AM Valli a récemment hébergé sur son blog Duc in Altum un débat opposant deux intellectuels catholiques d’outre-Atlantique, Chris Jackson et Peter Kwasniewski: leurs noms importent peu ici, les Français ne les connaissent probablement pas, mais les courants qu’ils représentent sont bien présents, sinon dans l’opinion (peu informée et assez peu concernée), du moins dans la blogosphère francophone, et très représentatifs du clivage qui persiste chez les catholiques « classés à droite » (je mets des guillemets, certains prétendent que les catégories politiques n’ont pas leur place dans l’Eglise, mais je pense le contraire).
Commençons par l’introduction d’AM Valli: c’est une bonne synthèse du débat, et je m’y reconnais… mais en partie (seulement!)
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Personnellement, je comprends les raisons de Jackson et celles de Kwasniewski, et j’oscille quelque peu entre les deux. Comme je l’ai déjà écrit sur mon blog (“Risposte a un amico su papa Leone”), [ma traduction en français: Léon XIV: on a échappé au pire], j’apprécie Léon pour certaines choses et beaucoup moins pour d’autres, mais dans l’ensemble, je trouve qu’il est impossible de s’attendre à ce qu’il devienne un nouveau Pie X ou Pie XII.
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Avec ce pontificat, nous restons dans le sillage de Vatican II, peut-être sous une forme plus douce, mais c’est ainsi.
Je comprends qu’il soit plus difficile de critiquer le pape Léon que Bergoglio parce que nous avons affaire à une personne aimable et intelligente, mais un baptisé ne doit jamais manquer à son devoir de témoignage.
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AM Valli
https://www.aldomariavalli.it/2025/09/06/kwasniewski-non-ho-cambiato-posizione-ma-penso-che-ci-voglia-prudenza/
Débat Kwasniewski/Jackson
Dans son article (4 septembre), intitulé « Rester les bras croisés pendant que Rome Brûle », Chris Jackson critiquait vivement le changement d’attitude de Peter Kwasniewski, qui fut pendant 12 ans à partir de 2013 une figure majeure de la résistance catholique traditionnelle contre les réformes du pape François. A l’époque virulent et combatif, dénonçant les dérives doctrinales et liturgiques, Kwasniewski semblerait désormais résigné, malgré la persistance de ces dérives sous le pontificat de Léon XIV (soutien à l’agenda LGBTQ, ordination des femmes, etc.).
Chris Jackson accuse Kwasniewski de « renoncer à la dénonciation active » sous prétexte de prudence, qualifiant cette posture de « quiétisme hypocrite ». Il estime que « le silence face à l’erreur est une trahison », et que l’Église a besoin de courage, non de complaisance.
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Dans sa réponse, Peter Kwasniewski plaide « Je n’ai pas changé d’avis ».
Bien qu’il admette que les craintes de certains catholiques traditionnels concernant le pape Léon XIV — vu par certains comme une version plus présentable de François — pourraient être fondées, il constate que le bilan de Léon XIV reste pour le moment nettement plus orthodoxe que celui de son prédécesseur, évoquant des positions plus conservatrices du cardinal Prevost, qui était en désaccord avec François sur plusieurs sujets.
Léon pourrait n’être qu’un illusionniste – comme certains le pensent -, mais lui-même pense plutôt qu’il suit une approche prudente et progressive, consistant à écouter avant d’agir.
Kwasniewski s’en prend à la mentalité de réaction instantanée, caractéristique de l’ère numérique, qu’il qualifie d’ « hyperaccélération ». Selon lui, l’Église et les affaires humaines nécessitent du temps, du recul et de la patience, et il refuse de se joindre à ceux qui exigent une dénonciation instantanée.
Enfin, il se dit prêt à changer d’avis si Léon venait à trahir les attentes, mais pour l’instant, il choisit de laisser une chance au nouveau pape, tout en restant vigilant.
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Conclusion: il n’est pas sûr que les dernières images du pèlerinage LGBT de ce week-end à Rome, et du père James Martin dans le bureau du Pape, contribueront à réduire la fracture entre les deux courants…

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