On n’en peut plus, de la synodalité

11 Juil 2025 | Actualités

Mgr Mario Eleganti, courageux prélat suisse (*) que nous croisons régulièrement dans ces pages, a le sens de la formule percutante (comme par ex: plus de missionnaires, moins de spin doctors). Il l’utilise ici pour interpeler directement, avec une énergie… virile (que l’on aimerait trouver plus souvent chez ses confrères dans l’épiscopat!), les participants au Synode sur la synodalité, et sa diatribe est à ne pas manquer!

Pour l’amour du Christ, cessez enfin cette surabondance de documents synodaux, d’étapes intermédiaires, d’orientations pour la suite du processus, d’annonces de résultats, de documents finaux qui n’en sont pas, de prolongations en plusieurs cycles, de multiplication des commissions, pour aboutir finalement à une assemblée dans un no man’s land canonique.

(*) Mgr Marian Eleganti OSB [Ordre de Saint Benoît] (1955-), prélat suisse, docteur en théologie, a été abbé de l’abbaye bénédictine de St. Otmarsberg dans le canton de Saint-Gall de 1999 à 2009, puis évêque auxiliaire du diocèse de Coire de 2009 à 2021.

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La synodalité comme nom codé

Mgr Marian Eleganti
www.marian-eleganti.ch

Le peuple de Dieu dans son ensemble ignore vos documents. D’après mon expérience, rares sont les croyants qui en ont connaissance ou qui les lisent. Cessez de tourner en rond dans un processus qui n’a éveillé l’amour de Jésus-Christ dans aucune âme, mais qui occupe surtout jusqu’à présent les « catholiques réformateurs » (occupant une fonction officielle) germanophones. Cessez de vous multiplier, et de vous démultiplier dans des groupes de travail et des commissions ! Le peuple de Dieu ne s’y intéresse pas. Les résultats sont un brouillard, des bénédictions qu’il vaudrait mieux s’abstenir de donner, des modèles de gestion qui contredisent le droit canonique en vigueur, de nouveaux comités ou conseils, comme si nous n’en avions pas assez depuis 60 ans. Vous vivez dans une bulle et vous employez les mauvaises personnes. La plupart du temps, les évêques sont déjà assis à des tables, mais ils ne sont pas les seuls. Vous invoquez trop facilement le Saint-Esprit.

Proclamez l’Évangile, pour l’amour du Christ ! Proclamez le Christ à une Europe qui s’est détournée de lui ! Proclamez le Christ à un monde qui présente des traits apocalyptiques et qui mène sans cesse de nouvelles guerres ! Parlez de Jésus-Christ plutôt que de synodalité ! Ce que vous entendez par ce dernier terme, d’autres l’ont déjà épelé (par exemple les anglicans), avec pour résultat de nouvelles divisions.

Cessez de maintenir l’Église dans une frénésie synodale sans fin, soi-disant pour échanger des bienfaits.

Les problèmes réels qui existent dans l’Église ne sont pas abordés : l’abandon massif par les baptisés et les confirmés des contenus essentiels de la foi (la divinité de Jésus, sa résurrection physique) ; l’informalité liturgique et les abus dans le Novus Ordo ; l’absence de vocations sacerdotales dans de nombreuses Églises particulières ; la prédication hétérodoxe largement répandue (catéchèse, théologie universitaire) et une pratique pastorale qui contredit la doctrine catholique et le droit canonique, soi-disant parce que la réalité est plus grande que l’idée [Bergoglio dixit, ndt]. La liste est incomplète.

Je ne peux plus écouter votre propagande. Je suppose que je ne suis pas le seul. Cela fait longtemps que l’Église n’avait pas été dirigée de manière aussi autoritaire et manipulatrice que sous la nouvelle synodalité du pape François, en une tentative sans fin pour obtenir les résultats souhaités.

Mais Godot n’est pas venu. Du moins jusqu’à présent, et de par sa nature même, il est vain de l’attendre ! Ce qui est venu, c’est la volatilité de la doctrine, la dune mouvante, pas le roc.

Selon les Écritures, avant la fin, il y aura une grande apostasie, des prophètes hypocrites apparaîtront, les gens chercheront des enseignements à leur goût, une vérité qui ne coûte rien, l’homosexualité (la diversité) ; l’Antéchrist, le martyre. Chacun peut le lire.

La seule chose qui soit juste dans votre synodalité, c’est l’enseignement traditionnel du discernement des esprits, l’écoute souhaitable de DIEU.

Mais qu’y a-t-il vraiment de nouveau dans cet enseignement ? Le « Écoute, Israël » (Sh’ma Yisrael) ainsi que la règle de saint Benoît (prologue) commencent par le mot « Écoute ! » et sont sacro-saints.

Nous n’avons pas attendu le « Synode sur la synodalité » pour nous intéresser à l’enseignement traditionnel sur le discernement des esprits.

Ce qui est nouveau, c’est l’illusion que l’on puisse mener à bien cette œuvre de discernement avec 1,4 milliard de catholiques – dont beaucoup ont des opinions absolument hétérodoxes – sans que le processus de discernement et d’écoute soit politisé, instrumentalisé, manipulé ou orienté dans une direction particulière et, éventuellement, déraille comme en Allemagne. Mais Fiducia supplicans et Traditionis custodes sont aussi des documents très controversés et ont été élaborés à l’encontre de toutes les règles.

Où sont les partisans de la tradition, principalement des jeunes et des familles, dans ce processus ? Où est leur vote dans ce processus synodal sui generis tant vanté ? Jusqu’à présent, ils ont été laissés de côté. Dans certains pays (France, Angleterre), de nombreux jeunes adultes souhaitent être baptisés. Les jeunes qui s’intéressent à la foi étudient le catéchisme, souhaitent une liturgie célébrée avec recueillement, réclament plus de mystère dans la célébration de la messe, où l’on parle trop. En Albanie, les chrétiens sont désormais majoritaires par rapport aux musulmans, comme je l’ai lu. Mais dans d’autres pays d’Europe, les chrétiens seront minoritaires par rapport aux musulmans dans 25 ans (simples statistiques). Dans le processus synodal, qui se soucie du défi de l’islam ?

Ne faites pas de l’Église une bourse d’idées pour des initiatives et des inventions hétérodoxes ! Faites quelque chose pour le renouveau de la liturgie et de la catéchèse en ces temps antichrétiens ! Plus de missionnaires, moins de spin doctors.

La synodalité est devenue un « herméneutique » pour tout et n’importe quoi, en particulier pour la codécision des laïcs à tous les niveaux. La sacramentalité du ministère ecclésiastique a été gravement compromise par une synodalité égalitaire qui ne fait aucune distinction entre les consacrés et les non-consacrés ! Cela contredit l’enseignement du Concile et les lois apostoliques millénaires qui régissent le Corps du Christ !

Ne croyez pas que sous nos latitudes, on va se se contenter d’« écouter » et de « parler dans l’Esprit ». Des changements sont réclamés. Après un long et fastidieux processus synodal, les personnes qui y ont participé veulent voir des résultats : une diacre ou une préfète de dicastère, une chancelière de l’ordinariat; la suppression du célibat en raison du manque de prêtres; l’égalité entre consacrés et non consacrés dans les structures décisionnelles ou les organes ecclésiastiques; des femmes à des fonctions jusqu’ici réservées aux prêtres et aux évêques.

Et tandis que dans les organisations laïques, les hiérarchies restent non contestées et intactes, et que les décisions sont prises par la direction ou le PDG, décisions qui doivent être suivies et mises en œuvre sans contestation par les niveaux inférieurs, la synodalité dans l’Église est devenue pour beaucoup un nom codé signifiant le contraire (une hiérarchie plate ; le soi-disant contrôle du pouvoir ; des processus démocratiques et politico-ecclésiastiques ; une conception fonctionnelle du ministère ; le remplacement du bon berger par des collectifs) et, last but not least, pour des formes alternatives de culte non sacerdotales.

Le berger suit les brebis. L’enseignant apprend de l’élève. L’action détermine le devoir. La majorité fait la vérité. Le prêtre obéit au laïc.

L’évêque est assis à côté.

Et au-dessus de tous plane l’Esprit.

Lequel ?

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