Prier pour le pape? Oui, mais…

20 Fév 2025 | Actualités

Pour un catholique, cela ne devrait pas se limiter à implorer sa guérison… physique. Ne serait-ce pas oublier un peu vite la dimension spirituelle de son ministère? Et faire passer François, jusqu’aux derniers moments de sa vie terrestre, pour « l’un de nous », comme sa « communication » s’est employée à le faire depuis 12 ans? On aimerait que le Bureau de presse donne des nouvelles non seulement sur la santé du Pontife, mais aussi « sur la manière chrétienne de vivre la maladie et d’aborder le jour du grand pas ». Les rappels nécessaires de Luisella Scrosatti.

A une époque comme la nôtre, où l’on n’appelle pas le prêtre de peur que le malade ne se rende compte qu’il est en train de mourir, et où les chrétiens ne se souviennent même pas de l’importance des sacrements, notamment la Confession, l’Onction des malades et le Viatique (…) c’est une grande œuvre d’évangélisation que de rappeler comment le chrétien est appelé à se préparer à la mort qui s’annonce, d’autant plus si ce chrétien est le chef de l’Église visible.

Tout le monde prie pour le Pape, mais ils ne demandent « que » la guérison

Luisella Scrosatti
La NBQ
20 février 2025

Les appels à prier pour la santé physique du pontife semblent oublier ce qui compte le plus pour un homme de 88 ans qui, tôt ou tard, s’approche du but de son voyage terrestre : les grâces nécessaires pour gagner la dernière bataille.

La santé du Saint-Père semble sérieusement compromise. Un nouveau scanner du thorax, effectué mardi dernier, a révélé une pneumonie bilatérale qui a obligé les médecins à revoir les thérapies et qui n’a pas manqué de compliquer le tableau clinique du Pontife, ce qui va certainement prolonger son séjour à la Polyclinique Gemelli et qui pourrait marquer un déclin peut-être irréversible, malgré les assurances que le Pape se prépare déjà pour les célébrations de Pâques [!!!].

Face à ce tableau, il est naturel et appréciable que se répandent des appels à prier pour le Pape François, appels qui s’adressent surtout à demander la grâce de son rétablissement. Ce n’est évidemment pas cela qui est déroutant : la santé et la maladie sont vraiment entre les mains de Dieu et il est donc juste de se tourner vers lui pour demander la guérison d’un malade, comme l’enseigne la pratique constante de l’Église.

Mais… il y a un mais. Compte tenu du tableau clinique du Pontife et de son âge vénérable, il serait irresponsable et signe d’une foi simplement horizontale de s’arrêter à la demande de guérison. Car Jorge Mario Bergoglio, avant d’être le pape François, est un homme qui semble s’approcher de deux moments cruciaux de la vie humaine : l’agonie ultime et le jugement divin. On peut recevoir du Bon Dieu la grâce d’une guérison, même plusieurs fois dans une vie, avec ou sans médiation médicale, mais il est impossible d’éviter la mort et, avec elle, le jugement de Dieu, qui déterminera notre condition éternelle.

Pour cette raison, la charité chrétienne veut que nous demandions au Seigneur toutes les grâces nécessaires pour rejeter le péché, être purifiés, et être soutenus dans la dernière grande bataille décisive, au cours de laquelle le malin joue ses dernières cartes. Et il n’est pas difficile d’imaginer avec quelle ruse, quelle véhémence et quelle « expérience » il le fait. Des grâces plus grandes sont nécessaires à tous ceux qui sont chargés d’une responsabilité publique dans cette vie, et plus encore au Chef de l’Église universelle, car leur jugement portera aussi sur la manière dont ils l’ont exercée, et comme l’indique avec gravité saint Benoît dans sa Règle à propos de l’abbé :

 » Qu’il se souvienne toujours qu’au terrible jugement de Dieu il aura à rendre compte autant de son enseignement que de l’obéissance des disciples, et qu’il sache que le pasteur sera tenu pour responsable de tous les défauts que le père de famille aura pu trouver dans le troupeau », [s’il n’a pas exercé] toute sa diligence à l’égard d’un troupeau agité et indocile, cherchant par tous les moyens à corriger ses écarts de conduite »


On objectera que le pape François n’est pas moribond : il dort bien, se lève un peu, prend son petit déjeuner, lit le journal, travaille un peu [on peut douter de ce tableau rassurant, s’il est dans l’état que laissent supposer les bulletins de santé – c’est du moins mon expérience, ndt]; c’est peut-être vrai, mais on ne peut certainement pas dire que ce dont il souffre est une bronchite gênante et passagère. Un homme de presque quatre-vingt-dix ans, dans cet état, qui s’est aggravé au début de la semaine, est objectivement en danger de mort.

C’est la très triste nouvelle selon laquelle, dimanche dernier, François devait assister à la messe à la télévision qui s’est répandue dans la presse. Pour le pape hospitalisé, n’a-t-on pas pensé à installer un petit autel mobile dans la chambre et à célébrer pour lui le jour du Seigneur?

Il serait également souhaitable que le Bureau de presse donne des nouvelles non seulement sur la santé du Pontife, mais aussi sur la manière chrétienne de vivre la maladie et d’aborder le jour du grand pas. Jusqu’à présent, nous avons seulement appris que le Pape a reçu la Sainte Communion : il n’y a aucune nouvelle d’un prêtre ayant célébré la Messe pour lui dans sa chambre ou dans la chapelle adjacente aménagée, comme ce fut le cas pour Jean-Paul II. On ne sait pas non plus si le pape a reçu le sacrement de l’onction des malades. Au contraire, c’est la très triste nouvelle selon laquelle, dimanche dernier, François devait assister à la messe à la télévision qui s’est répandue dans la presse. Pour le pape hospitalisé, n’a-t-on pas pensé à installer un petit autel mobile dans la chambre et à célébrer pour lui le jour du Seigneur ?

Il ne s’agit pas de se mêler de ses propres affaires. A une époque comme la nôtre, où l’on n’appelle pas le prêtre de peur que le malade ne se rende compte qu’il est en train de mourir, et où les chrétiens ne se souviennent même pas de l’importance des sacrements, notamment la Confession, l’Onction des malades et le Viatique, et des sacramentaux comme la prière et la bénédiction des malades, mais aussi tout simplement l’huile exorcisée, l’eau bénite, etc, c’est une grande œuvre d’évangélisation que de rappeler comment le chrétien est appelé à se préparer à la mort qui s’annonce, d’autant plus si ce chrétien est le chef de l’Église visible. Et l’on espère que ce que l’on appelait autrefois  » le réconfort de la Religion  » a bien atteint le Pontife, vu l’absence de messe dominicale.

Et puis qu’il soit permis de suggérer une autre intention de prière, peut-être à Saint Michel Archange [*] : cela anéantira toute tentative de faire passer à la dernière heure des décisions ou des documents problématiques qui, jusqu’à présent, sont restés inertes dans les tiroirs des bureaux de quelque Dicastère.

. . .

[*] La prière du pape Léon XIII à saint Michel

« Saint Michel Archange, défends-nous dans le combat. Sois notre secours contre la malice et les embûches du démon.

Que Dieu exerce sur lui sa puissance, qu’il nous donne la force de témoigner de notre foi ; nous le demandons en suppliant.

Et toi, Prince de la milice du Ciel, armé de la force de Dieu, repousse en Enfer Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour perdre les âmes.

Amen. »

0 commentaires

Vous aimerez aussi

Les biographies de Bergoglio: Ainsi se forge une légende…

Nous avons évoqué hier l'idée saugrenue venue à certains, de faire de Bergoglio un saint. Mais pour qu'il y ait un saint, il faut qu'il y ait une légende. Et pour qu'il y ait une légende, il faut qu'il y ait des gens qui l'écrivent. C'est le travail des biographes,...

François le pape le plus attaqué. Vraiment?

Ou le monde (à l'envers) vu par les médias. Dans la série des articles consacrés au premier anniversaire de la mort du pape argentin, AM Valli rebondit sur une chronique parue sur le premier quotidien italien, Il Corriere della sera, (temple du politiquement correct...

Share This