USA: la base MAGA s’effrite, Trump de plus en plus isolé

18 Mar 2026 | Actualités

La nouvelle du jour, c’est la démission de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme aux Etats-Unis, qui se désolidarise bruyamment de l’attaque de l’Iran menée conjointement avec Israël. Selon lui, l’Iran ne représentait pas une menace imminente pour les États-Unis, et il a dénoncé les pressions exercées par Israël et son « puissant lobby américain » pour que le conflit se poursuive (les médias français le présentent comme un vrai méchant, complotiste, antisioniste, et même antisémite voire négationiste).


Simultanément, Carrie Prejean Boller, trumpiste de la première heure, figure de proue des positions catholiques et aujourd’hui critique de la ligne pro-israélienne officielle du gouvernement Trump, a été exclue de la White House Religious Liberty Commission, créée par le même Trump, pour avoir osé émettre des critiques sur le tropisme pro-Israël de l’administration Trump.
Décidément, le locataire de la Maison Blanche voit sa base « dure » MAGA s’effriter, que ce soit de son fait ou qu’il en soit la victime involontaire. En attendant la sanction éventuelle des élections de mi-mandat à l’automne prochain.

Carrie Prejean Boller : « Le mouvement MAGA est mort »

Implications politiques, sociales et religieuses

Giuseppe Nardi

La catholique Carrie Prejean Boller a été exclue de la White House Religious Liberty Commission, déclenchant de vifs débats dans les milieux conservateurs, religieux et politiques américains. Cette décision soulève non seulement des questions d’ingérence politique, mais a également des conséquences sociales considérables. Depuis l’attaque contre l’Iran, les débats ne font que s’amplifier.

Prejean Boller, qui s’est fait connaître en 2009 en tant que Miss Californie pour avoir défendu publiquement le mariage naturel entre un homme et une femme et qui milite activement pour les droits des parents, faisait partie du comité de campagne de Donald Trump en tant que représentante de la Women for Trump Coalition. À ce titre, elle a activement fait campagne en faveur de l’élection de Trump auprès des électeurs conservateurs. Au début de l’année 2025, celui-ci l’a nommée au sein de la White House Religious Liberty Commission qu’il venait de créer.

Lors de la cinquième réunion de la Commission pour la liberté religieuse, le 9 février, Prejean Boller a posé une question sur le sionisme. Elle a simplement demandé si la critique d’Israël était automatiquement « antisémite » et dans quelle mesure la commission devait réglementer les propos antisémites ou antisionistes. Ce faisant, elle a fait référence à la définition controversée de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), qui assimile la critique du sionisme à de l’antisémitisme. Alors que la majorité des membres ont convenu que la critique d’Israël n’était pas automatiquement « antisémite », certains, dont le président, qui a tenté d’empêcher Prejean Boller de s’exprimer, ont souligné la nécessité d’une distinction claire, en particulier lorsqu’il s’agit de remettre en cause le droit d’Israël à exister.

À l’issue de la séance, le président de la commission, Dan Patrick, a déclaré à la surprise générale que Mrs Boller avait été renvoyée pour avoir tenté « d’instrumentaliser une audition à des fins personnelles et politiques ». Cette décision et sa justification laconique suscitent depuis lors l’indignation. À quoi sert une telle commission, se demande-t-on, si ses membres ne sont pas autorisés à exprimer leur opinion ?

Prejean Boller a elle-même critiqué la manière dont la nouvelle a été communiquée par le bureau du personnel du président, et a rendu responsable de cette « chasse aux sorcières » la conseillère religieuse du président, la pasteure évangélique Paula White-Cain, figure de proue du sionisme chrétien. Le « sionisme chrétien » est un courant évangélique apparu aux États-Unis dans les années 1970, fortement ancré dans l’Ancien Testament à la manière puritaine et qualifié d’hérésie chrétienne par ses détracteurs catholiques.

Dans une lettre ouverte adressée au président Trump, Mrs Boller a souligné son soutien de longue date, sa participation aux cérémonies d’investiture et sa défense publique du président face à l’opposition.

Conséquences politiques

Le licenciement de Prejean Boller marque le début d’une fracture au sein du mouvement conservateur, qui s’est encore creusée depuis l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Les observateurs voient dans l’éviction de cette éminente conservatrice, figure de proue visible des positions catholiques et critique de la ligne pro-israélienne officielle du gouvernement Trump, un signe que les opinions divergentes sont indésirables au sein des instances clés. La loyauté politique prime manifestement sur l’expertise technique et l’opinion indépendante, ce qui compromet la crédibilité de telles commissions.

Conséquences sociales

D’un point de vue social, cette décision soulève des questions quant à la tolérance envers les opinions divergentes. Prejean Boller était la seule membre de la commission à remettre ouvertement en question la ligne sioniste du gouvernement américain, et ce quelques semaines avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran. Son exclusion est perçue par ses partisans comme un signal d’alarme indiquant que les voix critiques sont marginalisées au sein d’instances politiquement sensibles. Le débat montre à quel point il est difficile, aux États-Unis, de maintenir un équilibre entre l’unité politique et la protection de la liberté d’expression individuelle dès qu’il est question d’Israël. C’est précisément cette fixation en matière de politique étrangère qui avait poussé Prejean Boller à formuler ses critiques.

Implications religieuses

Pour les groupes catholiques et les chrétiens conservateurs, cette destitution revêt une importance particulière. Elle est considérée comme une tentative de délégitimer les perspectives catholiques sur les questions de politique internationale. Cela pourrait saper la confiance des communautés religieuses dans les institutions étatiques censées protéger la liberté de religion. Dans le même temps, ce débat met en lumière les tensions entre convictions théologiques et ligne politique dans un environnement fortement polarisé sur le plan politique.

Considérations juridiques

Bien que les membres de commissions aux États-Unis puissent généralement être révoqués « à volonté » par le président, cette destitution touche à des principes constitutionnels fondamentaux tels que la liberté d’expression (Premier amendement) et la protection contre la discrimination religieuse. Les experts avertissent qu’une destitution ciblée en raison de convictions théologiques ou politiques divergentes est problématique et pourrait être interprétée comme une instrumentalisation politique.

Le licenciement de Carrie Prejean Boller dépasse largement le cadre personnel : il révèle des tensions structurelles dans l’entourage du président américain, le champ de tension entre loyauté politique et liberté d’expression, ainsi que les difficultés à préserver la diversité religieuse au sein des institutions publiques. En même temps, il met en lumière le débat de société sur les limites de la critique légitime d’Israël et la protection d’autres opinions dans des contextes hautement politisés.

Par sa critique, Prejean Boller a anticipé ce qui se manifeste depuis le début de la guerre : le président américain agit-il dans l’intérêt des États-Unis ou dans celui d’Israël, c’est-à-dire d’un État étranger ?

Trump a réagi à la critique formulée en ce sens par le célèbre journaliste Tucker Carlson en l’excluant du mouvement MAGA et en l’accusant d’être « trop bête pour comprendre de quoi il s’agit ».

Pendant ce temps, Trump semble chercher une issue aux combats qui lui permette de sauver la face, d’atteindre autant que possible les objectifs de guerre, mais sans subir de pertes trop importantes. Dans sa recherche de volontaires prêts à entrer en guerre pour les États-Unis contre l’Iran – conformément à la « stratégie par procuration » appliquée par les États-Unis depuis la Première Guerre mondiale –, Washington n’a toutefois guère réussi jusqu’à présent. Les émirats sunnites du Golfe, les Kurdes d’Irak, les Baloutches de la zone frontalière avec le Pakistan et, plus récemment, les Azéris ont tous refusé.

Le nombre de ceux qui, aux États-Unis, sont déçus par le président américain Trump semble augmenter rapidement, y compris parmi les catholiques. Cela vaut surtout pour ceux qui avaient voté pour Trump afin qu’il n’y ait pas de nouvelles guerres.

Le dilemme dans lequel se trouvent les États-Unis est que la seule alternative, les démocrates, est encore plus rebutante. Les observateurs estiment néanmoins qu’un désastre électoral des républicains lors des élections de l’automne est possible. Il ne faut pas s’attendre à ce que les électeurs déçus de Trump se tournent vers les démocrates ; mais ils pourraient être nombreux à s’abstenir, ce qui entraînerait la perte de circonscriptions disputées décisives pour l’élection.

Prejean Boller est devenue le symbole d’une rupture. La priorité accordée par le gouvernement américain au sionisme est en train de déchirer l’unité du camp conservateur aux États-Unis, qui avait été péniblement construite. Même au sein des milieux catholiques, on assiste à la situation paradoxale où une idéologie politique d’une autre religion, déguisée en religion, est source de conflits. Cette rupture peut-elle encore être surmontée ?

Hier, Carrie Prejean Boller a déclaré dans une interview :

« Le mouvement MAGA est mort ».

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