Une célébration digne, une chorégraphie parfaite, une homélie bienveillante malgré tout, des ornements liturgiques majestueux. Une page est désormais tournée. Il est temps maintenant de refermer cette page compliquée et de reprendre le chemin pour une Eglise de deux millénaires, qui garde aux yeux du monde (que ses ennemis le veuillent ou non, et malgré les efforts du dernier titulaire) une fascination intacte.
Avec cette célébration, en particulier avec cette homélie, les cardinaux montrent qu’ils sont des « Gentlemen » par rapport à Jorge Mario Bergoglio, qui a réservé un traitement honteux à son prédécesseur et qui, dans l’homélie, n’a même pas dressé son profil historique.
Laissons les morts enterrer leurs morts.
Adieu au pape François
https://silerenonpossum.com/it/esequiepapafrancesco26aprile2025/

Aujourd’hui matin, la place Saint-Pierre a accueilli des milliers de fidèles et de nombreuses délégations internationales qui ont rendu hommage à la dépouille du pape François, 266e successeur de Pierre. Une cérémonie solennelle, retransmise dans le monde entier, a marqué les adieux terrestres de Jorge Mario Bergoglio, premier pontife jésuite et premier pape du continent américain, décédé ces derniers jours à l’âge de 88 ans.
On revient au latin, la diplomatie est de retour, la liturgie soignée, après douze ans.
Le rite des obsèques a été présidé par le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du collège des cardinaux, qui a dressé dans son homélie un portrait vibrant du pontificat du pape François.
« Sur cette place majestueuse de Saint-Pierre, où le pape François a célébré l’eucharistie tant de fois et présidé de grandes rencontres au cours de ces 12 années, nous sommes réunis en prière autour de sa dépouille mortelle, le cœur triste, mais soutenus par les certitudes de la foi ».
L’homélie a abordé les temps forts du pontificat et le dernier geste du Pape, désormais épuisé, qui
« dimanche dernier, solennité de Pâques, malgré de graves problèmes de santé, a souhaité donner sa bénédiction depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre et est ensuite descendu sur cette place pour saluer depuis la papamobile ouverte toute la grande foule réunie pour la messe de Pâques« .
Le cardinal Re a rappelé comment François voulait être un « bon pasteur », fidèle à la mission confiée à Pierre :
« Malgré sa dernière fragilité et sa souffrance, le pape François a choisi de parcourir ce chemin de don de soi jusqu’au dernier jour de sa vie terrestre ».
Les paroles de l’homélie ont également abordé les choix pastoraux et le style personnel qui ont distingué le pape argentin depuis son élection le 13 mars 2013 :
« La décision de prendre le nom de François est immédiatement apparue comme le choix d’un programme et d’un style… un pape au milieu du peuple avec un cœur ouvert à tous. »
Et encore :
« La primauté de l’évangélisation a été le guide de son pontificat… La miséricorde et la joie de l’Évangile sont deux mots clés du Pape François ».
Les références aux gestes les plus symboliques de son pontificat n’ont pas manqué : du voyage à Lampedusa, le premier de sa mission en tant que pape, au voyage historique en Irak en 2021, en passant par la signature de Fratelli tutti et de Laudato si’, deux textes emblématiques de sa vision sociale et environnementale.
Avec cette célébration, en particulier avec cette homélie, les cardinaux montrent qu’ils sont des « Gentlemen » par rapport à Jorge Mario Bergoglio, qui a réservé un traitement honteux à son prédécesseur et qui, dans l’homélie, n’a même pas dressé son profil historique. Pas d’éloges funèbres, pas une seule mention de son nom. Une célébration glaçante.
Derrière le personnage public, il reste l’histoire personnelle de Jorge Mario Bergoglio, né à Buenos Aires le 17 décembre 1936 dans une famille d’origine italienne.
Chimiste de formation, jésuite par vocation, évêque depuis 1992, cardinal depuis 2001 et primat d’Argentine depuis 1998. Il avait une personnalité complexe, façonnée par des expériences contrastées : une jeunesse marquée par une grave maladie pulmonaire, un noviciat difficile dans la Compagnie de Jésus, une longue saison comme pasteur dans le Buenos Aires de la misère et des périphéries.
Son pontificat a été, sans aucun doute, l’un des plus discutés et des plus controversés des temps modernes. Nombre d’observateurs, y compris parmi les cardinaux qui l’ont élu, ont reconnu par la suite les effets de division de son leadership.
Accusé de centraliser le pouvoir et de dissoudre la tradition juridique de l’Église, François a souvent gouverné par des décisions arbitraires et des choix personnels, récompensant la loyauté idéologique plutôt que la vertu. Des noms comme ceux de Zanchetta, Rupnik et McCarrick sont devenus les symboles des ombres de ce pontificat. Au sein du clergé et de la vie consacrée, une profonde fracture a souvent été perçue, alimentée par un langage ambigu et une gestion pastorale plus politique que doctrinale.
Pour beaucoup, l’héritage de François sera celui d’un pontificat qui a privilégié l’image à la substance, qui a recherché le consensus médiatique au détriment de l’unité ecclésiale.
Pourtant, dans le récit officiel d’aujourd’hui, on se souvient de lui comme du pape qui cherchait à « éclairer avec la sagesse de l’Évangile les problèmes de notre temps » et qui voulait une Église « comme un hôpital de campagne », ouverte, accueillante, dialoguante. Une profonde fracture a souvent été perçue dans le clergé et la vie consacrée, alimentée par un langage ambigu et une gestion pastorale plus politique que doctrinale.
Pour beaucoup, l’héritage de François sera celui d’un pontificat qui a privilégié l’image à la substance, qui a recherché le consensus médiatique au détriment de l’unité ecclésiale.
Et pourtant, dans le récit officiel d’aujourd’hui, on se souvient de lui comme du pape qui cherchait « à éclairer avec la sagesse de l’Évangile les problèmes de notre temps » et qui voulait une Église « comme un hôpital de campagne », ouverte, accueillante, dialoguante.
Concluant son homélie, le cardinal Re a confié au pape François une demande :
« Cher pape François, nous te demandons maintenant de prier pour nous et que, du ciel, tu bénisses l’Église, que tu bénisses Rome, que tu bénisses le monde entier ».
Il y a quelques jours, un cardinal, venu à Rome pour les Congrégations générales, a souligné avec justesse :
« Aujourd’hui, l’Église ne peut pas être un hôpital de campagne, parce que c’est l’Église elle-même qui a besoin d’un hôpital de campagne. C’est elle qui a besoin d’être guérie après douze années difficiles ».
Les choses, il est clair, n’ont pas beaucoup changé depuis le conclave qui a élu François. En fait, elles ont empiré. Si en 2013 le problème était une curie infidèle au pape, aujourd’hui nous avons une curie infidèle à Dieu et qui, de plus, a tout simplement salué le dictateur du moment. Un rôle que Benoît XVI n’a jamais voulu jouer, convaincu que la miséricorde et la bonté correspondaient davantage à la figure de Pierre. Des vertus prêchées par François mais jamais utilisées.
Aujourd’hui, la basilique vaticane a refermé dans un cercueil, non seulement la dépouille mortelle d’un pontife, mais aussi le poids symbolique d’une saison ecclésiale qui a profondément marqué le visage de l’Église au cours de ces douze années.
Une ère s’achève. Une autre se prépare à s’ouvrir, chargée de questions cruciales : que signifie être pasteur aujourd’hui, qu’est-ce que la vérité, qui est Jésus-Christ pour l’Église, le pape est-il un bénévole de centre communautaire ou un témoin de la résurrection du Christ ? Enfin, quelle Église nous attend demain ?
Le monde regarde vers cette cheminée, une fois de plus. Parmi le clergé, cependant, l’inquiétude monte.

0 commentaires