Eh oui, il y a une vie hors du Moyen-Orient, et de la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Y compris pour l’Eglise. Voici un excellent article issu du blog toujours très intéressant El Wanderer. Il met en évidence un évènement petit (à première vue, en tout cas pratiquement pas médiatisé) qui s’est déroulé ces jours-ci au Vatican, et qui pourrait avoir une incidence majeure sur le futur de la Tradition dans l’Eglise: Léon XIV a reçu deux scientifiques, pour faire court, deux sociologues, qui, en dehors de tout biais idéologique, chiffres à l’appui, lui ont exposé LA question la plus controversées de l’Église contemporaine : la crise de la pratique religieuse en Occident, le lien avec le Concile Vatican II et l’essor des communautés attachées à la liturgie traditionnelle.
Le blogueur argentin voit dans cette audience
le signe d’une Église qui n’a pas peur de regarder la réalité en face.
Le signe d’un pontificat qui souhaite comprendre les faits avant de prendre des décisions.
Le signe que, peut-être, après des années de polémiques, quelqu’un au Vatican a décidé qu’il était temps de tenir compte des chiffres.
- Voir aussi à ce sujet:
Léon XIV et la messe traditionnelle : une rencontre qui est passée inaperçue
El Wanderer
13 mars 2026
Le 5 mars 2026, Léon XIV a rencontré en privé les auteurs de la plus grande étude sociologique jamais réalisée sur les catholiques attachés à la messe traditionnelle. Une audience qui est passée inaperçue. Mais qui est peut-être bien plus importante qu’il n’y paraît.

Pas de conférence de presse. Pas de communiqué officiel sur le contenu de la réunion. La plupart des médias catholiques n’en ont pratiquement pas parlé, reléguant cet événement aux notes en marge de l’agenda pontifical.
Cependant, pour comprendre ce qui s’est réellement passé dans cette pièce, il suffit de se poser une seule question : Qui sont ces deux hommes et que font-ils ?
I. Qui sont Bullivant et Cranney ?
- Stephen Bullivant est professeur de théologie et de sociologie des religions à l’université St Mary’s de Londres. Il est l’un des principaux spécialistes contemporains des phénomènes de sécularisation et d’abandon de la foi catholique en Occident.
Son nom s’est surtout fait connaître grâce à l’ouvrage Mass Exodus: Catholic Disaffiliation in Britain and America since Vatican II (Oxford University Press, 2019), une étude sociologique très citée qui analyse le déclin spectaculaire de la pratique catholique au cours des décennies qui ont suivi le Concile.
En 2022, il a publié Nonverts: The Making of Ex-Christian America, également chez Oxford, une étude sur la formation de la première génération américaine ayant grandi sans aucune affiliation religieuse.
- Stephen Cranney est sociologue et data scientist à l’Université catholique d’Amérique ; il est spécialisé dans l’étude quantitative des communautés religieuses et dans la dynamique démographique de la foi.
Deux universitaires sérieux. Sans agenda idéologique déclaré. Uniquement des faits.
II. Le livre qui va bientôt paraître
Bullivant et Cranney sont les auteurs de Trads: Latin Mass Catholics in the United States, une importante étude sociologique sur la réalité des catholiques attachés à la liturgie traditionnelle aux États-Unis. L’ouvrage sera publié en 2026 par Oxford University Press.
Cette étude s’appuie sur des enquêtes à grande échelle, des entretiens approfondis et des recherches ethnographiques sur le terrain. Elle constitue l’une des premières tentatives systématiques d’analyse empirique de l’univers de la messe traditionnelle à l’aide des outils de la sociologie académique.
Les résultats préliminaires sont intéressants.
D’après les données recueillies, environ deux tiers des fidèles assistant à la messe traditionnelle déclarent accepter dans une certaine mesure le Concile Vatican II. Les groupes véritablement schismatiques représentent une très petite minorité par rapport à l’ensemble du monde traditionnel. Aux États-Unis, il existe des centaines de paroisses célébrant la messe traditionnelle, bien plus que les chapelles de la Fraternité Saint-Pie X.
En d’autres termes : l’image souvent véhiculée dans le débat ecclésial, celle des traditionalistes comme une frange marginale et rebelle, ne correspond pas nécessairement à ce que révèlent les chiffres.
III. Pourquoi cette audience est-elle importante ?
Le Vatican n’a donné aucun détail sur le contenu de la conversation. La rencontre s’est déroulée à huis clos.
Mais une chose est sûre.
Le pape a décidé de rencontrer deux chercheurs qui analysent, à l’aide de données empiriques, l’une des questions les plus controversées de l’Église contemporaine : la crise de la pratique religieuse en Occident, le lien avec le Concile Vatican II et l’essor des communautés attachées à la liturgie traditionnelle.
Et c’est là que surgit la question que beaucoup évitent depuis des décennies.
La crise de l’Église en Occident est-elle due aux réformes postconciliaires ? Ou résulte-t-elle de changements culturels bien plus profonds qui ont touché l’ensemble de la société occidentale, indépendamment de la liturgie ?
Cette question n’est pas polémique. C’est une question sociologique légitime. Et c’est précisément ce que des chercheurs comme Bullivant s’efforcent d’analyser depuis des années.
IV. Des données qu’on ne peut ignorer
Il suffit d’observer certaines réalités historiques difficiles à nier.
- Le déclin de la pratique religieuse en Europe et en Amérique du Nord.
- La baisse spectaculaire des vocations sacerdotales et religieuses.
- La sécularisation accélérée à partir des années 1960.
Attribuer tout cela exclusivement au Concile de Vatican II serait sans doute une simplification.
Mais refuser d’étudier sérieusement la période postconciliaire serait tout aussi idéologique.
Depuis des décennies, le débat sur le Concile est dominé par des oppositions stériles. Les progressistes contre les traditionalistes. La réforme contre la tradition. Des slogans contre d’autres slogans.
Mais l’histoire de l’Église ne s’étudie pas à l’aide de slogans. Elle s’étudie à partir de documents, de données, d’analyses historiques et de recherches sociologiques.
V. Une Église qui n’a pas peur de la réalité
Si le pape Léon XIV a décidé de recevoir en audience privée deux sociologues qui travaillent précisément sur ces données, cela ne signifie pas nécessairement une rupture avec le passé récent.
Ce serait peut-être beaucoup plus simple.
Le signe d’une Église qui n’a pas peur de regarder la réalité en face. Le signe d’un pontificat qui souhaite comprendre les faits avant de prendre des décisions. Le signe que, peut-être, après des années de polémiques, quelqu’un au Vatican a décidé qu’il était temps de tenir compte des chiffres.
Et c’est peut-être précisément là — dans les faits, et non dans les slogans — qu’un débat plus honnête sur la relation entre le Concile, la tradition et l’avenir de l’Église pourrait s’engager.

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