C’est une lettre adressée à AM Valli, juste avant les obsèques, et elle décrit la situation en Italie, mais comme toujours, elle vaut aussi chez nous (à un degré toutefois moindre, puisqu’à la différence des Français, le pape est pour les Italiens une célébrité locale), où l’exaltation du Pape n’a connu aucune nuance de réprobation, ni même de simple réserve. Tous « franciscains ». Todos, todos, todos. Même les plus athées et les plus féroces « bouffeurs de curé ».
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On peut comprendre qu’on ne veuille pas critiquer quelqu’un (a fortiori un pape) alors que son cadavre est encore tiède, mais on ne peut s’empêcher de penser aux commentaires qui auraient fusé de toutes parts si Benoît XVI était mort en tant que pape régnant (le fait qu’il était « émérite » avait un peu rogné les griffes de ses ennemis)
Prions pourtant pour l’âme de François, et prions aussi pour que l’Esprit nous donne un nouveau pape qui soit simplement catholique, sans autres adjectifs inutiles, et qui sache reconstruire sur les décombres laissés par ce pontificat qui, malgré le récit festif qui sévit aujourd’hui, a divisé le peuple catholique comme aucun autre au cours des derniers siècles, avec son syncrétisme et sa fausse miséricorde.
L’adieu à Bergoglio et la misérable prestation de la presse
Vincenzo Rizza
La mort du Saint-Père a mis en lumière, s’il en était encore besoin, l’indigence de notre information, avec une couverture médiatique pathétique visant à exalter, jusqu’aux limites de la sanctification et au-delà des limites du ridicule, le pontificat qui vient de s’achever et la figure du Pape François.
Aux représentations hagiographiques (sans aucune référence aux aspects critiques – par euphémisme – du règne du pape François) se sont ajoutées des interviews d’improbables envoyés spéciaux qui voltigeaient entre les basiliques vaticanes, prêts à mettre le micro sous le nez des fidèles, des passants et des touristes pour capter les impressions de l’homme de la rue qui ne pouvait faire moins que magnifier la figure du pape « l’un de nous », le pape des derniers et des pauvres (comme si ses prédécesseurs avaient été les papes des premiers et des riches).
Les effets étaient souvent grotesques et, dans la tragédie, hilarants, comme lorsqu’un correspondant de Tg1 interviewa en direct une touriste, la prenant pour un pèlerin, et qu’elle déclara candidement qu’elle était athée et qu’il aurait peut-être mieux valu poser la question à quelqu’un d’autre ; insatisfait de la réponse, l’ineffable intervieweur insista sur le fait que la touriste était là pour témoigner de sa présence ce jour-là, avant qu’en studio, le journaliste, impitoyable, ne le tire d’embarras en lui coupant la parole.
Non moins pathétiques furent les interviews données par certains prêtres, évêques et cardinaux qui, le jour même de la mort du pape, alternaient frénétiquement entre les salons de la télévision et de la radio, semblant plus intéressés à se produire devant la scène médiatique, avec des anecdotes et des souvenirs personnels, qu’à prier pour le décès du pontife.
Le 21 avril, encore, le jésuite James Martin, connu pour ses positions en faveur de la communauté LGBTQ, s’est empressé de publier un article rappelant sa relation de confiance et privilégiée avec François, qui, s’il n’a pas modifié le catéchisme sur l’homosexualité et n’a pas approuvé les mariages entre personnes de même sexe (ce seraient les nouveaux objectifs de ceux qui professent encore être catholiques), a néanmoins fait plus pour les personnes LGBTQ que tous ses prédécesseurs réunis, oubliant manifestement que l’accueil (consciencieux) des personnes LGBTQ est une part très importante de la mission de l’Église ; todos, todos, todos ne signifie pas justifier et surtout approuver toutes nos inclinations au péché.
Que dire alors de la célébration des foules qui se rendent au cercueil. S’il est vrai qu’il serait impitoyable de la comparer à ce qui s’est passé avec saint Jean-Paul II (et, tout compte fait, avec Benoît XVI lui-même, qui n’était que pape émérite au moment de sa mort, mais qui était encore très aimé du peuple catholique et pour lequel aucun jour de deuil officiel n’a été proclamé au Vatican), nombreux sont ceux qui se précipitent pour faire la queue à la mort de Maurizio Costanzo ou d’Eleonora Giorgi [je suppose qu’il s’agit de people italiens, ndt]: sans parler de la volonté d’assister, de préférence avec un téléphone portable à la main, à un événement de résonance mondiale pour pouvoir dire « j’y étais ».
D’ailleurs, les mêmes scènes de ‘fidèles’ faisant des selfies et des photos étaient déjà présentes lors de l’exposition du corps du Pape Woytila, et même de nombreux évêques n’ont pas, à l’époque, renoncé à l’opportunité d’une photo souvenir pour ‘immortaliser’ (au sens littéral du terme) le moment des funérailles.
Et enfin, la glorification ridicule par les médias du choix du pape François de ne pas être enterré à Saint-Pierre, mais à Sainte-Marie-Majeure, dans un simple tombeau, comme si le dernier de ses prédécesseurs avait demandé à être enterré dans le monument funéraire de Jules II et non sous une simple pierre tombale en marbre.
Je me demande cependant comment ces mêmes journalistes auraient réagi si le choix du pape François (tout à fait légitime, certes) avait été fait par le bon Benoît XVI. Auraient-ils parlé de la sobriété de la demande, ou plutôt auraient-ils souligné la revendication singulière de ne pas être enterré dans les grottes du Vatican (comme la plupart des papes) mais à l’intérieur d’une basilique majeure, entre la chapelle Pauline et la chapelle Sforza ?
Et pour insister encore sur la simplicité et la sobriété, qui sait pourquoi presque personne n’a critiqué le choix (cette fois, semble-t-il, non pas du pape François, mais probablement de certains de ses acolytes) d’accrocher au-dessus de la pierre tombale une image géante de sa croix pectorale (laide, parce qu’on ne peut guère l’appeler autrement).
Contentons-nous cependant du fait que personne n’a eu l’idée jusqu’à présent d’ « embellir » la tombe avec des mosaïques de son ami Rupnik (la presse a soigneusement omis toute référence à ses relations avec l’ancien jésuite, sans parler d’autres « amis » peu recommandables).
Prions cependant pour l’âme de François, et prions aussi pour que l’Esprit nous donne un nouveau pape qui soit simplement catholique, sans autres adjectifs inutiles, et qui sache reconstruire sur les décombres laissés par ce pontificat qui, malgré le récit festif qui sévit aujourd’hui, a divisé le peuple catholique comme aucun autre au cours des derniers siècles, avec son syncrétisme et sa fausse miséricorde.

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