Reprise. Je reviens sur cet extrait de l’interview du pape par Elise Allen (cf. Document: les premières feuilles du livre-interview du pape), qui mérite un traitement à part, puisque la synodalité est l’un des héritages les plus problématiques de François, et au cœur de nombreuses questions sur la définition du rôle de l’évêque et de la nature même de l’Eglise.
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Ma première impression est que si vous n’aviez pas compris grand chose au concept, il n’est pas certain que vous en saurez beaucoup plus après avoir lu ce qui suit, et ceux qui s’inquiétaient ne seront pas forcément rassurés, même s’il y a de bonnes choses (comme quand le pape se défend de vouloir « transformer l’Église en une sorte de gouvernement démocratique, car si nous regardons de nombreux pays dans le monde aujourd’hui, la démocratie n’est pas nécessairement une solution parfaite pour tout » ).
Mais je suis peut-être de mauvaise foi. Je n’ai pas les compétences théologiques pour juger, et j’attends que des plumes plus autorisées que la mienne s’en chargent.
Question d’Elise Ann Allen: Je pense que le concept de synodalité reste difficile à comprendre pour beaucoup de gens. Comment le définiriez-vous?
La synodalité est une attitude, une ouverture, une volonté de comprendre. En ce qui concerne l’Église d’aujourd’hui, cela signifie que chaque membre de l’Église a une voix et un rôle à jouer à travers la prière, la réflexion… à travers un processus. Il y a de nombreuses façons d’y parvenir, mais par le dialogue et le respect mutuel. Rassembler les gens et comprendre que la relation, l’interaction, la création d’opportunités de rencontre est une dimension importante de la manière dont nous vivons notre vie en tant qu’Église.
Certaines personnes se sont senties menacées par cette situation. Parfois, des évêques ou des prêtres peuvent penser : « La synodalité va me priver de mon autorité ». Ce n’est pas ce que signifie la synodalité, et peut-être que votre idée de l’autorité est en quelque sorte floue, erronée. Je pense que la synodalité est une manière de décrire comment nous pouvons nous rassembler, être une communauté et rechercher la communion en tant qu’Église, de sorte qu’il s’agisse d’une Église dont l’objectif principal n’est pas une hiérarchie institutionnelle, mais plutôt un sentiment de « nous ensemble », de « notre Église ». Chaque personne a sa propre vocation, prêtres, laïcs, évêques, missionnaires, familles. Chacun, avec la vocation spécifique qui lui a été donnée, a un rôle à jouer et quelque chose à apporter, et ensemble nous cherchons des moyens de grandir et de marcher ensemble en tant qu’Église.
C’est une attitude qui, je pense, peut nous apprendre beaucoup dans le monde d’aujourd’hui. Nous parlions tout à l’heure de polarisation. Je pense que c’est une sorte d’antidote. Je pense que c’est une façon de faire face à certains des plus grands défis que nous avons dans le monde d’aujourd’hui. Si nous écoutons l’Évangile, si nous y réfléchissons ensemble et si nous nous efforçons de marcher ensemble, en nous écoutant les uns les autres, en essayant de découvrir ce que Dieu nous dit aujourd’hui, nous avons beaucoup à gagner.
J’espère vraiment que le processus a commencé bien avant le dernier synode, au moins en Amérique latine – j’ai parlé de mon expérience là-bas [phrase inachevée?]. Une partie de l’Église latino-américaine a vraiment contribué à l’Église universelle : je pense qu’il y a un grand espoir si nous pouvons continuer à construire sur l’expérience de ces deux dernières années et trouver des moyens d’être Église ensemble. Non pas en essayant de transformer l’Église en une sorte de gouvernement démocratique, car si nous regardons de nombreux pays dans le monde aujourd’hui, la démocratie n’est pas nécessairement une solution parfaite pour tout. Mais en respectant, en comprenant la vie de l’Église pour ce qu’elle est et en disant : « Nous devons le faire ensemble ». Je pense que c’est une grande opportunité pour l’Église de s’engager avec le reste du monde. Depuis le Concile Vatican II, je pense que cela a été significatif et qu’il reste encore beaucoup à faire.

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