L’appel de Gotti Tedeschi: Saint-Père, émouvez-nous

30 Jan 2026 | Actualités

Ettore Gotti Tedeschi, ex-président de l’IOR et grand admirateur de Benoît XVI, qui l’avait choisi comme principal consultant pour l’écriture de sa grande encyclique sociale Deus Caritas es (2005), a écrit au Pape cette lettre ouverte, publiée aujourd’hui dans le quotidien La Verità (et reprise par Marco Tosatti).
Inquiet d’un monde sans repères, où le magistère (depuis 12 ans…) n’ose pas faire entendre une voix forte sur les questions de foi et de morale mais préfère s’occuper de sujets qui ne sont pas de son ressort, il exhorte Léon XIV à recentrer le rôle de l’Église sur le spirituel et le sacré.
S’ajouterait-il à la liste des « déçus » du nouveau pape?

Les temps de l’actuel Pontificat sont totalement différents des précédents ; ils s’inscrivent dans la conclusion de l’échec de la mondialisation, le changement de leadership mondial et l’effondrement du sens moral. Ces temps exigent un Magistère nouveau, « émouvant », que seul un Saint Père peut donner.

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Sainteté, émouvez nous avec un Magistère qui nous redonne l’espérance de la vie éternelle.

LES PONTIFICATS ET LES « TEMPS »

par Ettore Gotti Tedeschi

J’espère que le Pape Léon XIV voudra « émouvoir » le monde avec un Magistère spirituel adapté à notre époque… peut-être prioritaire sur le « synodalisme ». Ce n’est pas une suggestion, c’est mon rêve.

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J’avoue que j’ai commencé à avoir peur depuis un certain temps. Peur de ce qui arrivera si nous ne revenons pas rapidement à reconnaître l’essentiel des recommandations de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde moderne : Gaudium et Spes (Concile Vatican II), qui enseigne que s’éloigner de la vie de Foi « diminue l’homme », l’empêchant d’atteindre sa propre plénitude. Ne nous en sommes-nous pas rendu compte ? Après les expériences vécues par le monde entier au cours des 50 dernières années et les résultats obtenus, c’est, selon moi, la réflexion clé à mener dans un Magistère.

Peut-être pourrait-elle s’accompagner de quelques recommandations pour relativiser la conviction selon laquelle « nous sommes déjà tous sauvés » par les seuls mérites du Seigneur, sans les nôtres. Cette conviction, jointe à la découverte que faire le mal rapporte plus que faire le bien — et puisque nous sommes déjà tous sauvés — peut renforcer la question : pourquoi devrions-nous encore faire le bien ?

Mais il y a plus. Le risque de dégradation comportementale, arrivant aujourd’hui à un point d’« indifférence morale », inquiète même le pouvoir mondial. Nous ne devrions donc pas nous étonner de voir s’imposer une solution de « Morale par l’Intelligence Artificielle » ou de « foi technologique », comme on l’appelle déjà, comme réponse au besoin évident de comportement « moral ». Un autre « Reset » en somme, définitif cette fois ? Il est donc nécessaire d’exercer le Magistère.

Chaque époque a besoin d’un Magistère spécifique

À chaque époque historique, on a toujours attendu de l’Autorité Morale un enseignement du Magistère qui soit « dans le Temps » (non abstrait), mais aussi « hors du Temps » (référé aux Vérités éternelles). Si être « dans le Temps » signifie pour certains se référer au « Réel », il serait bon qu’ils réfléchissent au fait que « le Réel » est fait par l’homme, avec ses « limites et faiblesses », pour ne pas dire ses « péchés ». Comment le Réel peut-il dès lors devenir la référence de la pastorale ?

Nous vivons les résultats de l’échec des promesses jamais tenues de ce « nouvel ordre » humain produit par un processus de mondialisation mal géré.

Mais nous vivons aussi les résultats d’un Magistère centré sur les « effets » à résoudre et non sur leurs « causes » à connaître (selon Aristote et Thomas d’Aquin). En effet, les effets ont été décevants et les causes se sont aggravées. Nous avons entendu, et entendons encore, des propositions de solutions portant sur le changement des Outils et des Structures, au lieu du changement du « cœur de l’homme » comme l’enseignait Benoît XVI, inécouté sur ce point aussi.

Un mot sur l’Église et l’économie

Il y a environ vingt ans, l’Église ne devait pas s’occuper d’économie, mais seulement de morale (personnelle naturellement). Puis, il y a une douzaine d’années, l’Église a semblé se mettre (curieusement) à s’occuper presque exclusivement d’économie et de morale de manière confuse. Elle a même semblé ne pas vouloir intervenir pour corriger, mais presque pour soutenir les décisions de résolution des crises économiques centrées sur les effets plutôt que sur les causes. Cela a abouti, selon mon impression personnelle, à une indifférence générale sur le thème moral. Or, l’indifférence peut être pire encore que l’athéisme.

Les défis du Pape Léon XIV

Les défis que le Pape Léon doit affronter sont donc immenses, cruciaux pour notre civilisation tout entière qui attend des directions. Récemment, un grand puissant de ce monde [?]a reconnu qu’o n ne peut gouverner sans valeurs de référence. Mais bien avant lui, Benoît XVI dans Caritas in Veritate avait déjà expliqué l’impact du nihilisme sur le comportement humain. L’homme sans références de Valeurs perd le contrôle des outils sophistiqués à sa disposition, qui prennent alors une autonomie morale. Peuvent-ils le faire ?

Je rêve que le pape Léon nous émeuve bientôt avec Son Magistère, celui de ces Valeurs de référence, ces « valeurs non négociables », en commençant peut-être par la sacralité de la Vie humaine (un peu plus sacrée que la terre...), en expliquant aussi les conséquences pratiques et réelles de l’indifférence à ce sujet.

Aujourd’hui, un seul dogme semble accepté : l’impossibilité de comprendre la Vérité. C’est pourquoi le moment est venu pour l’Autorité Morale d’expliquer aux hommes que « les idéaux humains ne s’atteignent qu’en poursuivant des idéaux divins ». Que pourrait faire d’autre l’Autorité Morale aujourd’hui face à un monde vide de valeurs, déçu, méfiant et sans sens de la vie, sinon expliquer l’indispensable réunion de la Foi et des Œuvres ?

Conclusion

Les temps de l’actuel Pontificat sont totalement différents des précédents ; ils s’inscrivent dans la conclusion de l’échec de la mondialisation, le changement de leadership mondial et l’effondrement du sens moral. Ces temps exigent un Magistère nouveau, « émouvant », que seul un Saint Père peut donner.

Sainteté, émouvez-nous avec un Magistère qui nous redonne l’espérance de la vie éternelle. Ainsi, « les vieillards auront des songes » (prophétie de Joël / Actes 2,17).

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