Il est stupéfiant de constater qu’en dépit du silence obstiné des médias qui ont décidé de le snober coûte que coute, trois ans après sa mort, Benoît XVI continue à faire parler de lui de lui, et combien son héritage théologique reste, non seulement d’actualité, mais prophétique. Ici, le portail CWR a retrouvé un débat de 2001, entre le cardinal Kasper et celui qui était alors le bras droit de Jean Paul II, et préfet de la CDF, sur la relation entre l’Église locale et l’Église universelle, qui éclaire le débat actuel autour de la synodalité.
Contre Kasper, qui plaidait pour une plus grande autonomie des églises locales et des conférences épiscopales, le cardinal Ratzinger répondait que
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seuls les évêques en tant qu’individus ont autorité, et collectivement seulement lorsqu’ils parlent d’une seule voix en union avec le pape à travers des instances ecclésiastiques telles que les conciles œcuméniques, et donc que la créature artificielle des « conférences épiscopales » n’a d’autre autorité que consultative.

Photo CNS
L’héritage de Benoît XVI et le débat Ratzinger-Kasper…
toujours d’actualité sous Léon XIV
Sabino Paciolla
19 janvier 2026|
Joseph Ratzinger/Benoît XVI a laissé un immense héritage théologique : expert clé au Concile Vatican II, auteur d’écrits fondamentaux, trois encycliques, le motu proprio Summorum Pontificum.
Pourtant, Larry Chapp, ‘auteur d’un très intéressant article, publié sur CWR (Catholic World Report), affirme que l’événement le plus marquant de sa carrière post-conciliaire n’est pas lié au pontificat, mais à un débat qui a eu lieu en 2001, alors qu’il était encore cardinal et préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Ce débat, publié dans la revue America, l’opposa au cardinal Walter Kasper sur la relation entre l’Église locale et l’Église universelle.
Kasper souhaitait une plus grande autonomie pour l’évêque diocésain dans l’application pastorale des normes morales et disciplinaires universelles, en particulier pour des cas concrets tels que la communion aux divorcés remariés. Il soutenait que cela ne changerait pas la doctrine, mais permettrait une pastorale plus miséricordieuse, sans chaos.
Larry Chapp s’interroge:
« Qu’était – et qu’est encore – tout ce débat sur la synodalité, sinon une version de cette lutte pour trouver le juste équilibre entre l’Église locale et l’Église universelle ? »
« Ratzinger soutenait que seuls les évêques en tant qu’individus ont autorité, et seulement collectivement lorsqu’ils parlent d’une seule voix en union avec le pape à travers des instances ecclésiastiques telles que les conciles œcuméniques, et donc que la créature artificielle des « conférences épiscopales » n’a d’autre autorité que consultative »
Larry Chapp rappelle que le pape François a également réaffirmé ce concept. À cet égard, il rapporte la réponse à une question posée à François dans une interview publiée dans le magazine America, qui dit ceci :
« La question est bonne car elle parle des évêques. Mais je pense qu’il est trompeur de parler de la relation entre les catholiques et la conférence épiscopale. La conférence épiscopale n’est pas le pasteur ; le pasteur, c’est l’évêque. On court donc le risque de minimiser l’autorité de l’évêque lorsqu’on ne regarde que la conférence épiscopale.
« Jésus n’a pas créé les conférences épiscopales ». « Jésus a créé les évêques, et chaque évêque est le pasteur de son peuple ».
[ndt: Rappelons que le pape Bergoglio avait l’habitude de dire tout et son contraire: il est donc impossible d’affirmer qu’elle reflète vraiment la pensée du pape argentin]
L’auteur, pour lever toute ambiguïté, fait remarquer que l’appel de Kasper, bien que critiqué comme « modernisme libéral », n’est pas sans fondement : Ratzinger lui-même reconnaissait la nécessité d’une certaine subsidiarité, et aujourd’hui, nombreux sont ceux qui dénoncent l’« hyperpapalisme » de François.
Kasper n’est d’ailleurs pas un progressiste extrême : c’est un théologien brillant, et c’est pour cette raison que Ratzinger a pris ses critiques au sérieux et a engagé le débat.
Cela dit, Ratzinger répondit à Kasper avec fermeté.
Il réaffirma que les conférences nationales sont, selon lui, des créatures bureaucratiques sans autorité doctrinale propre, qui risquent d’écraser l’autorité de chaque évêque. Toute réforme structurelle, telle que celle demandée par Kasper, doit donc être fondée sur la christologie, et non sur des modèles séculiers de pouvoir partagé ou de démocratisation procédurale.
Et cela parce que Ratzinger voyait les dangers d’un « synodalité » qui ne serait pas fondée sur cette réalité christologique.
Le risque, selon l’auteur de l’article est qu’une synodalité mal fondée remplace la compréhension théologique de l’autorité (qui vient « d’en haut ») par un fonctionnalisme horizontaliste mondain.
Chapp écrit:
« Le génie théologique de Ratzinger apparaît très vite lorsqu’il souligne (comme il l’a toujours fait) le réductionnisme essentiellement sociologique et bureaucratique/politique inhérent à bon nombre des demandes de réforme structurelle de l’Église. Ratzinger n’avait aucun problème avec le concept de collégialité ou avec la nécessité d’une forme moins centralisée de gouvernement ecclésial. Mais toute réforme de ce type doit être fondée sur les vérités christologiques de la Révélation et non sur une prétendue ‘ Église plus démocratique’ ».
L’auteur soutient que ce qui n’était initialement qu’implicite est aujourd’hui devenu explicite : l’Église allemande revendique désormais, au nom de l’autonomie locale et de la subsidiarité, le droit de réviser les commandements moraux en fonction de « l’évolution des temps ».
Dès 2001, le cardinal Kasper avait identifié un fossé grandissant entre les enseignements moraux universels de l’Église et la mentalité des Allemands modernes, proposant une plus grande souplesse dans l’application de ces normes. Cette approche réduirait les normes morales universelles à de simples « idéaux » à appliquer différemment selon les personnes et les circonstances.
Le débat reste central. La synodalité actuelle – en Allemagne et ailleurs – reprend en grande partie cette question : plus d’autonomie locale, plus de pouvoir aux conférences épiscopales, plus de flexibilité pastorale sur les normes morales (femmes diacres, divorcés, etc.).
Comme le dit Chapp, « L’enjeu de ce débat est la nature normative des commandements moraux », ni plus, ni moins. Il rappelle également que ce défi a poussé le pape Jean-Paul II à rédiger l’encyclique fondamentale Veritatis Splendor.
C’est pourquoi, suggère Chapp,
« si le pape Léon souhaite poursuivre dans la voie de la création d’une « Église plus synodale », il serait opportun qu’il réexamine la réponse de Ratzinger à Kasper ».
Et, conclut Larry Chapp:
« Il y a des signes d’espoir que notre Saint-Père, le pape Léon XIV, comprenne bien ce qui est en jeu. Je prie pour que ces signes soient les prémices d’une réforme solide de l’Église dans le sens synodal, mais où l’Église universelle ait la priorité et où tous les évêques soient sub Petro et cum Petro lorsqu’il s’agit des doctrines centrales de la foi et de la morale ».




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