Une curiosité: l’Iran consacre une station de métro à la Sainte Vierge

20 Oct 2025 | Actualités

Nous découvrons cette information étonnante grâce à Giuseppe Nardi, elle heurte frontalement ce que les médias occidentaux nous rapportent du régime iranien. Certes, la République islamique n’est pas le paradis sur terre, y compris pour les chrétiens, et il y a sans doute une part de propagande, mais le message envoyé au monde (et tout particulièrement à l’occident qui au nom de la laïcité ne respecte plus le sacré, surtout s’il est d’empreinte chrétienne) n’en est pas moins explicitement «que les croyants de différentes religions vivent en Iran sans problème et en toute liberté».
Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai, mais la réalité est certainement plus complexe que ce que décrivent les médias mainstream. A méditer.

L’Iran consacre une station de métro à la Vierge Marie

Un chemin de crête pour les chrétiens.


Giuseppe Nardi
20 octobre 2025

U-Bahnstation in Teheran wurde nach der Jungfrau Maria benannt. Mehrere Reliefs zeigen eine christliche Ikonographie
Une station de métro à Téhéran a été baptisée du nom de la Vierge Marie. Plusieurs bas-reliefs représentent une iconographie chrétienne

L’inauguration d’une station de métro à Téhéran baptisée « Sainte Vierge Marie » et décorée d’iconographie chrétienne constitue un geste symbolique envers la minorité chrétienne dans cet État qui s’appelle depuis 1979 « République islamique », l’ancienne Perse. Ce même Iran est accusé par les organisations de défense des droits de l’homme de persécuter les autres confessions religieuses. Qu’en est-il réellement ?

À l’entrée de la nouvelle station de la ligne 6 du métro de Téhéran, inaugurée en 2019, on peut lire le nom « Maryam-e Moqaddas » ou « Sainte Vierge Marie ». La station est située au centre de la capitale iranienne et est décorée de sept bas-reliefs représentant Jésus, Marie et des éléments culturels de la minorité chrétienne arménienne du pays.

La station est située juste en face de la cathédrale Saint-Sarkis de l’Église apostolique arménienne, à côté d’une fresque murale représentant le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeini, qui regarde la place d’un regard sévère. L’agence de presse espagnole EFE a présenté la nouvelle station de métro dans un reportage vidéo.

Le réseau de métro de Téhéran transporte plus de quatre millions de passagers par jour et s’étend sur plus de 220 kilomètres, ce qui correspond à peu près au réseau de métro de Paris, mais dépasse de loin celui de Berlin, Vienne ou Rome.

La nouvelle station, qui a coûté 11 millions de dollars et se trouve à 32 mètres de profondeur, « envoie au monde le message que les croyants de différentes religions vivent en Iran sans problème et en toute liberté », a déclaré Abbas Fathalipour, le chef de projet chiite, lors d’une visite guidée. Ajoutant:

« Le nom de la Vierge Marie est très sacré pour les Iraniens, et il y a une sourate du Coran qui lui est consacrée ».

Pour le père Grigoris Nersisian, du patriarcat arménien de Téhéran, la nouvelle station de métro est le signe « que le christianisme bénéficie d’un grand respect de la part des musulmans en Iran ».

La station est sans aucun doute un hommage au christianisme, avec des bas-reliefs représentant la Vierge Marie en prière avec la colombe du Saint-Esprit ou Jésus-Christ comme symbole de lumière et d’espoir pour l’humanité, explique Tania Khaligh Mehr, architecte chiite responsable de la conception.

On trouve également sur les murs des vers du poète persan Hafez sur la résurrection de Jésus, ainsi que des citations du guide suprême iranien Ali Khamenei sur le rôle du Christ en tant que messager de miséricorde.

Les représentations chrétiennes dans la station ont déclenché un débat houleux sur les réseaux sociaux au sujet de la liberté de religion en Iran, avec des comparaisons avec Israël, l’ennemi juré de la République islamique.

La réalité est toutefois plus complexe : des chrétiens et des juifs vivaient en Iran bien avant l’avènement de l’islam, principalement des chrétiens arméniens et assyriens, mais aussi une petite communauté catholique. Ces deux groupes ne rencontrent aucune difficulté en Iran en raison de leur foi. Il existe des centaines d’églises et de synagogues dans le pays.

Pendant la période de Noël, le quartier arménien de Téhéran est décoré de manière festive avec des décorations chrétiennes, des enfants Jésus, et des chants de Noël retentissent, ce qui attire de nombreux Iraniens musulmans qui viennent prendre des photos et profiter de cette période festive joyeuse et colorée.

Dans le même temps, cependant, les organisations de défense des droits humains dénoncent la persécution. Le dernier rapport d’Amnesty International sur les droits humains en Iran indique:.

« Les minorités religieuses ont souffert de discrimination, tant sur le plan juridique que dans la pratique, notamment en matière d’accès à l’éducation, à l’emploi, à l’adoption, aux fonctions politiques et aux lieux de culte »

Et le rapport poursuit

« Les autorités ont perquisitionné des églises domestiques et arrêté arbitrairement des chrétiens convertis »,

faisant référence à la pression à laquelle est soumise la communauté chrétienne dans le pays. Il s’agit principalement d’églises libres protestantes de style américain.

Les dirigeants iraniens ne considèrent pas les groupes religieux libres comme une composante historique et culturelle du pays. De plus, leurs actions dans les années 60 et 70 ont été perçues comme « agressives ». Mais surtout, les mollahs considèrent les activités des églises libres comme une couverture pour les opérations des services secrets américains. Il existe en effet des cas documentés dans lesquels les services secrets américains – en particulier la CIA – ont utilisé des missions, des organisations religieuses et des individus issus du spectre évangélique libre comme couverture pour leurs opérations.

Dans l’ensemble, la République islamique théocratique fondée par Khomeini en 1979 a combattu l’influence occidentale qui avait été encouragée sous le règne du Shah. Mohammad Reza Pahlavi était arrivé au pouvoir en 1953 à la suite d’un coup d’État orchestré par les États-Unis et avait établi un régime laïc et pro-occidental avec le soutien des États-Unis et d’Israël. Les services secrets du régime du Shah, la SAVAK, étaient connus pour leur répression massive et leur brutalité. Bien que la SAVAK fût dirigée par la CIA, elle avait été concrètement mise en place par le Mossad israélien. Jusqu’en 1979, année où le Shah fut renversé et où les relations avec les États-Unis et Israël furent rompues, cette étroite collaboration a marqué la politique intérieure du pays.

Khomeini, qui militait contre Israël et son influence en Iran depuis au moins le début des années 1960, n’était pas motivé par l’antisémitisme, malgré son radicalisme. Il n’était pas animé par une critique religieuse, mais par une profonde aversion pour ce qu’il appelait le « colonialisme impérialiste occidental ». Il voyait dans l’Occident non seulement une menace politique, mais surtout une menace culturelle. Il considérait Israël comme un produit de l’impérialisme anglo-saxon. C’est pourquoi il combattait non seulement les États-Unis, qu’il considérait comme la source d’un impérialisme politique et culturel, mais aussi Israël, qu’il voyait comme son « bras armé » au Moyen-Orient. En ce sens, son attitude était clairement antisioniste, une position que le régime iranien continue de défendre aujourd’hui.

Revenons aux chrétiens en Iran : les communautés chrétiennes historiques sont reconnues en Iran et protégées par l’État. Cependant, les possibilités de mission qui existaient à l’époque du Shah ont été considérablement restreintes après 1979. On ne peut pas parler d’une véritable liberté de l’Église, car les conversions de l’islam au christianisme sont interdites et peuvent même être punies de mort. Néanmoins, les relations entre l’Église catholique et le nouveau régime sont restées relativement bonnes, car le culte est respecté par le régime des mollahs. Mais aussi parce que, dans son orientation générale, le catholicisme voit plus de points communs avec l’islam chiite qu’avec l’islam sunnite.

Cela n’a changé qu’avec le pape François, qui a tourné son attention – moins religieuse que politique – vers les acteurs sunnites, en particulier dans la région du Golfe, et qui a signé en 2019 avec un représentant sunnite à Abu Dhabi la Déclaration sur la fraternité de tous les êtres humains, très controversée.

Les relations entre le Saint-Siège et les dirigeants iraniens, qui n’étaient pas mauvaises à la base, ont toutefois été fortement compliquées et assombries au cours des dernières décennies par la pression occidentale, qui a stigmatisé l’Iran comme « l’axe du mal » et un ennemi infâme. Depuis lors, toute personne entretenant des contacts avec les « parias » est également stigmatisée, ce qui constitue un exercice délicat pour la diplomatie vaticane. Les chrétiens d’Iran vivent le même exercice délicat, entre reconnaissance et persécution.

On ne sait pas clairement si et dans quelle mesure l’obligation du port du voile pour les femmes, introduite en 1979, est toujours en vigueur.

Il y a quelques semaines, la nouvelle s’est répandue que cette obligation avait été levée. Cependant, aucune confirmation officielle n’a encore été donnée, raison pour laquelle la loi reste en vigueur.

Le fait est que de nombreuses femmes ne la respectent plus depuis longtemps. Il est également avéré qu’une partie des autorités renonce à l’appliquer strictement.

La question ne semble toutefois pas encore avoir été tranchée définitivement au sein du gouvernement iranien.

La question iranienne, dont seuls quelques aspects ont été abordés ici, s’avère en tout cas plus complexe et plus nuancée que ne le perçoit l’opinion publique occidentale depuis des décennies.

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