Après avoir énuméré toutes les caractéristiques qui rendent cette guerre non seulement contre-productive, mais folle, et même désastreuse sur tous les plans, humains, bien sûr, mais aussi économique, Veneziani lève un coin du voile sur un aspect que je trouve personnellement très inquiétant pour nous qui, a priori, sommes loin du théâtre des opérations (quoique…), et qui ne semble pas si privé de fondements. Il s’agirait rien de moins que de nous imposer au nom de l’urgence énergétique sécuritaire une sorte de super confinement comme nous l’avons connu en 2020. Autrement dit
remettre une nouvelle fois en place un plan d’urgence international, hier justifié par la pandémie et les raisons de sécurité sanitaire, aujourd’hui par la crise énergétique qui s’annonce et les raisons de sécurité internationale qui y sont liées ; une crise énergétique ayant des répercussions sur tous les secteurs vitaux de l’économie : matières premières, transports, communications, finance, production et commercialisation mondiale.
À quoi sert la guerre en Iran ?
Marcello Veneziani
23 mars 2026
À quoi sert la guerre contre l’Iran ? Mis à part le délire de toute-puissance de ceux qui l’ont décidée de sang-froid, le véritable motif qui a poussé à attaquer Téhéran n’est pas encore clair, au-delà des formules habituelles de « guerre préventive » qui s’avèrent manifestement fallacieuses et infondées.
- Tout d’abord, la guerre ne sert pas à rétablir la liberté et la démocratie en Iran, comme on l’a répété au début pour donner bonne conscience à cette agression ; elle a au contraire pour effet de souder le peuple assiégé et bombardé autour du régime, par souci de survie et par nécessité absolue, comme on l’a vu ces derniers jours, contredisant de manière flagrante la prédiction selon laquelle, après l’assassinat du chef religieux, le peuple iranien allait se soulever contre le régime.
- Elle ne sert pas non plus à éradiquer le terrorisme islamiste, qui, au contraire, après cette agression, s’exacerbera davantage et trouvera de nouvelles raisons de haïr l’Occident ; à leurs yeux, le terrorisme finit par être la seule arme efficace pour frapper l’Occident, étant donné que sur le plan de l’armement, la lutte est inégale et que leur monde est en train de succomber.
- Elle ne sert pas à débusquer ou à décimer les cellules hostiles infiltrées dans les replis de l’Occident, car comme l’histoire l’a enseigné, la plupart des terroristes islamistes n’étaient pas et ne sont pas d’obédience chiite, comme l’Iran, mais d’obédience sunnite, comme une grande partie des États arabes, et ils étaient soutenus par des pays hostiles à l’Iran.
- La guerre contre l’Iran ne sert pas non plus à arrêter ou à freiner les flux migratoires en provenance du monde islamique ; elle ne fera au contraire que créer de nouveaux flots de réfugiés fuyant les terres dévastées du Moyen-Orient, du Liban à l’Iran en passant par Gaza.
- La guerre ne sert pas à contrôler les sources d’approvisionnement en énergie, car, comme nous le voyons de manière dramatique, elle aggrave la crise énergétique de l’Occident, sa dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient ou de l’Est, en particulier l’Europe qui se trouve poussée par les États-Unis à l’hostilité contre tous ses voisins et fournisseurs de pétrole de l’Est et du sud.
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Sur le plan des équilibres internationaux, la guerre sert à pousser encore davantage toutes les puissances opposées à l’hégémonie américaine dans le monde et à la guerre contre l’Iran à trouver une ligne commune contre l’Empire occidental.
Et puis, les violations flagrantes du droit international et de la souveraineté des États, comme cela s’est produit au Venezuela et en Iran, légitiment et autorisent les projets d’invasion que les puissances asiatiques gardent en réserve : hier la Russie, demain la Chine ou la Corée.
Alors, à quoi sert une guerre comme celle-ci – qui a débuté en février, tout comme l’invasion russe et la pandémie de Covid – si ce n’est à satisfaire la soif de puissance de ceux qui l’ont déclenchée, c’est-à-dire à rétablir la souveraineté impériale des États-Unis sur le monde entier et l’hégémonie israélienne sur toute la région du Moyen-Orient ?
Ou, comme certains le soutiennent, cette guerre est-elle une tentative de regagner le soutien chancelant des dirigeants aux États-Unis et en Israël, ainsi qu’une diversion spectaculaire visant à détourner l’attention de dossiers brûlants (comme l’affaire Epstein) et d’éventuels moyens de chantage liés à ces pistes d’enquête ?
En y regardant de plus près, en Occident, la guerre en Iran sert trois objectifs, tous plus néfastes les uns que les autres :
- Le premier, rendre l’Union européenne encore plus marginale, abrutie et asservie, contournée de toutes parts et contrainte de courir désespérément après les guerres et les paix qui brillent à l’horizon, en se laissant traîner par les décisions impériales de Trump et sa manière schizoïde de procéder, en dents de scie, paix et guerre, menaces et négociations, assassinats et protections.
- Le deuxième, faire prospérer la machine de guerre, c’est-à-dire l’industrie de l’armement, les lobbies de l’armement, les appareils militaires, jusqu’à les rendre encore plus puissants et influents dans la vie des populations civiles et des États.
- Le troisième, remettre une nouvelle fois en place un plan d’urgence international, hier justifié par la pandémie et les raisons de sécurité sanitaire, aujourd’hui par la crise énergétique qui s’annonce et les raisons de sécurité internationale qui y sont liées ; une crise énergétique ayant des répercussions sur tous les secteurs vitaux de l’économie : matières premières, transports, communications, finance, production et commercialisation mondiale.
Revoilà la Chape transnationale [allusion à son dernier ouvrage, « La Cappa », cf. pensee-unique-globale/#ndt], cette Coupole de la domination techno-financière, militaire et étatique, avec ses pleins pouvoirs déterminés par l’exceptionnalité de la situation, qui impose la suspension de certaines libertés et de tout choix indépendant. Ce n’est pas le moment de faire des choix différents, il y a cette priorité à affronter, tel est le mantra que nous entendons depuis quelques années déjà. Il est temps de soumettre également les marchés au contrôle public, sous la forme d’un capitalisme dirigiste et surveillé, comme cela s’est déjà produit avec le Covid, car l’économie ne peut plus fonctionner seule mais a besoin de plans de soutien, de financements publics, d’aides, de nouveaux filets de sécurité et de nouvelles chaînes auxquelles se laisser lier.
Enfin, la guerre en Iran ne résout pas les autres conflits internationaux, elle ne fait que les compliquer : de l’Ukraine à Gaza, en passant par les nombreux conflits latents, dormants ou naissants, comme dans une chaîne sans fin, aggravée par un ordre mondial rejeté ou non reconnu par une grande partie du monde, et par un désordre mondial de fait déclenché par des prétentions hégémoniques.
La guerre en Iran est un exemple d’irrationalité calculée qui nuit non seulement au pays attaqué, mais aussi au reste du monde.
Et si ces prévisions ne suffisent pas, pensez aux résultats désastreux des précédents : l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Afghanistan, les printemps arabes…
(Panorama n° 14)

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