« Si j’étais pape »…

6 Oct 2025 | Actualités

Il y a deux choses que je ferais…
L’auteur, Leonardo Lugaresi, dont les réflexions sont toujours d’une grande qualité, imprégnées d’une vaste culture à la fois classique et religieuse, fait partie de ceux qui apprécient Léon XIV, pour des raisons de fond: « je suis si heureux – dit-il – de me réveiller chaque matin avec la certitude réconfortante que le pape est catholique, que face à cette basic trust, toute autre considération me semble passer au second plan ».
Evidemment critique sur les récentes réponses à brûle-pourpoint du pape aux journalistes à Castelgandolfo, et sur le ton de l’auto-dérision, il les relègue, en quelque sorte, au rang d’ « incident de parcours« . « Si j’étais pape, je cesserais de parler aux journalistes ». C’est en effet une priorité
Mais aussi, « si j’étais pape, je demanderais publiquement aux prêtres de célébrer la messe novus ordo tournée vers le Seigneur » (ad orientem).
On peut rêver, mais malheureusement, à ce jour, et sauf tremblement de terre dans l’Eglise, c’est pratiquement exclu de la part de ce pape, justement, disciple de l’auteur de Traditionalis Custodes (dont on peut tout juste espérer qu’à défaut de l’abroger, il la « retouchera » ).

Je sais bien que le problème de la liturgie est si vaste, complexe et radical qu’une proposition comme la mienne peut sembler risible.

(…)

Cependant, se tourner vers la bonne direction aurait la valeur d’un signe élémentaire et puissant : beaucoup (surtout parmi les petits et les simples), je crois, comprendraient immédiatement; beaucoup seraient déconcertés, certains scandalisés, personne indifférent, personne tranquille. Un signe qui dit : la messe est l’affaire de Dieu, pas la nôtre.
À partir de là, tout pourrait repartir.

Si j’étais pape (un billet auto-ironique)

Je ne fais pas partie de ceux qui s’agitent et se lamentent parce que Léon XIV ne fait pas ceci ou cela, et qui espionnent chacun de ses gestes ou chacune de ses paroles pour objecter, selon leur point de vue, qu’il est trop dans la continuité ou au contraire trop différent de la conduite de son prédécesseur. Et je m’en trouve bien.

Tout d’abord parce que je suis si heureux de me réveiller chaque matin avec la certitude réconfortante que le pape est catholique, que face à cette basic trust, toute autre considération me semble passer au second plan.

Ensuite, parce que je trouve que le profil adopté par Léon – que je ne qualifierais pas de modeste, mais plutôt d‘essentiel – correspond au style de gouvernement le plus approprié et le plus utile pour l’Église aujourd’hui, après des années d’hyperactivisme papocentrique, tendanciellement autoréférentiel et visant à souligner la diversité du pape régnant par rapport à l’institution et à la tradition ; peut-être bien intentionné [??!!], mais souvent mal orienté et presque toujours désastreux dans ses effets.

Au cours du processus de croissance hypertrophique de la fonction et de la figure du pape au sein de l’institution ecclésiastique, qui, à partir du pontificat de Pie IX, s’est développé à un rythme croissant et avec peu de pauses et de remises en question au cours des cent cinquante dernières années, les catholiques se sont habitués à tout attendre du pape, comme si toute la vie de l’Église dépendait de lui, bien au-delà des limites du mandat pétrinien tracées par les paroles de Jésus. Ce que nous pouvons et devons attendre du pape, en revanche, c’est qu’il confirme le peuple de Dieu dans la foi droite et dans l’unité, en gardant le depositum fidei que la tradition nous a transmis afin que nous, à notre tour, le ravivions et le transmettions aux autres, et qu’il accomplisse les actes de gouvernement de l’Église qui lui incombent, auxquels nous sommes tous appelés à prêter une obéissance cordiale.

Cela suffit amplement. Le pape n’est pas un prophète, ni un modèle à suivre, ni un chef appelé à guider son peuple vers tel ou tel but – d’autant plus que le peuple n’est en aucun cas « le sien » (comme le suggèrent certaines expressions horribles qui se sont imposées dans l’usage, telles que « l’Église de x » ou « l’Église de y ») ; il n’est pas un leader politico-culturel, une autorité morale pour les croyants et les non-croyants, ni une sorte de « curé du monde » qui, à travers les médias, assume personnellement la charge pastorale des fidèles de tout le monde catholique, passant de fait outre les évêques et les prêtres.

Ce qu’un pape doit faire et comment il doit être, Léon XIV l’a dit très clairement dans l’homélie de la première messe qu’il a célébrée avec les cardinaux, le 9 mai dernier, en utilisant une citation patristique de saint Ignace d’Antioche :

Je le dis tout d’abord pour moi-même, en tant que Successeur de Pierre, alors que je commence cette mission d’Évêque de l’Église qui est à Rome, appelée à présider dans la charité l’Église universelle, selon la célèbre expression de S. Ignace d’Antioche (cf. Lettre aux Romains, Prologue). Conduit enchaîné vers cette ville, lieu de son sacrifice imminent, il écrivait aux chrétiens qui s’y trouvaient : « Alors je serai vraiment disciple de Jésus-Christ, quand le monde ne verra plus mon corps » (Lettre aux Romains, IV, 1). Il faisait référence au fait d’être dévoré par les bêtes sauvages dans le cirque – et c’est ce qui arriva –, mais ses paroles renvoient de manière plus générale à un engagement inconditionnel pour quiconque exerce un ministère d’autorité dans l’Église : disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu’Il soit connu et glorifié (cf. Jn 3, 30), se dépenser jusqu’au bout pour que personne ne manque l’occasion de Le connaître et de L’aimer.

.

https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/homilies/2025/documents/20250509-messa-cardinali.html

Je n’attends donc rien de plus du pape (et je ne prétends rien de plus), comme s’il lui appartenait et qu’il était en son pouvoir de résoudre les nombreux et graves problèmes qui affligent aujourd’hui l’Église : c’est à nous d’y penser, d’une part, chacun pour la partie infinitésimale qui lui revient, à travers notre conversion personnelle, et d’autre part, au Saint-Esprit, selon les modalités et les délais qu’il voudra.

. . .

Bien sûr, si j’étais pape… je ferais deux choses. Ou plutôt, j’en ferais une et j’éviterais l’autre.

Ce que je ne ferais pas, c’est parler aux journalistes. Cela ne sert à rien, surtout dans le monde d’aujourd’hui, où si le pape veut envoyer un message direct à tout le monde, il peut le faire par d’autres moyens, sans intermédiaires, et où cela risque seulement de causer des dommages. Autrefois, les papes n’accordaient aucune interview, ni formelle ni informelle. En effet, en tant que papes, c’est-à-dire « publiquement », non seulement ils parlaient beaucoup moins qu’aujourd’hui, mais lorsqu’ils le faisaient, ils s’exprimaient presque exclusivement « par écrit », c’est-à-dire en rédigeant ou en prononçant des textes soigneusement réfléchis. C’était mieux, beaucoup mieux.

Ensuite, ce qu’ils disaient « en privé », qui n’était pas toujours parole d’évangile, restait privé : on le savait peut-être, cela circulait parmi les initiés, mais cela ne sortait pas du cadre des discussions privées, qui n’ont rien à voir avec le magistère proprement dit. Je donne un exemple : on dit qu’à l’époque du Vatican I, Pie IX aurait un jour sévèrement réprimandé le cardinal Guidi, archevêque de Bologne, pour sa position « modérée » sur la question de l’infaillibilité du pape, avec la phrase tristement célèbre : « La tradition, c’est moi ! Moi, je suis l’Église ! ». Une prétention manifestement non catholique, pour ne pas dire une véritable absurdité, mais ce n’est pas la fin du monde. Car elle est restée à sa place, qui est aujourd’hui celle d’une note dans les livres d’histoire. Imaginez la même absurdité dite à la télévision au monde entier.

Ce que je ferais, en revanche, est apparemment très peu de chose, mais je pense que ce serait important et bénéfique. Je dirais simplement aux prêtres de se tourner du bon côté, c’est-à-dire ad Dominum, lorsqu’ils célèbrent la messe. La messe novus ordo, bien sûr, celle à laquelle participe la grande majorité des fidèles.

Je sais bien que le problème de la liturgie – qui est le problème crucial de l’Église d’aujourd’hui, celui qu’il serait indispensable d’aborder de manière organique et complète, en ayant le courage d’un jugement serein sur la réforme postconciliaire et d’une « réforme de la réforme » cohérente ; celui qui conditionne tous les autres aspects de la vie chrétienne, car le lien lex orandi – lex credendi est une chose sérieuse – je sais bien que le problème de la liturgie est si vaste, complexe et radical qu’une proposition comme la mienne peut sembler risible. Je sais aussi que dans l’Église, il y a la blessure ouverte par la très funeste Traditionis custodes à guérir, mais je n’ai aucune idée de la manière dont cela peut être fait, du temps que cela prendra et de qui est en mesure de s’atteler à une telle entreprise.

Cependant, se tourner vers la bonne direction – comme l’a candidement proposé il y a quelques années le cardinal Sarah, alors préfet du Dicastère pour le culte divin, et qui a été indûment critiqué par tout le monde (y compris le pape [François]) – aurait la valeur d’un signe élémentaire et puissant : beaucoup (surtout parmi les petits et les simples), je crois, comprendraient immédiatement ; beaucoup seraient déconcertés, certains scandalisés, personne indifférent, personne tranquille. Un signe qui dit : la messe est l’affaire de Dieu, pas la nôtre.

À partir de là, tout pourrait repartir.

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