Si nous n’avions pas vécu ces douze dernières années – et certains, comme moi, presque au jour le jour – j’aurais accueilli le Pape Léon XIV avec une approbation, et même une joie sans mélange (rien de comparable, évidemment, avec Benoît XVI, qui reste unique). Mais… il se trouve que ces douze années ont été là, et cela change beaucoup de choses.
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D’autant plus que le nouveau pape a été créé cardinal par François, et appelé par lui à la Curie, et quand on sait comment l’Argentin choisissait ses collaborateurs, il y a de quoi s’inquiéter.

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« Hier, le Saint-Père s’est arrêté à la basilique Sainte-Marie-Majeure. Là, il s’est agenouillé en prière devant l’icône de la Vierge Salus Populi Romani, à laquelle il a offert un bouquet de fleurs. Avant de quitter la basilique, il a également voulu se recueillir en silence sur la tombe de son prédécesseur, François, sur laquelle il a déposé une rose blanche, dans un geste d’affection et de prière ».
(Silere non possum)
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A ce sujet, je lis avec intérêt le dernier billet d’AM Valli, dont celui publié la veille (Ne tirez pas sur Léon) a suscité beaucoup de réactions de lecteurs. En gros, 2/3 d’approbation, et le reste… disons plus (voire beaucoup plus) critiques, l’accusant d’avoir perdu la mémoire, oubliant « l’histoire personnelle de Prevost » – vaccinisme, immigrationnisme, et surtout sa carrière « fulgurante » grâce à François.
Sa réponse mérite d’être méditée, au-delà de sa personne:
Suivre le pape Léon avec confiance, en priant pour lui
(…)
Je reconnais que je m’amourache facilement des papes, et en particulier des nouveaux papes. Dès que je les vois apparaître à la loge des bénédiction, je sors un chèque en blanc. Je leur fais confiance. Il en a été de même avec François (malgré quelques vagues appréhensions) et il m’a fallu trois ans avant d’exprimer toutes mes réticences. D’autres ont compris bien plus tôt et ont été certainement plus clairvoyants que moi.
Quant au Pape Léon, je dis : les débuts ont été, à mon avis, très bons. Voyons maintenant ce qu’il en est. Y a-t-il une ombre dans son passé ? D’accord, mais l’Esprit Saint est à l’œuvre et, de toute façon, la fonction exercée change la personne.
Je me réjouirais que le pape Léon XIV revienne vivre dans le palais apostolique, mais j’imagine que, même s’il le voulait, ce ne serait pas possible à court terme, car l’appartement papal est abandonné depuis longtemps. Je serais très heureux qu’il remplace le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Fernández, et qu’il lui offre un aller simple. Mais je sais bien qu’il ne pourra pas le faire immédiatement. De nombreux documents de Bergoglio doivent être révoqués ou corrigés, mais le nouveau pape ne pourra pas le faire d’un coup d’éponge.
Je le répète : attendons de voir. Mais avec confiance et en priant pour le pape Léon, pas avec le fusil pointé et la poudre dans le canon. C’est bien d’être vigilant, mais gardons-nous de perdre espoir.
Oui, prions pour le pape Léon. Car vous verrez que les gauchistes de tous bords commenceront bientôt à le mettre sur le gril et à essayer de s’en emparer. Il en sera de même pour les modernistes au sein de l’Église. Alors si, surtout au début, il agira avec circonspection, il faudra le comprendre.
Le cardinal Német de Belgrade a rapporté qu’au cours d’un dîner, le nouveau pape a expliqué qu’il avait choisi le nom de Léon en l’honneur de Léon XIII. Et il l’a fait avec une remarque intéressante :
« Nous sommes au milieu d’une nouvelle révolution : à l’époque de Léon XIII, une révolution industrielle était en cours, aujourd’hui c’est la révolution numérique qui est en marche ».
Voici un thème que je voulais aborder il y a quelques jours. Parmi les énormes problèmes auxquels Léon XIV (qui, ne l’oublions pas, a également une formation scientifique) devra faire face, il y a la révolution technologique rapide et profonde qui, au point où nous en sommes, remet en question l’idée même de l’identité humaine. Nous pensons à l’intelligence générale artificielle, ou AGI (Artificial General Intelligence), qui vise à reproduire la capacité humaine à résoudre des problèmes et à raisonner par abstractions, dépassant ainsi l’« ancienne » intelligence artificielle. Ce sont des développements qui remettent nécessairement en question la philosophie et la théologie, de sorte que le pape Léon des années 2000 est confronté à une révolution, peut-être beaucoup plus profonde et insidieuse que celle à laquelle Léon XIII a été confronté à la fin du XIXe siècle.
Enfin, je mentionne son caractère missionnaire, un élément qui n’a pas seulement une signification pastorale. Vous vous souviendrez de la funeste déclaration d’Abu Dhabi signée par Bergoglio, dans laquelle il affirmait que toutes les religions sont des chemins vers Dieu. Or, une telle affirmation annule de fait la dimension missionnaire de l’Église, car si toutes les religions sont des chemins qui mènent à Dieu, la nécessité de l’évangélisation, et donc aussi la nécessité du travail missionnaire, s’évanouit. Or, élire un pape missionnaire revient à réfuter implicitement la déclaration d’Abu Dhabi et l’indifférentisme religieux qu’elle contient.
Je conclus encore une fois avec l’exorcisme figurant sur la base de l’obélisque de la place Saint-Pierre, parce qu’il me plaît et parce que je pense qu’il est nécessaire :
« Ecce Crucem Domini ! Fugite partes adversae ! Vicit Leo de tribu Juda, Radix David ! Alleluia !« .

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