Une messe en mémoire de Benoît XVI. Et une belle homélie

30 Mar 2026 | Benoît XVI

Le cardinal Fernando Filoni, Grand Maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem a présidé ce samedi 28 mars, dans les Grottes du Vatican, la messe mensuelle célébrée en mémoire de Benoît XVI. Et il a prononcé cette touchante homélie, venant « des profondeurs de son coeur » (et non l’un de ces exposés théologiques abscons et totalement impersonnels que les célébrants de messes en sa mémoire nous infligent régulièrement, pour ne pas avoir l’air d’être trop ratzingérien (un qualificatif difficile à porter au Vatican): le sommet étant évidemment l’homélie de Bergoglio lors des obsèques du Saint-Père. Mais là, elle a pulvérisé tous les records.


Samedi 28 mars 2026, à 8h15
Grottes Vaticanes – Basilique Saint-Pierre

2e semaine du Temps du Carême
Lectures : Première lecture : Ez 37, 21-28
Psaume : Jr 31,10-13
Évangile : Jn 11, 45-56

Chers frères et sœurs,

Permettez-moi de commencer cette brève homélie, au cours de cette concélébration, par un geste de profonde affection envers le Pape Benoît XVI, en empruntant les paroles de l’évangéliste Luc qui, dans le prologue de son Évangile, écrivait : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer avec ardeur un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous […] j’ai décidé, moi aussi […] d’écrire pour toi un exposé suivi […] afin que tu puisses reconnaître la solidité des enseignements que tu as reçus » (cf. Lc 1, 1-4).

Bien évidemment, et pour rester dans le cadre de ces quelques mots, je ne vais pas raconter avec « ardeur » les événements du pontificat de Benoît XVI, ni faire un exposé sur la « solidité » de son grand enseignement. Je souhaite simplement souligner ici quelques aspects de sa vie, car sur son ministère et son enseignement, beaucoup a déjà été dit et beaucoup sera encore dit.

Pour ma part, je m’arrête sur un souvenir qui, à mes yeux, caractérise bien la personnalité du bien-aimé Pontife.

Je me souviens tout d’abord de l’affection qu’il avait coutume de réserver à toutes les personnes qui lui étaient proches et à ses collaborateurs. Chacun de nous pourrait donc raconter de nombreux souvenirs et anecdotes. J’en ai moi-même quelques-uns.

L’un des plus chers est sans doute l’expression qu’il écrivait à la main lorsqu’il me faisait don de ses publications : « Cher ami ». Je ne peux pas dire que j’étais « ami » du Pape, mais j’étais très honoré qu’il m’écrive ainsi. Peut-être parce que, durant la période de sa « clôture » – après son pontificat – il était plus libre d’exprimer ses sentiments profondément humains et élevés.

Il y avait l’estime, mais aussi sa façon d’apprécier le fait que, de mon côté, connaissant certains de ses goûts, je me permettais de lui faire parvenir ce qui lui plaisait. Dans cette attitude, je trouvais une précieuse bienveillance à mon égard.

Je me souviens également très bien de ses attentions lorsque j’étais Substitut [2007-2011, ndt] : par exemple, il s’informait si j’avais pu prendre quelques jours de repos pendant l’été, ou encore, pour mon anniversaire, il m’honorait de sa présence chez moi. Une fois, lors d’un vol vers les États-Unis, il voulut porter un toast en avion en mon honneur, toast qui fut rendu le lendemain par le Président George Bush devant la Maison Blanche, car son anniversaire tombait le 16 avril, juste après le mien.

Aujourd’hui, cher Pape Benoît, j’aime penser que vous n’êtes pas absent parmi nous, mais qu’au contraire vous êtes, pour ainsi dire, en train de « concélébrer » avec nous, car notre prière, comme vous le disiez souvent, est un acte de profond remerciement à Dieu. Mais aujourd’hui, par nos prières, nous voudrions vous remercier pour votre long, lumineux et passionné service au Christ et à l’Église que vous avez profondément aimée et servie. Merci encore une fois pour ce service.

Je peux dire, cher Pape Benoît, que beaucoup – pardonnez-moi le mot – d’« amis » continuent à vous aimer. Personnellement, je ne peux pas omettre de rappeler que vos écrits continuent à faire beaucoup de bien aux fidèles, et beaucoup me le font souvent remarquer. Je trouve, comme une mine inépuisable, par exemple, ces trois volumes sur « Jésus de Nazareth ».

Ici, je pense à ce que Jésus dit à Thomas d’Aquin (et la référence n’est pas fortuite). On raconte que le Seigneur, avant la fin de la vie de Thomas, lui demanda : « Tu as bien écrit sur moi, Thomas, que désires-tu de moi comme récompense pour ton travail ? » Thomas, qui dès son enfance se demandait « Quid est Deus ? » (Qu’est-ce que Dieu ?) et qui l’a toujours cherché, répondit : « Seigneur, seulement toi ! »

Benoît XVI, lui aussi, a bien écrit sur le Christ ; lui aussi était théologiquement « tourmenté » comme Thomas d’Aquin et se demandait : Qui est le Christ aujourd’hui pour un monde indifférent, qui lui ferme souvent la porte dans une modernité sans Dieu, ou qui l’accueillerait sans l’Église, qui fut pourtant l’autre grande passion de notre Pontife ? Une Église pour laquelle Benoît XVI a donné toute sa vie, en écrivant et en enseignant avec un témoignage limpide, tant comme prêtre que comme Pontife.

Je pense à cet axiome qui lui était cher : le Christ sans l’Église serait réduit à un sociologue religieux, et l’Église, sans le Christ, Fils de Dieu et de Marie, ne serait qu’une organisation philanthropique plus ou moins humaine.

Voilà, cher Pape Benoît, cette Église a encore besoin de vous, et de nombreux fidèles le répètent et viennent même ici par affection pour vous rendre visite. Et nous avons plus que jamais besoin de votre prière auprès du Seigneur que vous contemplez désormais dans la béatitude.

Amen.

Fernando Cardinal Filoni

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