Il y a trois ans, Benoît XVI quittait ce monde. Occasion, pour Nico Spuntoni de lui rendre hommage, à travers son discours le plus fameux, la fameuse « lectio magistralis de Ratisbonne », en 2006, où, sur le thème « foi et raison », et dans un cadre universitaire de très haut vol, il n’avait pas hésité à souligner le rapport compliqué (c’est évidemment une litote) de l’islam avec la violence. Un discours prophétique, donc , auquel les faits continuent de donner raison, et qui avait à l’époque était accueilli par une bronca générale, le pape ayant été laissé tragiquement seul face à ses nombreux ennemis et ses soutiens attendus ayant lâchement préféré se joindre à la meute (*)
Le texte de la conférence a dû être remanié pour faire plaisir aux ennemis, voici la version définitive officielle: www.vatican.va
(*) Je n’ai malheureusement rien oublié, et je n’ai pas le pardon facile…
Ceux qui sont intéressés trouveront une couverture complète de l’évènement à chaud dans ces pages:
https://www.benoit-et-moi.fr/archivesbeatriceweb/Blog06

L’alerte (ignorée) de Ratzinger sur l’islam
Nico Spuntoni
Il Giornale
31 décembre 2025
Ni croisé ni islamophobe, Benoît XVI était un Européen qui posait à « son » Europe la question concrète de la présence islamique dans une société façonnée par la tradition gréco-romaine et dont les principes découlaient de la civilisation « judéo-chrétienne » [*]
(*) Les guillemets sont de moi…

Il y a trois ans, Benoît XVI achevait son pèlerinage terrestre. Un pape qui est entré dans l’Histoire pour un geste, celui de sa renonciation en 2013, mais aussi pour plusieurs discours mémorables. Parmi ceux-ci, il y a sans aucun doute la lectio magistralis de Ratisbonne en 2006. Un texte théologique consacré aux maux de l’Europe qui, en un seul passage significatif, clouait l’islam à une réalité : son problème avec la violence. Ratzinger l’attribuait à la séparation entre la foi et la raison qui, dans le christianisme, n’existe pas. La célèbre citation de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue selon laquelle Mahomet n’avait « apporté que des choses mauvaises et inhumaines, comme sa directive de répandre par l’épée la foi qu’il prêchait » a fait le tour du monde et a enflammé les places islamiques contre le pape. À Mogadiscio, une religieuse, sœur Leonella Sgorbati, a même été assassinée.
Alors que ce discours était prononcé à l’université de Ratisbonne, le cardinal Gerhard Ludwig Müller [qui n’était pas encore cardinal à l’époque, nbdt] était assis à côté de Benoît XVI en tant qu’évêque local.
« La réaction des professeurs présents dans la salle a été positive, se souvient le cardinal dans notre journal, mais dans les jours qui ont suivi, cette seule citation a été reprise, présentant Benoît XVI comme un ennemi de la liberté religieuse, et les manifestants musulmans, qui n’avaient pas lu le discours, ont fini par devenir l’instrument de cette propagande anti-Ratzinger ».
Müller ne peut que constater que « ces réactions ont paradoxalement confirmé à quel point Ratzinger avait raison ». Lui qui l’a côtoyé jusqu’à la fin affirme que « Benoît XVI n’a jamais regretté la lectio de Ratisbonne car ce qu’il avait dit était la vérité ». Il suffit de relire le livre-interview Lumière du monde écrit avec Peter Seewald pour comprendre l’idée que s’était faite Ratzinger après les protestations islamiques contre son discours. « Il est apparu clairement, affirmait le pape allemand dans le volume de 2010, que dans le débat public, l’islam doit clarifier deux questions : celles de son rapport à la violence et à la raison ».
Ni croisé ni islamophobe, Benoît XVI était un Européen qui posait à « son » Europe la question concrète de la présence islamique dans une société façonnée par la tradition gréco-romaine et dont les principes découlaient de la civilisation judéo-chrétienne.
« Selon Ratzinger, explique Müller, l’islam envisage des concepts de Dieu, de société et d’État très différents des nôtres et posait donc la question de la compatibilité avec notre culture », en particulier en ce qui concerne la condition de la femme. Comme le souligne don Roberto Regoli, professeur d’histoire de l’Église à l’université grégorienne, « en ce qui concerne l’islam, Benoît XVI demandait fermement une réciprocité entre catholiques et musulmans, soucieux que les minorités chrétiennes présentes dans les pays islamiques bénéficient de la même liberté religieuse que celle dont jouissent les musulmans en Occident ». Une réciprocité que Ratzinger ne voyait toutefois pas, puisqu’il se plaignait que même les interlocuteurs islamiques les plus ouverts au dialogue ne reconnaissaient pas le droit de changer de religion.
Face aux protestations et aux menaces, à Ratisbonne, l’Europe a laissé le pape allemand seul. L’UE n’a pas voté de motion de solidarité et le Premier ministre italien de l’époque, Romano Prodi [socialiste, ndt], a répondu avec mépris à une question sur sa sécurité : « Ses gardes s’en occuperont ».
Benoît XVI ne l’a toutefois pas regretté, restant cohérent avec son idée antérieure à son élection selon laquelle l’islam présentait des problèmes de compatibilité tant sur le plan théologique que politique avec l’Europe, fille de la tradition gréco-romaine et judéo-chrétienne.
Dans un discours prononcé en 1979 à Strasbourg, le cardinal Ratzinger affirmait alors que « la séparation entre la foi et la loi, entre la religion et le droit tribal, n’est pas réalisée dans l’islam et n’est même pas réalisable sans toucher à son essence même ».




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