Analyse percutante de Silere non possum.
Ce « Conseil du Roi », c’est le fameux « Conseil des cardinaux », une coquille vide créée par chirographe papal en 2013 pour mettre définitivement le Sacré Collège (et la Secrétairerie d’Etat) hors-circuit, mise à jour en 2022 avec la constitution apostolique Praedicate Evangelium, qui prétend réformer la Curie honnie (cf. Praedicate Evangelium consacre une Eglise avec un seul homme aux commandes).
Le Pape, plus qu’en souverain absolu (comme le suggère le titre, qui renvoie à l’Ancien Régime – avec la différence que quand le Roi disait « car tel est notre bon plaisir », il le faisait après consultation) s’est comporté en dictateur.
Le résultat le plus visible dans l’immédiat, alors que se poursuivent les « Congrégations générales », c’est que les cardinaux ne se connaissent pas, même de nom.
Dans ce cadre VOULU de désorganisation et d’ignorance mutuelle, où seuls les initiés pourront s’y retrouver, le futur pape sera-t-il élu en toute connaissance de cause? Le risque d’un scenario « 2013 bis » n’est pas à exclure.
Conseil du Roi :
les cardinaux, réduits au silence, à présent appelés à choisir le successeur de Pierre

La création du Consilium Cardinalium Summo Pontifici, communément appelé « Conseil des cardinaux », représente peut-être mieux que tout autre acte le modèle de gouvernement choisi par le pape François : centralisé, personnaliste et méfiant à l’égard de la structure collégiale de l’Église, telle qu’elle est décrite par le code de droit canonique. Un choix qui a marqué l’une des pages les plus amères de la Secrétairerie d’État, à l’époque encore dirigée par Tarcisio Bertone, mais c ‘est l’une des nombreuses humiliations que le cardinal Pietro Parolin a subies ces dernières années.
Formé le 28 septembre 2013 avec l’un des nombreux chirographes pontificaux émis au cours des douze dernières années, cet organe restreint a été présenté comme le fruit des congrégations générales précédant le conclave.
En réalité, il est apparu immédiatement qu’il s’agissait du bras opérationnel d‘un pontife qui souhaitait s’entourer de quelques conseillers de confiance, en évinçant le Collège des cardinaux dans son intégralité et en marginalisant le rôle de la Secrétairerie d’État. Une démarche qui, en plus de trahir la lettre et l’esprit du canon 349 du Code de droit canonique, a sanctionné la naissance d’un véritable Conseil du roi, plus proche d’une cour absolutiste que d’un organe ecclésial synodal.
Il est curieux que François ait choisi un petit groupe de personnes qui pensaient comme lui (du moins le croyait-il) et que, d’autre part, il ait demandé à l’Église universelle d’agir de manière synodale en demandant aux évêques d’impliquer » todos, todos, todos » , même dans les décisions les plus insensées.
Dans la première annonce du 13 avril 2013, diffusée par la Secrétairerie d’État elle-même, l’absence du Secrétaire d’État parmi les membres du nouveau Conseil a été immédiatement remarquée. À l’époque, le choix a semblé étrange, mais beaucoup l’ont considéré comme « naturel » puisque Tarcisio Bertone était encore en fonction.
Toutefois, même Pietro Parolin, qui a été officiellement nommé le 31 août 2013, n’a été inclus dans le C8 qu’en avril 2014, et seulement après de fortes pressions, transformant le C8 en un C9.

Une décision qui, sur le plan symbolique et pratique, revenait à dire que le cœur diplomatique et exécutif du Saint-Siège n’était plus jugé digne de participer directement au gouvernement de l’Église. Un affront institutionnel. Du reste, Bergoglio a toujours abordé tous les aspects de sa vie de cette manière. S’il y avait des documents dans les boîtes blanches soulignant les aspects critiques de la Secrétairerie d’État, François n’a pas choisi de changer le personnel ou de réorganiser la situation. Il a réagi de manière instinctive, comme d’habitude, et ces dernières années, il a pratiquement supprimé toute possibilité de recourir à la Troisième Loge [Terza Loggia: siège de la Secrétairie d’Etat dans le Palais Apostolique]: du portefeuille aux décisions pratiques.
Le chirographe papal du 28 septembre 2013 était un manifeste programmatique :
J’estime opportun que ce groupe […] soit érigé en “Conseil des cardinaux” […] Il sera composé des mêmes personnes que celles indiquées précédemment, qui pourront être interrogées, soit en tant que Conseil, soit individuellement, sur les sujets que, de temps à autre, je jugerai dignes d’attention.
Des mots qui offrent une vision monarchique de la papauté, dans laquelle les cardinaux deviennent des conseillers sur appel, et non des pasteurs proches du pape. Bergoglio a écouté qui il voulait, quand il voulait et sur ce qu’il décidait.
Voilà pour la collégialité. Nous en avons eu la confirmation ces dernières années dans les différents épisodes au cours desquels plusieurs cardinaux ont demandé une audience, laquelle, historiquement avait toujours été accordée par le pape dans un délai maximum de 48 heures à compter de la demande, mais n’ont jamais reçu de réponse.
Inutile de le cacher : le Conseil est toujours resté une créature personnelle du pape, sa salle de contrôle, à l’abri de tout contrôle, de toute discussion réelle ou de toute dynamique d’assemblée. Les réunions des cardinaux du Conseil se sont succédé au fil des ans dans un climat d’aliénation croissante du Collège des cardinaux. Les cardinaux, créés à un rythme effréné, issus de diocèses périphériques et ne se connaissant pas les uns les autres, n’ont jamais eu l’occasion de se forger une conscience commune ou d’apprendre à se connaître.
Dans les jours qui ont précédé le Consistoire pour la création des nouveaux cardinaux en 2022, les cardinaux ont été traités comme des élèves appelés à prendre des notes sur les deux sujets imposés par le Pape : Praedicate Evangelium et le Jubilé 2025. Pas de confrontation ouverte, pas de véritable discussion. Seulement des cours magistraux et – comme l’ont défini plusieurs d’entre eux – l’écoute humiliante des » inepties affirmées par Gianfranco Ghirlanda », le juriste jésuite et promoteur de la constitution apostolique Praedicate Evangelium, considérée par de nombreux canonistes comme un texte théologiquement opaque, pastoralement désorienté et canoniquement inapplicable.
Ces jours-ci, dans les congrégations générales, les cardinaux ont reçu des étiquettes nominatives : « On dirait une foire artisanale », a plaisanté l’un d’entre eux. Et d’expliquer :
« Au fond, c’est inévitable parce que nous ne nous connaissons pas et que lorsque nous parlons à quelqu’un, nous lisons au moins le nom sur le badge ».
Un nouveau pape devra nécessairement reconstruire de fond en comble la forme de gouvernement de l’Église. On ne peut pas ignorer ce qu’affirme clairement le canon 349 CJC:
« Les cardinaux assistent le pontife romain à la fois en agissant collégialement lorsqu’ils sont convoqués pour traiter de questions d’importance majeure, et en tant qu’individus […] dans le soin quotidien de l’Église universelle ».
Ce n’est pas ce qui s’est produit au cours du pontificat de François.
La presse a toujours salué le choix des « hommes des périphéries », mais était-ce uniquement pour qu’ils puissent entrer au Conclave aujourd’hui ? Certains, naïvement, s’attendaient peut-être à ce que ces cardinaux puissent aider le pape, à ce qu’ils soient consultés afin de prendre des décisions plus réfléchies, avec l’aide de cultures différentes. Fiducia Supplicans est le document qui a le plus montré que cela ne s’est jamais produit. Il convient de rappeler que le collège des cardinaux n’est pas un parlement qui élit le pape. Ses fonctions et ses tâches sont bien plus délicates.
Au cours de ces douze années, l’autorité des cardinaux a été vidée de sa substance et chaque moment de réunion a été réduit à une cérémonie ou à une imposition. Il n’est pas surprenant que François lui-même, chaque fois qu’il entend parler de dîners ou de réunions entre cardinaux, lance des invectives publiques, les accusant de manière voilée de vouloir sa « mort ». Une réaction qui trahit une peur de la vraie synodalité.
Et pourtant, il aurait mieux valu – beaucoup mieux – que les cardinaux puissent se rencontrer plus souvent, se confronter, débattre. Car aujourd’hui, ils ne se connaissent tout simplement pas. Ils ne se connaissent même pas par leur nom. Et l’Eglise, ce n’est pas cela, et cela, c’est de la désintégration. La devise qui a guidé ces douze années a été “Divide et impera” [Diviser pour régner].
Le prochain conclave devra en tenir compte. Et le prochain pape devra avoir le courage non seulement de remettre à zéro Praedicate Evangelium, mais aussi de restaurer la dignité de l’ensemble du Collège des cardinaux. Le temps des Conseils du Roi doit prendre fin.
.

0 commentaires