C’est le moment de lui adresser des vœux, et, si l’on a la foi, de l’assurer de nos prières. Pour AM Valli, c’est surtout l’occasion de dresser un portrait – qui n’est plus tout à fait le premier – qui représente certainement le ressenti de beaucoup de catholiques, déçus par certains gestes ambigus – et même certains signaux clairement négatifs – du nouveau pape, et impatients de le voir enfin s’affirmer par des actes. Peut-être la première biographie signée Elise Allen (cf. Léon XIV: interview-fleuve (à « Crux ») pour une première biographie), à sortir ces jours-ci en espagnol puis ultérieurement dans les autres langues, nous permettra-t-elle d’y voir plus clair, dissipant nos soupçons, ou au contraire les confirmant.
(…) avec Léon XIV, nous sommes et restons dans la lignée de Vatican II. Il est inutile d’espérer qu’il remonte le temps.
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Si l’on voulait le classer, on pourrait le définir comme un moderniste modéré. Nous verrons, au cas par cas, si c’est le substantif ou l’adjectif qui prévaudra.
Bon anniversaire, pape Léon
Aujourd’hui, Francis Robert Prevost, le pape Léon XIV, fête ses soixante-dix ans et nous lui adressons nos vœux les plus sincères.
(…) J’éprouve pour lui une sympathie instinctive. J’aime son ton un peu effacé, son sourire d’homme réservé et peut-être même timide. J’aime le fait qu’il ne se présente pas comme un « one man show ». On dit qu’il aime travailler en équipe et qu’il sait écouter. Je pense que, combinées à l’humilité, ce sont là les qualités d’un véritable leader.
(…)
Une personne qui le connaît bien m’a dit que son aspect humble et modeste cache un véritable manager, concret et déterminé. J’espère pour lui que c’est le cas (…)
Apparemment, Francis Robert Prevost est un centriste typique : il n’aime pas les extrémismes et, s’il le peut, il cherche les marges de manœuvre utiles au compromis. Cela peut aussi être une qualité, mais cela peut aussi être une limite, car le compromis peut être mortifère.
Certains amis me disent : « Ne te fais pas d’illusions, Prevost n’est qu’un Bergoglio au visage humain. La ligne reste la même : synodalité, œcuménisme, écologisme ».
Je pense que le risque existe. D’autre part, Prevost a longtemps collaboré avec Bergoglio dans le gouvernement de l’Église, occupant le rôle délicat de sélectionneur des évêques, et il est certain qu’on ne peut pas accomplir une telle tâche sans être en phase avec le chef. J’ajoute toutefois que je ne vois pas dans la synodalité, dans l’amitié avec les autres confessions et dans l’attention portée à l’environnement un mal en soi. Ils deviennent un mal lorsqu’ils se transforment en synodalité, œcuménisme, écologisme et en beaucoup d’autres « ismes » chers aux modernistes, c’est-à-dire en bannières idéologiques qui font de l’ombre à la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ et se substituent à la doctrine droite.
En quatre mois de pontificat, Léon XIV a indiqué certaines lignes directrices, mais il ne s’est pas encore pleinement révélé.
Beaucoup disent : il est encore trop tôt. Mais un doute commence à surgir : se pourrait-il que la « politique » de Léon consiste précisément à naviguer dans les eaux tumultueuses de l’Église et du monde sans prendre de positions claires ?
Ses confrères augustins disent qu’il est exactement comme cela: il pose des questions, il écoute, il ne décide jamais seul. Mais les qualités qui font un bon supérieur des augustins valent-elles aussi pour un pape ?
Nous savons qu’en 1985, Prevost est parti au Pérou comme missionnaire et que ses qualités de dirigeant se sont immédiatement révélées. Il s’est montré si compétent et efficace que ses fonctions se sont multipliées : il est également devenu enseignant, curé, directeur de la formation sacerdotale, préfet des études au séminaire, vicaire judiciaire dans le diocèse.
De retour à Chicago en tant que prieur des Augustins de la province, il a été confronté à la question explosive des scandales sexuels dans le clergé. En 2001, il est devenu prieur général, basé à Rome, puis en 2014, il est retourné au Pérou, où François l’a nommé évêque, et enfin, en 2023, il a été nommé préfet du Dicastère pour les évêques.
L’unique fil conducteur qui relie toutes ces expériences est la fiabilité. Ce qui exige certainement aussi des talents diplomatiques. Il est donc établi que Prevost est un homme d’équilibre. Cependant, même la diplomatie, comme le compromis, peuvent être fatals.
On dit que, se trouvant dans un épiscopat très polarisé comme celui du Pérou (théologie de la libération d’un côté, Opus Dei de l’autre), Prevost a mis à profit son sens de l’équilibre pour préserver l’unité. Et c’est précisément cette qualité qui a fait converger vers lui, bien avant le début du conclave, les suffrages des cardinaux électeurs aux prises avec une Église divisée.
Rappelant que le pape est avant tout le vicaire du Christ, appelé à confirmer ses frères dans la foi, chaque pape doit se montrer tel sous trois aspects principaux : il doit être missionnaire, homme de gouvernement et homme d’État. Prevost a été missionnaire et sait ce que cela signifie. De même, il a gouverné (l’Église locale au Pérou, les Augustins, un dicastère du Vatican) et a certainement démontré qu’il savait aussi s’y prendre avec l’administration. Il est plus difficile de savoir s’il possède les qualités d’un homme d’État appelé à affronter les dirigeants du monde.
Quelqu’un me demande : et le charisme ? Je ne sais pas quoi répondre. Si par charisme on entend le rôle de premier plan joué par Wojtyła, Prevost n’en a certainement pas. Mais il existe aussi un charisme de l’understatement
En ce qui concerne la question qui tient à cœur à beaucoup d’amis traditionalistes, à savoir la célébration de la messe ancienne, il est probable que Léon cherchera, là encore, un compromis, afin d’éviter des fractures encore plus profondes que celles qui existent déjà. Réussira-t-il cette entreprise ? Le risque de mécontenter tout le monde est évident.
J’ai déjà écrit ailleurs qu’avec Léon XIV, nous sommes et restons dans la lignée de Vatican II. Il est inutile d’espérer qu’il remonte le temps. Si l’on voulait le classer, on pourrait le définir comme un moderniste modéré. Nous verrons si, au cas par cas, c’est le nom ou l’adjectif qui prévaudra.
Ces derniers jours, on a vu émerger le risque qu’il cultive l’ambiguïté. Il n’a pas reçu les participants au jubilé LGBTQ, mais il les a fait entrer dans la basilique avec une croix arc-en-ciel. Il ne leur a adressé aucun message, mais il a accueilli le jésuite Martin avec un sourire, lui permettant ensuite de raconter que Léon est sur la même ligne que Bergoglio.
En définitive, je renouvelle mes vœux, du fond du cœur, accompagnés d’une prière sincère. Et d’une demande tout aussi sincère : pape Léon, si tu le peux, ne sois pas indécis. L’équilibre, c’est bien, mais j’aimerais que tu m’aides à mourir catholique, pas démocrate-chrétien.

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