L’ex-nonce apostolique aux Etats-Unis, et critique virulent de Bergoglio, qui l’a excommunié pour schisme, conservait sans doute un petit espoir que Léon XIV réparerait l’injustice dont il pense avoir été victime. Il se peut qu’il ait commis des erreurs, comme cela peut du reste arriver à tout homme, et ce n’est pas à moi d’en juger. Et n’est-ce pas le rôle de l’Eglise, donc du Pape, de ramener les brebis égarées au bercail?
Mais la chronologie qu’il propose ici d’une série d’audiences reportées ou refusées justifie qu’il se sente ulcéré. Le Pape qui dit qu’il écoute tout le monde ne veut (ne peut?) pas le recevoir, comme s’il avait peur. De qui, de quoi?
Bref, encore une occasion manquée. Et une nouvelle déception pour ceux qui espéraient qu’avec le temps, Léon XIV réparerait, en douceur, les fautes de son prédécesseur (et mentor, ne n’oublions pas).
En attendant, Mgr Vigano promet la publication prochaine de la lettre qu’il a écrite au Pape le 28 janvier dernier, et qui n’a toujours pas reçu de réponse. Une attitude dilatoire que François avait déjà l’habitude d’utiliser avec ceux qu’il jugeait importuns.
Aures Habent et non Audiunt.
Chronique d’un silence
Mgr Carlo Maria Vigano
Je me serais attendu à ce que Léon, à l’instar du Bon Pasteur, vienne chercher la brebis égarée pour la ramener à la bergerie dont son prédécesseur l’avait chassée. Cela ne s’est pas produit.
Bien que convaincu que mon « excommunication » soit une mesure inéquitable et injuste, et donc sans effet, je ne peux m’empêcher de relever qu’elle constitue, pour celui qui me l’a infligée, une sorte d’aquæ et ignis interdictio, la peine du droit romain antique équivalant à une forme d’exil perpétuel et qui impliquait l’obligation pour le condamné de quitter le territoire romain, avec l’interdiction pour quiconque de lui fournir de l’eau, du feu ou toute forme d’assistance, y compris l’hospitalité ou un abri, sous peine de sanctions sévères. En pratique, cela faisait du condamné un hors-la-loi, le privant des biens essentiels à la survie et l’isolant de la société.
Et ainsi, au mépris des belles paroles sur l’accueil et l’inclusion, je me vois condamné à une « peine de mort spirituelle », privé des sacrements et voué à la damnation éternelle. Pour Bergoglio et Prevost, la peine capitale, qui ne tue que le corps, serait donc inadmissible, tandis que l’excommunication, qui tue l’âme en la condamnant à la mort éternelle, serait admissible.
C’est pourquoi, ne voulant rien laisser au hasard, j’ai jugé de mon devoir d’écrire à Léon et de lui demander une audience. Voici la chronologie de toute cette affaire :
- le 4 juin 2025, j’ai envoyé à Léon, à travers la Poste vaticane, une lettre personnelle au contenu extrêmement sensible, demandant également à être reçu en audience
- le 28 août 2025, n’ayant reçu aucune réponse à ma lettre précédente, j’ai réitéré ma demande d’être reçu en audience privée par Léon, par l’intermédiaire de la Préfecture de la Maison pontificale, en envoyant un e-mail au Régent, Mgr Leonardo Sapienza ;
- le 20 septembre 2025, j’ai reçu une réponse de Mgr Sapienza, qui me confirmait l’octroi de l’audience, fixée au 11 décembre 2025 à 10 heures à la Bibliothèque du Palais apostolique ;
- le 9 décembre 2025 à 8 h 08, deux jours avant la rencontre, Mgr Sapienza m’informait par voie électronique que l’audience avait été annulée.
- Cependant, moins de deux heures plus tard, à 9 h 53, le Secrétariat de la Préfecture de la Maison pontificale me transmettait le billet pour l’audience.
- Peu après, à 10 h 14, ce même Secrétariat m’informait que l’audience avait été annulée.
- À la suite de ces communications contradictoires, j’ai téléphoné à Mgr Sapienza pour comprendre la raison de cette annulation. Visiblement embarrassé, il a avancé des excuses peu crédibles mais m’a assuré qu’il me communiquerait une nouvelle date dès que possible, me rapportant les paroles de Léon : « Nous devons reprogrammer l’audience : j’écoute tout le monde ! »
- N’ayant reçu aucune communication de la Préfecture, le 12 janvier 2026, j’écrivis à nouveau à Mgr Sapienza, sans obtenir de réponse à mon e-mail.
- La voie de la Préfecture m’étant désormais fermée, le 21 janvier suivant, je décidai de téléphoner au doyen du Collège cardinalice, le cardinal Giovanni Battista Re, avec lequel j’ai collaboré pendant des décennies – à la Secrétairerie d’État et dans mes fonctions ultérieures – pour lui demander d’intervenir afin d’obtenir une audience avec [le Pape]. J’ai reçu du cardinal une réponse immédiate aux accents enthousiastes, dont je rapporte la transcription :
« Je suis tellement heureux, mais tellement… j’avais tellement envie d’entendre ta voix et je serais également ravi de te rencontrer où tu veux… Je serais très heureux de te rencontrer… »
Puis le cardinal ajoutait :
« Le problème de fond est que ce soit précisément le pape qui te reçoive, compte tenu de tout ce qui s’est passé. À mon avis, le pape a des difficultés à te recevoir : ce n’est pas une question d’horaires ou de rendez-vous. Le pape a quelques réticences à être celui qui te reçoit… sans qu’il y ait le moindre signe de changement de ta part.
Quoi qu’il en soit, je m’en occupe et je te tiendrai au courant avec joie… Car nous devons être des enfants de l’Église et, en tant qu’enfants de l’Église, nous devons être unis au pape et suivre ses directives. Ce qui doit nous tenir à cœur, c’est le salut de l’âme, mais pour sauver l’âme, nous devons rester au sein de l’Église. Au sein de l’Église, donc en union avec le pape.
Sache toutefois que, d’un point de vue personnel, je te suis proche, toujours disposé à t’aider, si je peux t’aider en quoi que ce soit, afin de servir ensemble l’Église… Nous devons aussi savoir oublier le passé et savoir pardonner… »
Le 27 janvier 2026, j’ai rencontré le cardinal doyen à la nonciature en Italie.
- L’entretien a duré plus d’une heure. Malgré son attitude bienveillante et ses manifestations d’affection, le cardinal s’est montré incapable d’écouter mes arguments, au point de refuser même de recevoir une lettre que je lui remettais pour Léon ainsi que d’autres documents sensibles dont je voulais informer le cardinal lui-même. En me congédiant, il me répétait : « Nous devons obéir au pape même si le pape n’obéit pas au Seigneur. »
- Le 28 janvier 2026, j’ai envoyé via la poste vaticane ladite lettre à Léon, en l’adressant à son secrétaire personnel. Cette lettre aussi – dont je rendrai prochainement public le contenu – est restée sans réponse.
+ Carlo Maria Viganò, archevêque
[à noter, la signature: Mgr Vigano se dit toujours archevêque, ndt]

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