Affaire Epstein: le Pape devrait-il intervenir?

23 Fév 2026 | Actualités

Très intéressant débat « virtuel » entre deux intellectuels italiens de droite, qui essaient de prendre de la hauteur par rapport à une affaire certes sordide mais qui va bien au-delà de la « simple » affaire de mœurs, fût-elle planétaire, que nous présentent les médias.
Roberto Buffagni (1), constatant l’anomie (l’absence de règles communes) qui se répand en Occident, déplore que l’Eglise, en tant qu’autorité morale suprême, ne prononce pas une condamnation spirituelle solennelle par la voix du Pape (personnellement, c’est la première idée qui m’est venue à l’esprit, avec la question: qu’aurait fait Benoît XVI?). Leonardo Lugarese lui répond que cette condamnation spirituelle existe déjà, c’est le Carême, et la situation actuelle rend celui de cette année encore plus nécessaire, spirituellement, et même politiquement, et encore plus exigeant pour les chrétiens.

La victoire de l’anomie sur la loi est un fait spirituel qui, dans le langage symbolique chrétien, s’exprime en effet dans un contexte apocalyptique (Anomos est un autre nom de l’Antéchrist).
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Roberto Buffagni

L’urgence politique du Carême

Leonardo Lugaresi
Mardi 17 février 2026

Demain, c’est le début du Carême, et jamais autant que cette année il ne m’a semblé nécessaire et urgent. Non seulement spirituellement, mais aussi politiquement urgent.

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Jusqu’à présent, ici, nous n’avons pas parlé de « l’affaire Epstein », notamment parce qu’il me semble vraiment difficile d’en dire quoi que ce soit avec une certitude raisonnable.

Je pense toutefois que cette sordide affaire confirme assez clairement au minimum le sentiment que beaucoup avaient depuis longtemps, sans avoir besoin des dossiers Epstein, à savoir que les classes dirigeantes mondiales regorgent de pervers. Tous ses membres ne le sont pas, bien sûr ; nous ne sommes évidemment pas en mesure de dire combien il y a de satanistes, de pédophiles, de violeurs, d’assassins, etc. dans ces milieux, mais il est désormais certain qu’il y en a et que leur infiltration est suffisamment massive pour constituer un « réseau », lié par la force du chantage mutuel: nous pouvons le supposer de manière plus que raisonnable.

Cette racine perverse projette une ombre maléfique sur le monde entier, sur la société et la politique du monde entier, avec un risque très élevé pour l’humanité tout entière et des conséquences funestes dont souffrent déjà des millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

Il y a une dizaine de jours, un observateur aussi intelligent que Roberto Buffagni écrivait sur X ces notes sur l’affaire Epstein.

« En Occident, l’anomie s’installe sur le trône de l’autorité qui devrait garantir la loi (avant tout, la norme intérieure).

Pour rétablir la loi, il faudrait une condamnation solennelle de la part d’une autorité spirituelle légitime.

Une autorité spirituelle, car le préjudice à réparer est spirituel, et pas seulement moral et social.

La victoire de l’anomie sur la loi est un fait spirituel qui, dans le langage symbolique chrétien, s’exprime en effet dans un contexte apocalyptique (Anomos est un autre nom de l’Antéchrist).

Le centre spirituel de l’Occident est, malgré tout, l’Église catholique, et son chef, c’est-à-dire le pape, le Vicaire du Christ.

Le pape pourrait (à mon avis, il devrait, mais ce n’est pas à moi d’en juger : c’est à lui) prononcer une condamnation solennelle et sans équivoque.

Le modèle existe déjà, il est fourni par Thomas de Celano :

« Quantus tremor est futurus/quando Judex est venturus/cuncta stricte discussurus ! […] Judex ergo cum sedebit/quidquid latet apparebit/nil inultum remanebit. » [Combien intense sera le tremblement lorsque le Juge viendra examiner toutes choses avec rigueur ! […] C’est pourquoi, lorsque le Juge s’assiéra, tout ce qui est caché apparaîtra ; rien ne restera impuni. ]

La condamnation solennelle pourrait/devrait être suivie d’une pénitence/purification universelle sérieuse, imposée avant tout à la hiérarchie et aux fidèles, car si la responsabilité juridique est personnelle, et la responsabilité morale, nous le voyons, la responsabilité d’une catastrophe spirituelle (un effondrement de la fonction de kathécon de l’Église) est commune.

Du dogme de la communion des saints, on peut facilement déduire la communion des pécheurs. Epstein n’est pas seulement Epstein & Cie.

Je crains de ne pas me tromper en prédisant que cette condamnation n’aura pas lieu.

Les raisons sont nombreuses, mais pour résumer une très longue histoire : l’Église n’a pas suffisamment confiance en elle pour faire une telle chose, qui l’exposerait non seulement à de graves représailles, mais aussi au ridicule » .

Voici ce que je dirais à mon ami Buffagni, ce que je me dis à moi-même, et que je partage avec les lecteurs de ce blog : tout d’abord, le Carême est déjà ce jugement spirituel (et donc aussi social, moral et politique ; j’insiste sur ce point car il est décisif ) que les croyants dans le Christ sont appelés à porter, sur eux-mêmes en tant qu’individus, sur la communauté à laquelle ils appartiennent, et sur l’ensemble de la société, y compris (et en particulier) ses prétendues élites perverties. Il y a de nombreuses années, Jean Daniélou a écrit un petit livre en or intitulé La prière, problème politique. Aujourd’hui, en faisant allusion à ce titre, je dirais : le Carême, réponse politique.

Avec l’aide de Dieu, que ce Carême soit donc – par nécessité, compte tenu de l’époque dans laquelle nous vivons – plus sérieux, plus rigoureux et plus combatif que tous ceux que nous avons vécus par le passé. Qu’il fasse peur à l’Ennemi, dans la mesure de nos moyens.

Il y a là une tâche particulière, me semble-t-il, pour nous, les vieux, qui ne pouvons plus faire grand chose d’autre, car, comme on disait autrefois, res ad triarios rediit [il faut en appeler aux tririi/il faut recourir aux grands moyens].


Ndt

(1) J’ai interrogé GROK sur Roberto Buffagni (c’est bien pratique, il faut l’admettre) et voici ce qu’il me répond (à lire avec précaution, évidemment!!!)

Roberto Buffagni est un intellectuel italien contemporain, connu pour ses analyses géopolitiques, ses écrits sur la crise de l’Occident et ses interventions sur des thèmes comme le pouvoir, la décadence morale et les affaires scandaleuses (notamment le cas Epstein).

  • Profil principal : Écrivain, auteur de pièces de théâtre, traducteur (notamment de Tim O’Brien, Orson Welles, etc.), et essayiste. Il a enseigné l’histoire de l’art à l’université de Parme et publié des essais sur le théâtre, le cinéma et la littérature.
  • Activités récentes : Collaborateur régulier du site Italia e il Mondo (lié à des cercles conservateurs ou anti-occidentaux mainstream). Il intervient souvent dans des vidéos/podcasts sur la géostratégie, la chute de l’Ukraine, la stratégie de défense américaine, la « disfatta dell’Occidente », etc.
  • Ton et positionnement : Conservateur, critique virulent de la modernité occidentale, avec des accents eschatologiques et anti-élites. Il voit dans des scandales comme Epstein un symptôme d’une crise profonde d’autorité et de légitimité (il parle parfois de « moment Weimar » pour décrire la décomposition morale).

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