L’imbroglio Becciu, drame en x actes… plus un: un écheveau inextricable typique de l’ère bergoglienne

29 Avr 2025 | Actualités

Je n’ai pas suivi de près les détails du scandale financier, le dernier en date, impliquant le Vatican (lié à d’obscures transactions financières autour d’un immeuble de luxe à Londres), traînant depuis 6 ans et mettant en cause un prélat italien, Angelo Becciu, ex-substitut de la Secrétairerie d’Etat, nommé cardinal par François et condamné en première instance par la justice vaticane.
Jusqu’à avant-hier, Becciu, qui a toujours proclamé son innocence, défendait bec et ongles son droit de participer au conclave.

L’affaire était (et reste) très grave, car elle met en évidence les profondes déchirures au sein du collège cardinalice et illustre la gouvernance caractérielle de François, et surtout elle risquait de mettre en cause la validité même du processus d’élection du prochain pape.

Hier, coup de théâtre: au terme d’une Congrégation générale « enflammée » (Nico Spuntoni), Becciu a finalement accepté de renoncer à son droit d’électeur.

Je crois intéressant, dans ce contexte, de reprendre l’article de Giuseppe Nardi, qui avait suivi l’affaire depuis le début et qui, avant que ne tombe la nouvelle de la reddition de Becciu (qui fait couler beaucoup d’encre en Italie, le cardinal en disgrâce a beaucoup de soutien, en particulier dans le cercle « conservateur »), avait brossé à grands traits, un tableau résumant les épisodes précédents et soulignant les enjeux.

En seconde partie, le compte-rendu de Nico Spuntoni, où il apparaît que, malgré sa conclusion, qui leur a donné satisfaction, la séance d’hier n’a pas forcément été une victoire pour « le camp du bien », comprendre les amis de François-ennemis de Becciu.

Premier(s) acte(s)

Becciu ou pas Becciu – L’ombre d’un conclave invalide

Incertitude juridique

Le cardinal Becciu peut-il ou non participer au conclave ? Risque-t-on de rendre l’élection du prochain pape contestable, voire nulle et non avenue ? La question de la validité de l’élection fait déjà de l’ombre à celle-ci.

Tout tourne autour de la figure du cardinal Giovanni Angelo Becciu, originaire de Sardaigne, alors qu’en l’état actuel des connaissances, l’affaire semble claire, et ce en faveur du porporato sarde.

Giovanni Angelo Becciu, dit Angelo, est né le 2 juin 1948 à Pattada, sur l’île de Sardaigne. Il est entré au séminaire, a été ordonné prêtre et a suivi les cours de l’Académie diplomatique du Vatican. En 2001, le diplomate du Vatican a été nommé archevêque titulaire et nonce apostolique par Jean-Paul II. En 2011, Benoît XVI l’a nommé substitut du cardinal secrétaire d’État, fonction alors occupée par le cardinal Tarcisio Bertone.

En 2017, Becciu a été nommé par le pape François délégué spécial pour l’Ordre Souverain de Malte, dont la souveraineté a été fortement limitée par le chef de l’Eglise argentine, afin d’écarter le cardinal Raymond Burke, cardinal-protecteur et donc délégué officiel du pape auprès du plus ancien ordre de chevalerie du monde.

Becciu jouissait de la confiance illimitée de François et, en tant que fidèle collaborateur de ce dernier, il défendait également avec une loyauté véhémente les chemins particuliers bergogliens.

Kardinal Angelo Becciu mit Papst Franziskus: Franziskus hat dem Sarden nie die Kardinalswürde entzogen. Wer sollte ihn also daran hindern, am Konklave teilzunehmen?

Le cardinal Angelo Becciu avec le pape François : François n’a jamais retiré la dignité de cardinal au Sarde. Qui pourrait donc l’empêcher de participer au conclave ?

Après de violents conflits avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État, liés entre autres à des initiatives personnelles de Becciu, le Sarde a été retiré de la Secrétairerie d’État en 2018 par François et nommé préfet de la Congrégation pour les causes des saints, puis créé cardinal la même année. Depuis, Becciu est l’un des électeurs potentiels du pape dans un conclave.

Le scandale

A l’automne 2019, des rumeurs ont filtré selon lesquelles Becciu n’était plus autorisé à quitter le Vatican, voire qu’il se trouvait peut-être même en résidence surveillée. Les rumeurs d’un grand scandale financier couraient sur les toits de Rome. Le 9 septembre 2020, un coup de théâtre a suivi. Officiellement, il a été annoncé que le cardinal Becciu, en tant que préfet de la congrégation, avait demandé à être déchargé de ses fonctions et que François avait accepté sa démission. Aucune raison n’a été donnée pour cette décision.

Parallèlement, il a été confirmé que le parquet du Vatican menait depuis 2019 une enquête contre Becciu et les personnes impliquées pour abus de pouvoir, fraude et détournement de fonds. La raison en était des transactions spéculatives portant sur des immeubles de luxe à Londres, dans le cadre desquelles le Saint-Siège avait apparemment perdu de l’argent pour une valeur de plusieurs centaines de millions à cause de mauvais conseillers.

Les décisions à ce sujet étaient passées par le bureau de Becciu en tant que substitut. Alors que des profiteurs ont pu empocher quelque 60 millions de commissions, le Vatican s’est retrouvé avec un trou financier gigantesque. Il s’est avéré que l’argent du Denier de Saint-Pierre avait également été utilisé pour le projet immobilier, provoquant un mécontentement considérable parmi les fidèles, notamment aux États-Unis.

Une autre ombre planait sur toute l’affaire, car des rumeurs persistantes faisaient état d’un lien avec des formes de mauvaise gestion, et le discrédit du cardinal George Pell qui, en tant que préfet du Secrétariat pour l’économie, avait commencé à mener ses propres enquêtes sur la gestion financière du Vatican, mais en avait été brutalement empêché par l’ouverture d’une enquête sur de prétendus abus sexuels et par le fait qu’il devait répondre de ses actes devant un tribunal en Australie et même être emprisonné pendant plus d’un an. Les accusations s’étant finalement révélées infondées, Pell a finalement été acquitté et a pu retourner à Rome, où il n’avait toutefois plus de fonction, François s’étant empressé de le larguer et de le laisser tomber, comme si quelqu’un au Vatican n’avait attendu que cette occasion pour se débarrasser de l’Australien. La réhabilitation a en outre été détournée par François, car Pell faisait partie des détracteurs les plus virulents du pontificat bergoglien. En bref, quelqu’un au Vatican a joué un jeu très sale et n’a peut-être pas hésité à traîner un cardinal intègre dans la boue de la pire des manières afin de dissimuler ses propres méfaits. Cela aussi, c’était le pontificat de François.

Deux ans après que Becciu soit soi-disant tombé en disgrâce auprès de François à cause de l’affaire financière, ce même François l’a expressément invité au consistoire cardinalice en 2022, bien que le procès final ait déjà été fixé par un tribunal du Vatican, apportant ainsi lui-même la preuve que Becciu était toujours cardinal avec tous les droits et devoirs.

L’année 2023 a commencé de manière satisfaisante pour Becciu, puisqu’il a été reçu en audience par François au milieu du procès en cours.

Néanmoins, Becciu a ensuite été condamné en première instance à cinq ans et demi de prison et à une amende pour détournement de fonds et escroquerie par le tribunal du Vatican.

Il a fait appel de cette décision. La procédure est toujours en cours. Becciu lui-même a toujours clamé son innocence : il aurait été victime des mêmes profiteurs véreux qui ont porté préjudice au Saint-Siège. Le Sarde s’est montré très déçu. En somme, si l’on suit son point de vue, il s’agirait au pire de vérifier s’il a négligé son devoir de surveillance. Au Vatican, on voit les choses différemment.

Le problème du conclave
Le cas Becciu concerne désormais le conclave à venir.

Dans le cadre de la démission surprise de Becciu, il avait été annoncé à l’époque qu’il restait cardinal mais qu’il renonçait aux droits et privilèges d’un cardinal. Cette construction était très inquiétante, mais juridiquement indéfendable.

Soit quelqu’un est cardinal, soit il ne l’est pas. Un cardinal qui déclare lui-même ne pas faire usage de sa dignité est un cardinal à part entière. Il n’y a pas de cardinaux entiers, de demi-cardinaux ou de quarts de cardinaux. Chaque cardinal est bien sûr libre de ne pas se présenter à un conclave, c’est-à-dire de ne pas exercer les droits qui lui reviennent. Mais chaque cardinal a à tout moment le droit et la possibilité d’exercer ses privilèges parce qu’il est cardinal.

L’étrange « renonciation » de Becciu n’a à aucun moment été confirmée par un acte juridique formel. Ni Becciu ni le Saint-Siège n’ont jusqu’à présent présenté de document en ce sens. Becciu, comme le Vatican l’a lui-même déclaré à l’époque, ayant manifesté unilatéralement sa « renonciation », mais François ne l’ayant à aucun moment sanctionné dans sa dignité de cardinal, cela signifie qu’il pourra, s’il le souhaite, entrer en conclave dans la chapelle Sixtine la semaine prochaine avec les autres cardinaux.

Qui pourrait le lui refuser ? Qui en aurait le droit ?

Soit il existe un acte juridique par lequel François lui a retiré la dignité de cardinal, comme il l’avait fait en 2018 à l’égard de l’homo-abuseur pédéraste Theodore McCarrick, soit Becciu est en pleine possession de ses droits et devoirs, comme tout autre porporato. Tant qu’aucun document légal ne peut être présenté indiquant que Becciu n’est plus cardinal, c’est à lui seul qu’il revient de décider s’il participera ou non au conclave.

Au-delà de la mort de François, le cas Becciu semble emblématique de sa gestion improvisée du ministère. Le fait est que la procédure concernant les immeubles de luxe londoniens traîne depuis six ans déjà, sans qu’aucun jugement définitif n’ait été rendu sur le rôle de Becciu. Les informations des médias, y compris dans les pays germanophones, selon lesquelles Becciu serait un « ex-cardinal condamné » sont donc fausses : il n’a pas été condamné par un jugement définitif et n’est pas non plus un « ex-cardinal ».

Lettres posthumes avec un F

Lors des premières congrégations générales, qui ont eu lieu avant les funérailles de François, le vieux rival de Becciu, le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, aurait présenté deux lettres qui auraient été paraphées d’un F par François et qui interdiraient à Becciu de participer au conclave. Une « lettre » daterait de 2023, l’autre de l’époque de la clinique Gemelli.

Mais quelle serait la valeur juridique de ces lettres ? Pourquoi des lettres ? Pourquoi seulement paraphées d’un « F » ? Ce sont les documents étranges qui sont apparus pendant le séjour de François à la clinique. Et pourquoi deux lettres ? Selon le quotidien italien Domani, Parolin a déclaré que les deux lettres étaient paraphées d’un « F ». Or, on ne connaît pas de tels documents pour la période précédant le séjour de Bergoglio à la clinique. Pourquoi donc une lettre datant de 2023 ne serait-elle signée que d’un F?

Mais dans cette affaire, soit François a retiré la dignité de cardinal à Becciu par un acte juridique clair, soit il ne l’a pas fait. La variante « Becciu est cardinal, mais ne peut pas participer au conclave », est à exclure comme absurde.

On n’a cependant pas connaissance d’un quelconque acte juridique. Et pourquoi François ferait-il présenter une lettre posthume à son secrétaire d’État ? Quelle forme juridique cela pourrait-il bien être ? Toutes choses douteuses qui font s’arracher les cheveux aux juristes. Qui a des intérêts ici et lesquels?

Si Becciu renonce de son plein gré à participer, l’affaire est claire. Mais s’il souhaite participer, personne ne pourra le lui refuser sans risquer de mettre en péril l’élection elle-même. Si un électeur devait être empêché de participer par la force, il y aurait un risque de contestation de l’élection et donc d’annulation de celle-ci. Il ne peut être dans l’intérêt du cardinal secrétaire d’État de laisser a priori le prochain pontificat être assombri par un tel litige, après que François ait déjà suscité des doutes de longue date, très divers et jamais éteints, sur la validité de l’élection, même si aucune des thèses n’avait pu s’imposer, même de loin.

Dernier acte (pour le moment)

Confrontation dramatique entre cardinaux : Becciu n’entrera pas au Conclave

Nico Spuntoni
lanuovabq.it/it/drammatico-scontro-fra-cardinali-becciu-fuori-dal-conclave

Après une congrégation « enflammée », le cardinal Becciu décide de reculer et de se retirer de la course au Conclave. Les deux documents découverts pour écarter le cardinal de la course ont fait surface, mais de nouveaux détails apparaissent sur les allégations qui épaississent le mystère. Le conclave débutera le 7 mai.

Les couteaux ont volé lors de la cinquième congrégation. Les deux documents du Pape pour écarter le cardinal Angelo Becciu ont finalement fait surface.

Ces derniers jours, on a beaucoup parlé de deux lettres signées « F », mais la confirmation devant tous les cardinaux que le Pape avait mis sa décision noir sur blanc n’est arrivée qu’hier. Des documents ont été montrés à la congrégation d’hier, mais on ne peut pas dire avec certitude qu’il s’agit des mêmes que ceux dont on parlait, car personne ne les avait jamais vus auparavant, et certainement pas la personne directement concernée.

Rien à faire pour l’ex-Substitut qui, à 76 ans, aurait eu le droit d’entrer au conclave. Depuis le début des congrégations, au lendemain de la mort de François, les débats ont été monopolisés par le dilemme Becciu oui/Becciu non. Lui, combatif, a persisté à revendiquer son droit jusqu’à hier. Il s’est heurté à l’opposition du cardinal Kevin Joseph Farrell, Camerlingue et ancien colocataire de Theodore Edgar McCarrick, « décardinalisé » pour attouchements. Le cardinal sarde, quant à lui, paie la condamnation pour détournement de fonds reçue en première instance par le tribunal du Vatican dans une affaire judiciaire dont on peut dire que plus le temps passe, plus elle se transforme en roman à suspense.

Hier encore, « Domani » et « Il Tempo » ont révélé l’existence d’audios et de chats qui montreraient le rôle central de Francesca Immacolata Chaouqui dans la décision de Mgr Alberto Perlasca [promoteur de justice suppléant, « témoin-clé » dans cette affaire] d’accuser son ancien supérieur. Sans le mémoire de Perlasca, Becciu n’aurait pas fait l’objet d’une enquête et n’aurait probablement pas perdu son droit de vote au conclave.

Mais parmi les cardinaux présents, certains ne voulaient rien savoir et réclamaient l’exclusion à tout prix, invoquant la nécessité de ne pas trahir les souhaits du pape défunt.

Ce faisant, toutefois, ils ont rendu un mauvais service à la mémoire de François, qui aurait voulu entrer dans l’histoire comme le pontife de la miséricorde, mais dont on se souviendra au contraire pour avoir retiré à un cardinal le droit lié à sa charge sur la base d’une condamnation au premier degré et pour des faits qui n’étaient certainement pas aussi graves que ceux, par exemple, dont McCarrick s’est rendu coupable.

A qui l’ancien substitut faisait-il peur ? Tandis que son cas était développé devant la Congrégation d’hier, ses confrères prenaient de plus en plus conscience de l’injustice dont il avait été victime.

Finalement, c’est lui-même qui a retiré les marrons du feu, en choisissant de ne pas donner suite à ses revendications et en prenant connaissance du contenu des deux documents pontificaux. Un geste qui a suscité l’admiration silencieuse des autres membres du collège, en particulier des étrangers qui connaissaient bien les nombreuses zones d’ombre de l’enquête menée contre lui. Difficile de continuer ainsi pendant quelques jours encore, alors que se dessinent l’identité du prochain pape et les orientations souhaitées de son action.

Difficile surtout à la lumière de la révélation des deux documents papaux qui n’avaient jusqu’à présent pas été confirmés alors que l’affaire était évoquée depuis un certain temps.

La congrégation d’hier matin a également fixé la date du début du conclave au 7 mai. Une petite défaite pour le front le plus bergoglien qui aurait préféré commencer dès le 5 mai et tenter d’élire soit Parolin soit Aveline sans laisser plus de temps aux cardinaux pour se connaître. Des journées intenses s’annoncent dans les congrégations auxquelles le cardinal exclu pourra participer. Sa voix sera entendue et il pourra dénoncer l’utilisation peu scrupuleuse de la loi en vigueur depuis douze ans et la complicité de plusieurs papabili dans les erreurs du pape défunt.

Mots Clés: Conclave 2025

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