François, reclus au second étage de la Casa San Marta, résidence choisie par lui dès le premier jour du pontificat, « pour des raisons psychiatriques » avait-il confié alors: il avait besoin, pour son équilibre, de bruit, de contacts, de mouvement autour de lui.
La résidence, soi-disant ouverte aux quatre vents (contrairement au Palais apostolique, du moins le croyait-il), est un peu le reflet de l’Eglise en sortie, dont il avait rêvé (ou d’autres pour lui). Elle se transforme en un terrible piège. Quelle cruelle punition ce doit être (pour tout le monde, mais surtout pour lui), de finir sa vie dans une cage, seul, privé d’images et de son, et même de sa voix.
.
L’autre problème que pose cette longue absence (en dehors du classique « QUI gouverne? ») dont rien n’indique qu’elle va prendre fin bientôt, et que soulève AM Valli, est le grand âge des papes. Celui-là, mais aussi ceux à venir, alors que la durée de vie augmente et que l’hypothèse d’un pape centenaire n’est plus de la fiction.
.
Alors, quelle solution?
.
Sans doute Benoît XVI avait-il vu et compris ce qui se passerait s’il décidait de rester malgré tout. Ceux qui l’ont accusé d’être « descendu de la Croix » vont-ils finir par comprendre à leur tour, admettre qu’ils se sont lourdement trompés, et se rallier à l’option raisonnable de la renonciation, sous une forme qui ne blesserait pas le caractère unique de la papauté? Un compromis que justement Benoît XVI a tenté, en choisissant de se cacher au monde dans la prière, tout en maintenant une présence tutélaire mais aussi académique.
Sans le pape
Si vous allez sur le site du Saint-Siège, vous verrez que, selon le bulletin quotidien de la salle de presse, chaque jour le pape fait ceci et cela, accepte des renonciations, nomme des évêques, écrit des lettres, envoie des messages, autorise des décrets et ainsi de suite. Comme nous savons que le pape est isolé à Sainte Marthe, où il essaie de se soigner et de voir le moins de monde possible pour éviter de nouvelles complications, il est clair que tout ce que le bulletin publie est à lire entre guillemets. Il est possible que certains actes aient été vus et approuvés par le pape avant son hospitalisation, mais au fil du temps, cette possibilité s’amenuise. Ainsi, tout ce qui est attribué au pape provient en réalité des différents dicastères et bureaux du Vatican et peut [seulement] avoir reçu l’approbation du pape par un signe.
L’absence du pape dresse un tableau qui n’est pas sans rappeler celui que j’ai imaginé dans ma nouvelle L’Ultima Battaglia/La dernière bataille [ici], où on ne sait ni où est le pape, ni s’il est là. Un récit dystopique, sorti à l’automne 2019. Mais à présent, à bien des égards, la dystopie est sous notre nez, et elle est encore plus dystopique que celle que j’imaginais il y a six ans.
Il est évident qu’au nom de la raison d’État, le Saint-Siège tente de prétendre que tout va bien, que la machine fonctionne de toute façon et que l’état de santé du pape n’affecte pas le gouvernement de l’Église. Il est tout aussi évident que ce n’est pas le cas et que la comédie continue, mais pour combien de temps ?
C’est le retour du problème qui s’est déjà posé à la fin du règne de Jean-Paul II, où c’est son secrétaire particulier qui prenait les décisions, puis avec Benoît XVI, le pape qui a choisi de s’effacer lorsqu’il s’est rendu compte que la machine ne répondait plus à ses ordres et que la situation était devenue intenable.
Un pape « grand vieux » n’est pas en soi une nouveauté (par exemple, Léon XIII est mort à 93 ans, Clément XII presque à 88 ans, Pie IX à 86 ans). Ce qui est nouveau, c’est la vieillesse qui s’étend grâce à des soins qui n’existaient pas auparavant. On peut vivre jusqu’à 100 ans et plus, mais combien vivent en bonne condition ? Alors que le Vatican tente de nous dire que tout est normal, il y a une question que l’on ne peut ignorer longtemps : la vieillesse des papes et sa gestion. Combien de temps pourra-t-on continuer la fiction d’un pape très âgé et malade qui écrit, lit, nomme, autorise, etc.
Le ministère pétrinien est celui de Pierre, point. Il n’y a pas de vice-pape et il ne peut pas y en avoir. Nous pouvons même trouver très instructive et édifiante l’expérience d’un pape qui tient bon et poursuit son règne malgré des limitations de plus en plus lourdes et évidentes. Mais l’Église, en termes terrestres, est une institution qui a besoin d’un conducteur. Et si le conducteur n’est pas là, la voiture sort de la route. Il n’y a pas de fiction qui tienne.
Pour le moment, la curie est semi-paralysée et désorientée. Elle avance au jour le jour. On navigue à vue, sans cap, et aucune rhétorique de Carême ne peut le cacher. Les hommes de la Curie le nieront toujours, mais ils sont les premiers à le savoir.
Et à qui profite tout cela, dans les circonstances actuelles et en pensant à un éventuel conclave?
Il y a un nom et un prénom : le cardinal Pietro Parolin. L’homme qui, au sommet de la Secrétairerie d’État, a en fait pris le contrôle de l’administration et est le candidat le plus apte à gouverner après la fin du règne bergoglien.

0 commentaires