La fausse interview de Léon par Spadaro. Et la santé du Pape

22 Août 2025 | Actualités

En marge d’une manipulation éditoriale du père Spadaro, SJ, ex-éminence grise de François, auteur d’un livre dont la couverture annonce une interview avec le cardinal Prevost dont il s’attribue mensongèrement la paternité (le but étant de « vendre » l’héritage de Bergoglio pleinement assumé par son successeur), ce très intéressant article du site traditionaliste « The Remnant » s’inquiète de la santé du nouveau pape, visiblement surmené, victime, plus qu’acteur volontaire, d’une suractivité et d’une sur-représentation « bergogliennes » qui l’empêchent de se concentrer sur les VRAIES grandes questions. Avec la question inévitable: cui prodest?

Il y a un fort malaise parmi les révolutionnaires accélérationnistes qui errent encore dans les palais romains : ils sont déterminés à prouver à tout prix que Léon XIV poursuit pleinement l’agenda initié par François.

(…)

Le soupçon est que ces mêmes forces internes à la Curie intéressées à mettre en valeur la continuité entre François et Léon visent à transformer le nouveau Pape en une icône publique alors que le vrai pouvoir est exercé ailleurs.

Une fausse interview du pape fait sensation en Italie.

Pourquoi est-ce si important ?

Gaetano Masciullo
remnantnewspaper.com

Fake interview with the Pope causes a stir in Italy. Why is it so important?


Les éditions Dehonian de Bologne, en Italie, ont récemment publié un livre qui a immédiatement suscité critiques et scandales, notamment au sein de la Curie vaticane. Le jésuite Antonio Spadaro, sous-secrétaire au Dicastère pour la culture et l’éducation, est l’auteur du livre Da Francesco a Leone (« De François à Léon »). Comme le titre le suggère clairement, l’objectif du livre est de démontrer la continuité totale de la gouvernance entre Bergoglio et Prevost

Il y a un fort malaise parmi les révolutionnaires accélérationnistes qui errent encore dans les palais romains : ils sont déterminés à prouver à tout prix que Léon XIV poursuit pleinement l’agenda initié par François. Spadaro, en particulier, s’aligne sur les bergogliens purs et durs qui, lors du dernier conclave, ont persisté jusqu’au bout à empêcher Prévost d’accéder au siège de Pierre. Parmi eux, le jésuite Jean-Claude Hollerich et le « théologien du peuple » Víctor Manuel Fernandez.

Le sous-titre du livre est « Avec un entretien inédit avec le cardinal Francis R. Prévost ». Or, l’entretien en question est en fait la transcription d’un débat public que l’ex-préfet des évêques a animé il y a près d’un an, le 7 août 2024, à la paroisse augustinienne de St. Jude Church à New Lenox, dans l’Illinois. Les questions ont été écrites et proposées par le père Ray Flores, et non par le père Spadaro. Nico Spuntoni, dans La Nuova Bussola Quotidiana, souligne même que, selon les médias sociaux, le jésuite était en Sicile à l’époque – et non aux États-Unis. Le jésuite et la maison d’édition ont rapidement pris des mesures pour limiter les retombées, mais la couverture du livre reste très explicite.

Au-delà de l’incident éditorial, cet événement est très révélateur du sens qui s’y cache. Les éditions Dehonian sont la maison d’édition de l’école de Bologne, c’est-à-dire du mouvement théologique néo-moderniste qui, notamment en Italie, prône une interprétation du Concile Vatican II en rupture avec la Tradition catholique. Le fait que Spadaro ait publié ce livre dans cette maison d’édition envoie un message clair : Léon XIV entend poursuivre l’œuvre révolutionnaire de François. Mais est-ce vraiment le cas ?

Il existe une forte tension au sein de la Curie, difficile à surmonter, entre les nombreux bergogliens qui souhaitent continuer à « synodaliser » l’Église et les très rares qui cherchent au contraire à tirer le frein à main. Pour sortir de cette impasse, une profonde réforme de la Curie serait nécessaire – mais jusqu’à présent, il n’y a aucun signe suggérant que le Pape Léon s’oriente dans cette direction.

En vérité – je demande ici au lecteur de me pardonner si j’ose me risquer à de telles réflexions – une inquiétude grandissante s’est installée en moi, jour après jour, concernant l’état de santé du Saint-Père. Depuis le 8 mai 2025, jour de son élection, j’ai l’impression que Léon XIV a changé. Je le sens plus fatigué, avec un visage las et des gestes plus lourds. Les images publiques les plus récentes parlent d’elles-mêmes, et j’ai parfois l’impression que le Pape est accablé par une charge de travail qui dépasse ses forces – qui, comme nous le savons tous, varient d’une personne à l’autre.

Les bulletins quotidiens du Bureau de presse du Vatican reflètent un programme extrêmement chargé : audiences, discours, mais aussi visites surprises et messages « extraordinaires » adressés à diverses assemblées et groupes spécifiques. Il semblerait que Léon XIV ait hérité non seulement des nombreux casse-tête et des questions non résolues laissés par François, mais aussi du rythme presque compulsif des apparitions publiques. 

Avec une différence cruciale : François voulait ces apparitions parce qu’elles faisaient partie de son programme personnel de « réforme de l’image » de la papauté. Même dans ses dernières années, Bergoglio a fait preuve d’une résistance physique remarquablement robuste et d’une détermination personnelle qui l’a poussé à rester constamment sous les feux de la rampe. Avec Léon XIV, en revanche, on a la nette impression qu’il n’a pas cherché à être sous les feux de la rampe, et encore moins qu’il l’a voulu. En fait, j’ai presque l’impression qu’il la subit.

François R. Prevost, aujourd’hui Pape, a toujours été un homme réfléchi, méthodique et ordonné – peut-être même enclin à une certaine anxiété de la performance, qui se heurte à une exposition publique constante. Il n’est pas Bergoglio, spontané au point d’improviser, voire de commettre des maladresses. La spiritualité du nouveau pape américain est plus austère et sa personnalité plus réservée. Pourtant, on le voit constamment parler, apparaître en public, comme s’il se sentait obligé de prouver quelque chose à quelqu’un chaque jour.

Jean-Paul II aussi, d’une manière différente, a été un personnage public monumental. Mais dans son cas, il y avait un dessein clair répondant à un besoin historique perçu par beaucoup : redéfinir l’image du pape pour le monde postmoderne, après la torpeur postconciliaire (en particulier celle des dernières années de Paul VI) et le choc de la mort soudaine de Jean-Paul I. Karol Wojtyła, après tout, venait du monde du spectacle : il était un acteur, mais aussi un athlète, un homme habitué aux feux de la rampe, et il a accompli une mission hautement charismatique. Léon XIV semble désormais poursuivre le même agenda de surexposition médiatique (certaines voix internes semblent le confirmer, et l’on parle déjà de nombreux voyages apostoliques), mais cela ne risque-t-il pas de répéter le modèle d’autres pontifes à des fins totalement différentes ?

Le soupçon – et ce n’est pas seulement le mien – est que ces mêmes forces internes à la Curie intéressées à mettre en valeur la continuité entre François et Léon visent à transformer le nouveau Pape en une icône publique alors que le vrai pouvoir est exercé ailleurs. L’impression donnée est celle d’une continuité gouvernementale, mais la réalité est peut-être tout autre. Derrière la façade de visibilité et d’activité, le pape semble de plus en plus isolé, presque prisonnier d’un agenda qui n’est pas le sien, d’une image taillée à sa mesure mais qui ne correspond ni à son esprit ni à sa vocation.

Et c’est là que nous arrivons à un point crucial : Léon XIV a-t-il vraiment le temps – le silence intérieur, la liberté, le calme – de réfléchir, d’écrire, de penser, de discerner ? Comment peut-il faire avancer le magistère et les réformes qu’il appelle de ses vœux si chaque jour est accaparé par une surexposition médiatique aussi implacable ?

Je pose ces questions par amour de l’Église et du Pape. Le Saint-Père, après tout, n’est pas simplement un symbole à exhiber, mais le successeur de saint Pierre, et en tant que tel, il est avant tout appelé à confirmer ses frères dans la foi. Aujourd’hui surtout, nous avons besoin d’un père, d’un maître, d’un berger. Il nous revient peut-être, avec une pieuse franchise, de demander que Léon XIV soit libéré de cette machinerie qui risque de consumer son pontificat avant même qu’il n’ait eu l’occasion de laisser une trace authentique.

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