », semblable à celui d’un fidèle d’un parti politique soutenant son candidat, aussi mauvais soit-il.

Ces deux réactions à ce qui a été un pontificat difficile découlent du même problème sous-jacent : une exaltation de la papauté au-delà de ce qu’elle est. Nous avons eu une si longue série de papes généralement bons que de nombreux catholiques bien intentionnés en sont venus à croire – même si cela n’a jamais été l’enseignement de l’Église – que nous devrions également suivre les opinions des papes. Nous sommes devenus la caricature protestante des redoutables « papistes » : le pape était pratiquement un chef de secte que nous devions suivre aveuglément.

Une mauvaise papauté comme celle de François permet toutefois de lutter contre cette erreur. La papauté est vitale et essentielle pour l’Église, mais le pape n’est pas un oracle divin auquel nous devrions accorder une déférence totale. Nous devons être reconnaissants à Dieu d’avoir utilisé cette papauté pour aider à dissiper l’erreur qui s’était développée au sein de l’Église depuis le 19e siècle. Nous pouvons vraiment apprécier la papauté lorsque nous comprenons mieux son but et son fonctionnement.

Le pape François a tristement appelé les catholiques à « fare casino » [mettre le bazar]. C’est ce qu’il a fait, et c’est maintenant à nous de faire le ménage.

Priez pour l’âme du pape François, priez pour le prochain pape et priez pour la Sainte Mère l’Église.

François est mort, mais la papauté continue. Remercions Dieu.

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