Nous avions dans ces pages donné un large écho à une note du cardinal Ratzinger en tant que préfet de la CDF (et même à des déclarations antérieures) qui apportait un démenti aux propos pour le moins contestables, sinon imprudents, de Léon XIV mettant sur le même plan la peine de mort et l’avortement. Imprudents, mais pas improvisés comme on l’avait cru dans un premier temps, car une revue théologique progressiste italienne a repêché un discours du futur pape datant de 2023, qui développait exactement les mêmes concepts, faisant sienne cette « éthique cohérente de la vie » exprimée par les cardinaux Bernardin (†1996) et Cupich, deux figures de proue du catholicisme progressiste aux USA.
A noter que la peine de mort est malheureusement un sujet récurrent que l’actualité impose régulièrement dans les gros titres.
En France, le terrifiant meurtre de la petite Lola, une fillette de 12 ans massacrée dans des circonstances vraiment diaboliques par une ressortissante algérienne de 27 ans dont le procès se déroule ces jours-ci, est là pour nous rappeler que la polémique sur le sujet tranché (c’est le cas de le dire) en 1981 grâce à Robert Badinter n’est toujours pas éteinte. Ce démon femelle, selon notre législation, sera condamnée « à perpétuité » càd au maximum à 30 ans de prison, mais il y a lourd à parier qu’elle sera sortie bien avant, faisons confiance aux bonnes consciences pour l’y aider.
Le pape oserait-il soutenir que la peine de mort appliquée à un tel monstre (rassurons ces belles âmes, cela n’arrivera pas, c’est juste un cas d’étude) serait comparable au meurtre d’un bébé dans le ventre maternel?
[Léon XIV] confond les plans, lorsqu’il estime que l’avortement et la peine de mort doivent tous deux être toujours refusés, sans exception. Or, cela n’est pas vrai, car la peine de mort concerne un être humain qui n’est pas innocent, tandis que l’avortement vise toujours à priver de la vie un enfant innocent.
Luisella Scrosati
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Éthique de la vie, Léon XIV contredit Benoît XVI
Luisella Scrosati
lanuovabq.it
15 octobre 2025
Il Regno a déterré un discours de 2023 dans lequel le cardinal Prevost confond les plans entre avortement, peine de mort, migrants, etc. Des idées réaffirmées par le pape dans une interview. Il est juste de soutenir « une éthique cohérente de la vie », mais l’avortement et l’euthanasie sont toujours des meurtres, tandis que dans les autres cas, il faut vérifier chaque situation spécifique. Comme le rappelait Ratzinger.
Ce n’était pas un accident . La réponse approximative et problématique que le pape Léon XIV a donnée le 30 septembre dernier à un journaliste de la chaîne américaine EWTN, en commentaire du choix du cardinal Blase Cupich de récompenser le sénateur démocrate pro-avortement Dick Durbin pour son engagement en faveur des immigrants ne s’explique pas par la simple improvisation.
Le bimensuel des Dehoniens, Il Regno [ndt: que Sandro Magister définit comme l’une des voix les plus intelligentes du catholicisme réformiste mondial], a en effet mis à la disposition de ses abonnés la traduction italienne du discours prononcé par le cardinal Robert Francis Prevost à l’Université catholique Santo Toribio de Mogrovejo, à Chiclayo (ici la vidéo), à l’occasion de la remise du doctorat honoris causa (le discours a également été repris par Sandro Magister dans son blog). C’était le 14 octobre 2023, et Prevost était à la tête du Dicastère pour les évêques depuis moins d’un an.
Voici la déclaration problématique:
« Ceux qui se disent opposés à l’avortement mais favorables à la peine de mort ne sont pas vraiment pro-vie… Ceux qui se disent opposés à l’avortement mais approuvent le traitement inhumain réservé aux immigrants aux États-Unis, je ne sais pas s’ils sont pro-vie ».
Dans son discours de 2023, on retrouve la même pensée, avec des expressions presque identiques :
« Un catholique ne peut se déclarer « pro-vie » simplement parce qu’il est contre l’avortement, et affirmer en même temps qu’il est favorable à la peine de mort ».
« Ceux qui défendent le droit à la vie des plus vulnérables doivent être tout aussi visibles dans leur soutien à la qualité de vie des plus faibles d’entre nous : les personnes âgées, les enfants, les affamés, les sans-abri et les migrants sans papiers ».
Mais il y a plus. En 2023, Prevost faisait sienne cette « éthique cohérente de la vie » exprimée par les cardinaux Joseph Louis Bernardin (†1996) [ndt: qui a été pendant plus d’une décennie la figure de proue du courant progressiste au sein de l’épiscopat américain, cf. Sandro Magister] et Blase Cupich, tous deux archevêques de Chicago, le premier de 1982 à 1996, et le second depuis 2014 et toujours en fonction. Une éthique que Prevost résume ainsi :
« L’avortement, la guerre, la pauvreté, l’euthanasie, la peine capitale partagent une identité commune : ils sont tous fondés sur la négation du droit à la vie » ; à ces menaces contre la vie humaine s’ajoutent « d’autres questions, telles que les effets de l’intelligence artificielle, la traite des êtres humains et les droits des migrants ».
Dans le discours prononcé par Prevost, la critique du « déséquilibre » du monde catholique pro-vie aux États-Unis, qui met l’accent sur la lutte contre l’avortement et l’euthanasie au détriment d’autres questions sensibles, telles que la peine de mort et les politiques anti-immigration, est loin d’être voilée.
Il est vrai que Prevost avait précisé que le cardinal Bernardin n’affirmait pas l’équivalence morale de tous ces problèmes, mais il est tout aussi vrai qu’exiger une opposition sans exception à la peine de mort comme à l’avortement place précisément ces deux thèmes sur un pied d’égalité du point de vue moral.
Le principe fondamental, qui n’admet aucune exception, est qu’un être humain innocent ne peut jamais être tué directement et volontairement.
Quelle est la part de vérité dans ces affirmations de Léon XIV ? Assurément le fait que les différentes questions citées mettent en cause le problème de la dignité humaine et du droit à la vie.
Et il est certain qu’on ne peut être cohérent dans son « engagement en faveur de la vie » si l’on s’oppose au meurtre d’une vie humaine naissante, mais que l’on est favorable au meurtre délibéré et direct d’un adulte innocent, par exemple dans un contexte de guerre. On ne peut être authentiquement « pro-vie » si l’on condamne l’euthanasie, mais que l’on soutient la mort de migrants, uniquement parce qu’ils sont migrants. Le principe fondamental, qui n’admet aucune exception, est qu’un être humain innocent ne peut jamais être tué directement et volontairement. Il est donc vrai qu’une « éthique cohérente de la vie » exige que ce principe soit appliqué dans tous les domaines, et pas seulement dans celui de la vie naissante ou mourante, en vertu de la dignité particulière qui distingue l’homme des autres créatures, en tant que créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Il est toutefois tout aussi évident que Prevost, dans ce discours, confirmé par l’interview improvisée du 30 septembre, ne fait pas cette précision, mais au contraire confond les plans, lorsqu’il estime, par exemple, que l’avortement et la peine de mort doivent tous deux être toujours refusés, sans exception. Or, cela n’est pas vrai, car la peine de mort concerne un être humain qui n’est pas innocent, tandis que l’avortement vise toujours à priver de la vie un enfant innocent. La première peut donc être licite, dans des conditions précises, la seconde jamais. Il en va de même pour la guerre : dans un contexte de guerre, nous ne pouvons pas mettre sur le même plan le meurtre d’un soldat agresseur et le meurtre direct et délibéré d’un civil sans défense, ou ce dernier et le meurtre indirect et involontaire d’un innocent.
Dans le fameux Mémorandum du cardinal Joseph Ratzinger (2004), adressé à la Conférence épiscopale des États-Unis, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi expliquait alors une évidence :
« Toutes les questions morales n’ont pas le même poids moral que l’avortement et l’euthanasie. Par exemple, si un catholique était en désaccord avec le Saint-Père sur l’application de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas pour autant considéré comme indigne de recevoir la sainte communion. Si l’Église exhorte les autorités civiles à rechercher la paix, et non la guerre, et à faire preuve de discrétion et de miséricorde dans l’application des peines aux criminels, il peut néanmoins être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur, ou de recourir à la peine capitale. Il peut y avoir une divergence d’opinion légitime même parmi les catholiques sur la guerre et l’application de la peine de mort, mais en aucun cas sur l’avortement et l’euthanasie ».
La « diversité légitime d’opinions » est exclue pour l’avortement volontaire et l’euthanasie, car il s’agit toujours d’un cas de meurtre ; en revanche, dans le cas de la guerre ou de la peine de mort, il convient d’opérer les distinctions que nous avons mentionnées. Avec tout le respect que je lui dois, cette position du pape Léon est fortement trompeuse et même, malgré lui, préjudiciable à la vie humaine que l’on veut justement défendre. Car si un terroriste menace de faire exploser un bâtiment entier avec des dizaines de personnes à l’intérieur, il est légitime de le tuer, sous certaines conditions, précisément pour défendre la vie humaine innocente. Si j’appliquais le principe selon lequel une éthique cohérente doit m’amener à soutenir qu’on ne peut jamais tuer, le résultat serait que de nombreux innocents périraient à cause d’un coupable et de l’absence de défense obligatoire de la part des autorités compétentes.
Il y a ensuite un autre aspect concluant qui ne peut échapper à l’évaluation de la position « pro-Cupich » de Léon XIV. Si l’on veut soutenir une « éthique cohérente de la vie », quel sens y a-t-il à récompenser un sénateur qui, tout au long de son action politique, s’est également distingué par ses positions publiques en faveur de l’avortement ? Si l’on exige que ceux qui luttent contre l’avortement s’opposent également à toute autre forme de meurtre d’innocents, l’inverse n’est-il pas également vrai ? C’était le minimum que le Saint-Père aurait dû rappeler. Ne serait-ce que pour la cohérence d’une éthique cohérente.

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