Les évêques français sont souvent accusés de pusillanimité lorsque leur devoir serait de s’opposer aux lois de la République quand elles attaquent frontalement la loi de Dieu. Il convient d’autant plus de saluer les exceptions. Comme dans le cas de Mgr Philippe Christory, évêque de Chartres, qui vient d’écrire une lettre (cf. annexe) aux sénateurs d’Eure-et-Loire. Il faut que ce soit un site italien (le blog de Sabino Paciolla), lui-même reprenant un article paru sur le portail hispanophone ACI Prensa, qui nous transmette l’information!
Un évêque français dénonce l’euthanasie comme étant en contradiction avec la « loi immémoriale » :
« Tu ne tueras pas »

Almudena Martínez-Bordiú
ACI Prensa,
23 octobre 2025
L’évêque de Chartres, Philippe Christory, a adressé une lettre aux sénateurs d’Eure-et-Loir, une région appartenant à son diocèse, dans laquelle il affirme que le suicide assisté et l’euthanasie contredisent « une loi immémoriale : Tu ne tueras pas ».
La lettre du prélat français intervient à un moment crucial, alors que le projet de loi sur la « fin de vie » fait l’objet d’un examen législatif après des années de pressions politiques visant à légaliser l’euthanasie dans le pays.
La proposition de loi, déposée en mai dernier, introduit le concept d' »aide à mourir », un terme qui englobe à la fois l’euthanasie – où un tiers administre directement la substance létale – et le suicide assisté, dans lequel le patient accomplit l’acte final.
Bien que la procédure doive faire l’objet d’une évaluation médicale, la proposition législative prévoit également que les adultes atteints d’une affection grave et incurable provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable pourraient être éligibles.
Le 24 mai dernier, les membres de l’Assemblée nationale ont approuvé la création d’un délit d’entrave à l’accès à l’aide à mourir, qui criminaliserait toute tentative d’empêcher l’acte lui-même ou l’accès à l’information à son sujet.
Dans ce contexte, Christory a fait appel au droit à l’objection de conscience des médecins qui « ne peuvent envisager de commettre un acte létal », car cela irait à l’encontre de leur conscience « et de l’objet même de leur profession, qui est de soigner et d’accompagner les patients dans leur projet de vie, même si celui-ci s’achemine vers sa fin physique ».
L’évêque a dénoncé le manque de soutien du législateur français à ces professionnels comme étant « inacceptable », car « la liberté de conscience ne devrait jamais être supprimée ou limitée ; c’est un droit fondamental de chaque personne ».
Après avoir déploré le taux de suicide élevé en France – plus de 8 000 suicides ont été enregistrés en 2023 – Christory a rappelé que l’essence d’une civilisation avancée « est de promouvoir la vie et de soutenir la vie de ceux qui souffrent » et a noté que les personnes qui demandent à mettre fin à leurs jours manquent souvent de soutien.
« La fin de vie peut être un moment décisif de reconsidération, de réconciliation et de partage avec les proches », a-t-il ajouté. À la fin de sa lettre, il a exhorté les sénateurs à « promouvoir un projet de vie, et non un projet de mort qui entacherait notre culture ».
Annexe: la lettre de Mgr Christory
Lettre adressée à Madame Chantal Deseyne et Messieurs Daniel Guéret et Albéric de Montgolfier
Madame, Monsieur le Sénateur,
Les sénateurs vont prochainement discerner et voter des résolutions sur la loi concernant la fin de vie.
Comme nombre de concitoyens, je constate, par de nombreuses rencontres, l’angoisse de la jeunesse, l’inquiétude des adultes, la souffrance des plus pauvres et des plus menacés. Malgré les aides et l’accompagnement de l’État, certaines personnes traversent des difficultés telles qu’elles peuvent les conduire à mettre fin à leurs jours. Le taux de suicide est très élevé en France.
Or le propre d’une civilisation évoluée est de promouvoir la vie et de soutenir la vie de ceux qui peinent. Les personnes qui demandent à ce que leur vie soit abrégée sont la plupart du temps en manque de soutien et de fraternité. Quelle doit être notre réponse ? L’euthanasie ? Le suicide assisté ? Je ne le pense pas. Nous sommes tous conscients que les soins palliatifs manquent en de nombreux lieux : la loi les promeut mais dans les faits nous n’y sommes pas encore.
L’Église Catholique est au chevet de nombreuses personnes âgées, malades, vivant en situation de précarité ou avec un handicap. Ces personnes souhaitent vivre le mieux possible jusqu’au terme de leur vie. La fin de la vie peut être un moment déterminant pour une relecture, une réconciliation, des échanges avec leurs proches. Nos nombreux bénévoles, plus de cent trente en Eure-et-Loir dans les aumôneries d’hôpitaux et dans les EHPAD, sont témoins de l’importance du respect de la vie de nos frères et sœurs plus dépendants.
La promotion du suicide assisté et de l’euthanasie contredit une loi immémoriale : tu ne tueras pas. Beaucoup de médecins et d’infirmières ne peuvent envisager poser un acte létal, cela irait contre leur conscience et contre le but même de leur métier qui consiste à soigner et soutenir les patients dans un projet de vie même si cette vie avance vers son terme physique. Certains pharmaciens ne peuvent se résoudre à participer à de tels actes en préparant les substances nécessaires. Pour ces derniers, le Parlement n’a pas retenu leur droit à la liberté de conscience. Cela ne peut pas être accepté, car la liberté de conscience ne doit jamais être supprimée ou limitée, c’est un droit fondamental pour toute personne.
Je suis inquiet de voir notre société aller vers plus d’individualisme et d’indifférence au sort des autres. Internet, pourtant formidable outil de mise en lien, dénature la relation naturelle entre les personnes, chacun s’enfermant dans un univers clos. Nous avons besoin, plus que jamais, de projets de vie qui créent des liens de solidarité.
Je vous demande, à vous qui avez reçu mandat de la Nation au sein du Sénat, de promouvoir un projet de vie, non un projet de mort qui entacherait notre culture. Ensemble nous devons œuvrer pour une civilisation de la Vie, au sein de laquelle chacun a une place et trouve le soutien espéré dans sa fragilité.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations respectueuses. Évêque de Chartres, je prie pour vous qui portez une telle responsabilité.

+ Mgr Philippe Christory
Evêque de Chartres

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