Le blog Messa in Latino a traduit en italien un article – en accès payant – du correspondant à Rome du Times de Londres. Tom Kington (qui écrit pour un public non initié aux choses de l’Eglise) a bien saisi l’essence de ces premiers mois de pontificat: le pape ne veut déplaire à personne, et il essaie aussi de conquérir les conservateurs ce qui est un changement notable par rapport à El Papa, qui les méprisait (Carlota m’écrit qu’on annonce même une messe de rite tradi présidée par le cardinal Burke, et qui sera célébrée dans la basilique St Pierre dans le cadre du pèlerinage Summorum Pontificum du 24 au 26 octobre prochains). Mais ce faisant, ne s’attelle-t-il à un problème insoluble, qui s’apparente à la quadrature du cercle?
Le croyant répondra: à Dieu, rien n’est impossible.
A signaler particulièrement, le final de l’article: l’extrait d’une préface à un livre (non précisé), écrite en 2023 par le cardinal Prevost, dans laquelle il révélait ce qui pourrait être le fond de sa pensée, et la clé de son action future:
« Combien de questions devons-nous aborder aujourd’hui ? L’attention portée aux personnes divorcées, remariées, aux membres de la communauté LGBTQ, ou encore le changement climatique. [Ce sont] quelques-uns des thèmes sociaux qui doivent être étudiés et auxquels il nous faut répondre. Que disons-nous ? ».
Tom Kington, The Times.
« Le pape Léon se bat pour conquérir le cœur et l’esprit des conservateurs »
Le pontife affronte une Eglise divisée sur les questions-clés
Luigi Casalini
blog.messainlatino.it

Tom Kington
Quatre mois après son élection comme successeur de François à la tête des 1,4 milliard de catholiques dans le monde, le pape Léon XIV a reçu au Vatican James Martin, un religieux américain. Le message que Martin a tiré de sa première rencontre avec le pape était clair.
Martin, qui milite pour une plus grande acceptation des catholiques homosexuels par l’Église, a déclaré:.
« Le pape Léon continuera à faire preuve de la même ouverture d’esprit que François envers les catholiques LGBTQ (…) Pour moi, cette rencontre a été profondément réconfortante. Je vous demande de prier pour le Saint-Père. »
C’était la première fois que le pape affrontait publiquement un sujet délicat qui a divisé l’Église pendant les 12 années du pontificat de François. Le pape américain a promis d’être à la hauteur de sa devise “In Illo uno unum” [En Celui qui est un, nous sommes un], et de ramener l’unité dans l’Église, en réunissant les admirateurs de l’ouverture de François envers les homosexuels, les divorcés et les migrants avec ceux qui le détestaient pour cela.
Cependant, l’affirmation de Martin selon laquelle le pape poursuivra l’approche inclusive de François a suscité une vive réaction de la part des conservateurs, laissant entendre que la lune de miel de Léon XIV avec les conservateurs pourrait prendre fin brutalement.
John-Henry Western, cofondateur du site ultraconservateur « LifeSiteNews », a qualifié cette audience de « scénario cauchemardesque ». Luigi Casalini [directeur de MiL], commentateur italien conservateur, a qualifié cette rencontre de « grave erreur ».
Dans un article publié sur le blog Messainlatino, Casalini a ajouté :
« Le problème de Léon XIV, avec tout le respect que je lui dois, c’est qu’il doit pour l’instant satisfaire tout le monde… Nous craignons que cela ne fonctionne pas à long terme, mais nous le verrons dans un an ou deux ».
L’audience [à Martin] a marqué une semaine intense pour le pape après un été passé à s’acclimater. Fidèle à Pietro Parolin, secrétaire d’État de François, et assisté par son secrétaire péruvien et partenaire de tennis, le père Edgard Iván Rimaycuna Inga, Léon XIV, 69 ans, avait évité la chaleur de Rome en se retirant dans la résidence d’été de Castel Gandolfo.
De retour à Rome, le timide citoyen de Chicago, anciennement connu sous le nom de Robert Prevost, apprenait visiblement à tirer parti des occasions photos, posant lors d’une audience générale sur la place Saint-Pierre sur une moto blanche qui devait être vendue aux enchères pour une œuvre caritative.
Cet été, il a accepté une pizza de Chicago offerte par un admirateur alors qu’il se trouvait à bord de la papamobile. Son frère aîné John, un enseignant à la retraite, a dit : « Ses gardes du corps la lui ont prise pour s’assurer qu’elle était sûre. Il l’a réchauffée. Il l’a mangée en entier. »
John a déclaré à NBC qu’il parlait à son frère tous les jours et jouait à Wordle [jeu de lettres en ligne] avec lui, commençant parfois leurs conversations téléphoniques par : « C’est bien Sa Sainteté ? », ce à quoi le pape répondait en plaisantant : « Oui, mon fils, comment puis-je t’aider ? ».
Le pape a reçu des commentaires positifs de la part de Raymond Burke, cardinal américain et opposant conservateur de François, pour avoir parlé de Dieu dans ses homélies plutôt que de se lancer dans des questions sociales.
« Il parle toujours du Seigneur et de son Église (…) Nous devons prier pour lui et l’aider ».
Cela marque un changement pour le cardinal, qui avait condamné l’Église de François comme un « navire sans gouvernail ».
Le pape s’est montré tout aussi expansif, remerciant Burke pour son « zèle » au service de l’Église et lui accordant une audience privée le mois dernier. A comparer à François, qui avait déclaré que les prélats conservateurs qui portent « de la dentelle, des ornements élégants et des rochets » – une référence claire à Burke – pourraient souffrir de « déséquilibre mental, de déviation émotionnelle » et de « difficultés comportementales ».
La conviction de Burke que Léon XIV préfère laisser Dieu parler a été confirmée par sa première homélie, en mai, lorsqu’il a exhorté les prêtres à « s’effacer pour que le Christ puisse rester, à se faire petits pour qu’Il puisse être connu et glorifié ».
Dans un article positif sur le pape, Roberto de Mattei, commentateur conservateur, a écrit :
« Les références au Christ et donc à la nature surnaturelle de l’Église semblent être une constante dans les premiers mois du pontificat ».
Parmi les autres signes positifs relevés par les conservateurs, citons le choix du pape de porter le traditionnel parement papal rouge après son élection et sa décision, en juillet, d’envoyer Robert Sarah, cardinal guinéen, icône conservatrice et adversaire de François, présider un événement religieux en France.
Le pape a ravi les conservateurs le 18 août lorsqu’il a exhorté les évêques sud-américains à ne pas être « esclaves ou adorateurs de la nature », s’éloignant clairement du synode de François de 2019 sur l’Amazonie: des statues de la Pachamama, divinité andine de la terre avaient été placées au Vatican, lui valant d’être accusé de se livrer à l’idolâtrie païenne.
Les traditionalistes espèrent maintenant que Léon XIV lèvera les restrictions imposées par François en 2021 à la célébration de la messe en latin, une pratique qui leur est chère et que le pape précédent considérait comme un cri de dissidence à son encontre.
Puis est arrivée l’audience avec Martin, un signal d’alarme pour les traditionalistes.
Austen Ivereigh, grand connaisseur du Vatican, a affirmé :
« Jusqu’à présent, l’attention courtoise de Léon XIV envers tout le monde a été très appréciée ; tout le monde était enthousiaste à son égard. Mais il n’est pas conservateur et il poursuivra l’héritage de François, même si c’est avec un style différent…
Les grandes décisions de Léon XIV sont encore à venir, à commencer par les nominations qu’il fera au sein de la Curie vaticane ce mois-ci, et ce n’est qu’à travers ces choix que les catholiques pourront vraiment le connaître. »
Les observateurs du Vatican attendent de voir si le pape poursuivra le cycle de synodes lancé par François pour stimuler le débat sur la manière de rendre la hiérarchie ecclésiastique plus sensible aux besoins des catholiques. Martin, qui était assis à côté de lui pendant le synode, confiait: « Léon a été un bon auditeur lors du synode de l’année dernière ».
Les conservateurs ont été moins emballés par les synodes. Le défunt cardinal George Pell les a condamnés comme un « cauchemar toxique » de discours superficiels qui ont érodé la hiérarchie fondamentale de l’Église.
Martin est optimiste quant au fait que le pape saura conquérir les ennemis de François.
« Léon fera inévitablement quelque chose qui déplaira à l’un ou l’autre camp, mais il bénéficie d’une grande bonne volonté ; les gens veulent l’unité et il est plus prudent que François. Je pense qu’il peut y arriver ».
Le pape a déclaré avoir choisi son nom papal en l’honneur de Léon XIII, le pape du XIXe siècle qui s’est battu pour obtenir de meilleurs salaires pour les ouvriers d’usine. Il a averti que l’intelligence artificielle est la prochaine menace qui pèse sur les droits des travailleurs. Pour un pape qui devrait se contenter de parler de Dieu, cela pourrait s’avérer irritant pour Burke et ses partisans.
Dans une préface étrangement prémonitoire écrite par le pape pour un livre en 2023, il a résumé le défi auquel il est désormais confronté pour éviter la division de l’Église.
Il écrivait:
« Les dimensions verticale et horizontale de l’Église semblent parfois inconciliables. Ceux qui préfèrent une Église verticale qui ne regarde que Dieu n’ont certainement pas tort, mais je ne pense pas non plus que ceux qui regardent leurs frères et sœurs et voient une partie de leur mission dans la dimension horizontale de l’Église aient tort.
Et, énumérant les préoccupations sociales telles que la violence contre les femmes, les abus de mineurs, il ajoutait:
« Combien de questions devons-nous aborder aujourd’hui ? L’attention portée aux personnes divorcées, remariées, aux membres de la communauté LGBTQ, ou encore le changement climatique. [Ce sont] quelques-uns des thèmes sociaux qui doivent être étudiés et auxquels il nous faut répondre. Que disons-nous ? ».

0 commentaires