Témoignage d’un prêtre: le vrai problème de l’Eglise, c’est le manque de foi

11 Avr 2023 | Actualités

Un texte très beau (et hélas tristement réaliste), du rédacteur du blog italien « Silere non possum », qui illustre son propos à travers le testament spirituel (magnifique, lui aussi) de l’abbé Cyril Gordien, que nous avons évoqué récemment ici (cf. Un saint curé)

Le problème de notre temps? L’absence de la foi


Silere non possum

Les fêtes pascales, comme celles de Noël, sont une occasion propice pour les prêtres de faire le « décompte » des fidèles qui « pointent à l’horloge ». Nombreux sont ceux qui se disent catholiques mais qui, tout au long de l’année, ne se rendent pas à l’église et font leur apparition à l’occasion des fêtes de Noël et de Pâques ou pour le baptême de leurs petits-enfants.

Dans le sud de l’Italie, en particulier, nombreux sont ceux qui assistent à des « représentations ». S’il est une chose que nous avons favorisée ces dernières années, c’est bien une foi faite de talismans. Les gens participent s’il y a quelque chose de spécial, que le Christ s’immole chaque jour sur l’autel pour leur salut ne leur suffit pas. Si vous distribuez des cendres sur la tête, la salle est pleine. Si vous croisez deux cierges et les placez autour du cou des gens, la salle est pleine. Si vous célébrez une simple messe, c’est le désert. Nous avons formé des fidèles qui ont besoin d’émotions et qui vivent leur foi sur la vague de celles-ci.

Bien qu’aujourd’hui nous soyons de plus en plus repliés sur nous-mêmes et que nous pleurions sur le manque de vocations, les abus dans le clergé, le manque d’intérêt des jeunes, la dénatalité et ainsi de suite, le vrai problème est un seul : le manque de foi. Aujourd’hui, les gens ne croient plus en Jésus-Christ et en sa bonne nouvelle. Il suffit d’assister à un Angélus du Saint-Père pour se rendre compte que très peu répondent aux invocations ou s’agenouillent pour la bénédiction.

Nous avons transformé l’Église en un centre social où les gens viennent pour se sentir moins seuls, pour manger ou pour occuper des postes de direction. Il est clair qu’aujourd’hui, nous nous retrouvons avec des laïcs autoritaires qui veulent nous enseigner ce qu’il faut faire. Après tout, si notre mission était de faire le bien, ils pourraient à juste titre le faire bien mieux que nous. Le problème, c’est que ce n’est pas la mission que le Christ a confiée à son Église.

Revenir aux racines

En ces heures, notamment en France, circule un beau testament spirituel d’un prêtre décédé d’une grave maladie. Dans ce texte émergent des préoccupations qui animent de nombreux prêtres aujourd’hui.

Le pontificat de François n’a malheureusement fait qu’exacerber un problème de plus en plus évident. Nous en avons parlé lors des funérailles du Saint Père Benoît XVI. La génération qui a vécu la révolution de 68 est de plus en plus désabusée parce qu’elle a vu ses aspirations échouer. Au contraire, les jeunes hommes qui ont été ordonnés ces dernières années et ceux qui sont maintenant au séminaire sont orientés par un idéal plus conscient du prêtre, fort de sa propre identité. Les nouvelles générations de fidèles peuplent également les églises où il y a de jeunes prêtres qui célèbrent bien la Sainte Messe et s’occupent de la liturgie, de la prédication, etc. Cela crée plusieurs problèmes, en particulier avec les prêtres (et les évêques) plus âgés qui n’admettent pas qu’ils ont échoué et déversent leurs frustrations sur les jeunes. Il s’agit là d’un véritable fossé générationnel qui cache de nombreux problèmes profonds.

Dans le testament spirituel de don Cyril Gordien apparaît cet autre aspect de la vie sacerdotale à savoir une certain contrariété face au comportement de certains évêques qui choisissent souvent la voie facile du consensus plutôt que de défendre leurs prêtres et, surtout, la mission de l’Eglise.

Le texte révèle aussi la foi profonde qui animait ce prêtre et qui anime de nombreux prêtres dans le monde. Les aspects édifiants sont nombreux : dévotion à la Vierge Marie, amour pour Jésus dans le Saint-Sacrement, conscience de la gravité du ministère du prêtre et amour profond pour l’Église.


[Suit la traduction en italien du testament spirituel de l’abbé Gordien – un bel hommage. Pour mémoire, on peut le (re)lire en version originale sur le site de La Nef]

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