Il y a tout juste une semaine, nous évoquions l’intervention (aussi musclée que sa personne est frêle, mais sa foi indomptable décuple ses forces) du prélat chinois dans les 3 minutes qui lui avaient été imparties pour s’exprimer au cours du Consistoire (cf. Déclaration fracassante du cardinal Zen au consistoire).
De retour à Hong-Kong, il récidive, en publiant sur son compte X un récit tout aussi explosif, critiquant ouvertement l’organisation et les manipulations des responsables (« les fantassins de François », dit-il), mais saluant le pape Léon XIV, en qui il voit « un vrai leader, qui sait écouter ».
Le site espagnol InfoVaticana en donne une synthèse.
On trouvera en annexe la traduction en français par Deepl du récit (non dénuée d’humour, et même assez espiègle, par endroits) du cardinal, en chinois – l’IA fonctionne très bien.
Il ne dramatise pas, mais l’impression générale est qu’il est assez isolé au sein du collège cardinalice
Je suis enclin à croire à une « théorie du complot », soupçonnant que cette réunion a été détournée par les « fantassins » du pape François. Ils ont tout mis en œuvre pour empêcher les cardinaux d’exprimer leurs opinions
Récit du Cardinal Zen
Le cardinal Zen exprime sa gratitude envers Léon XIV et critique ouvertement le « modèle synodal ».

INFOVATICANA
20 janvier 2026
Le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong, a publié un récit détaillé de son récent séjour à Rome à l’occasion du consistoire des 7 et 8 janvier.
Zen remercie le pape Léon XIV – avec lequel il affirme avoir eu une audience privée d’une demi-heure – pour sa proximité mais dénonce en même temps avec virulence le déroulement du consistoire, qu’il décrit comme une réunion « tronquée », « contrôlée » et dont le format, selon lui, reproduit les vices du processus synodal.
Le cardinal affirme qu’il s’est rendu à Rome après avoir récupéré son passeport sans avoir besoin de garantie ni de caution et qu’il a célébré la messe le 6 janvier (Épiphanie) dans son église titulaire, puis le 7 janvier dans la basilique Saint-Pierre, « demandant au Seigneur de bénir le consistoire qui commençait cette après-midi-là ».
Audience avec Léon XIV : « J’ai beaucoup parlé et il a beaucoup écouté »
Zen raconte que le matin du 7 janvier, il a été reçu en audience privée par le pape. Il résume cette rencontre par une phrase significative :
« J’ai beaucoup parlé ; il a beaucoup écouté. C’est vraiment un leader qui sait écouter ».
Cette impression positive contraste toutefois avec son jugement sur le fonctionnement du consistoire, qu’il juge frustrant et conçu pour limiter le débat réel entre les cardinaux.
Quatre thèmes prévus, deux choisis « faute de temps »
Le consistoire, dit Zen, avait initialement prévu quatre sujets : Evangelii gaudium, la « synodalité », la réorganisation de la Curie (Praedicate Evangelium) et la question de la messe tridentine et de la messe postérieure à Vatican II.
Cependant, par « manque de temps », il a été demandé aux cardinaux de ne choisir que deux thèmes à discuter, et finalement les deux premiers ont été sélectionnés. Zen ne cache pas son mécontentement et commente, avec ironie, qu’à son avis, une après-midi entière a été « perdue » avec cette sélection.
« Une copie du Synode » : tables rondes, peu de plénières et trois minutes par intervention
Il explique que la réunion de deux jours a en fait été réduite à une seule journée et que le style de travail était pratiquement une réplique des récentes dynamiques synodales : « assis autour de tables rondes », avec très peu de temps pour les discussions plénières. Il affirme qu’il n’y a eu que deux séances plénières de 45 minutes et que lors de chacune d’elles, seules quinze personnes ont pu s’exprimer. De plus, le temps alloué par intervention devait être de trois minutes, ce qui l’a empêché de lire son texte dans son intégralité.
Dans son récit, Zen décrit l’impression d’une réunion « orchestrée » de l’extérieur : avant le début, il y a eu une homélie du prédicateur lié au Synode [Radcliffe], des documents ont été distribués par le préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, le secrétaire général du Synode est intervenu et, bien que le thème liturgique ne devait pas être abordé, un document a également été envoyé par le Dicastère pour le culte divin. Sa conclusion est sans équivoque : il semblait que certains voulaient transformer le consistoire en une prolongation du « synode sur la synodalité ».
« Je suis enclin à croire à la théorie du complot » : « il a été détourné» par les « fantassins » de François.
Il reconnaît avoir tendance à adhérer à la « théorie du complot » et affirme que le consistoire a été « détourné » par ceux qu’il appelle les « fantassins » du pape François. Il le formule ainsi, en termes explicites :
« Je penche pour la « théorie du complot » et je pense que cette réunion a été détournée par les « fantassins » de François. Ils ont fait tout leur possible pour empêcher les cardinaux de s’exprimer ».
Le cardinal souligne que ce contrôle du débat contredit l’objectif même d’un consistoire : que le pape écoute attentivement ses frères cardinaux. Il ajoute que plusieurs cardinaux lui ont fait remarquer par la suite que l’organisation avait été problématique, même s’ils ne partageaient pas son interprétation. Certains ont attribué ce désordre à la charge de travail liée à la clôture du Jubilé et au fait que Léon XIV n’avait pas pu diriger personnellement les préparatifs.
« Le seul fauteur de trouble » : une critique « très acerbe » du Synode
Zen explique qu’il avait préparé un texte sur le thème d’Evangelii gaudium, mais qu’en raison du temps limité, il n’a pu exposer que quelques points. Il a ensuite remis le texte complet à plusieurs cardinaux et affirme qu’il est « très rapidement » tombé entre les mains des journalistes. Il raconte que le pape a encouragé les participants à s’exprimer franchement et qu’il en a profité pour critiquer « assez vivement » le synode et les mesures prises par la suite concernant une prétendue « phase d’application ».
Il reconnaît que d’autres cardinaux partagent ces réserves, mais qu’ils se sont exprimés peu ou avec une extrême prudence. Il conclut par une image personnelle : « J’ai eu la malchance d’être le seul fauteur de trouble ». Il dit également avoir perçu des réactions de désapprobation, mais que de nombreux fidèles et catholiques de sensibilité traditionnelle lui ont exprimé leur soutien.
Bilan : gratitude et espoir pour une « avancée » de Léon XIV
Malgré sa dénonciation, Zen affirme que son impression générale est celle de la gratitude. Il considère comme un « progrès » le fait que Léon XIV ait convoqué un consistoire et souligne que le pape en a immédiatement annoncé un autre pour la fin juin, ainsi que son intention d’organiser des réunions annuelles plus longues, avec des procédures améliorées. Zen exprime son espoir que l’organisation permette au pontife d’écouter « attentivement » les opinions fidèles de ses frères cardinaux.
Enfin, Zen conclut : « Que le Seigneur bénisse le pape Léon XIV ».
Annexe (la traduction du récit du cardinal Zen)
我回來了
— Joseph Zen (@CardJosephZen) January 20, 2026
各位兄弟姊妹:
我從羅馬返港已一個星期,你們一定很奇怪我還沒有在網上和你們談談我怎麼過了這兩個星期。你們等得辛苦了,罪過、罪過。
羅馬之行的一個星期實在太精彩了。…
Je suis de retour.
Chers frères et sœurs, Cela fait une semaine que je suis rentré à Hong Kong après mon séjour à Rome, et vous vous demandez sans doute pourquoi je n’ai pas partagé en ligne comment j’ai passé ces deux dernières semaines. Je m’excuse de vous avoir fait attendre.
Cette semaine à Rome a été vraiment splendide. Comme je m’étais bien comporté lors de mes deux précédentes absences de Hong Kong, cette fois-ci, le poste de police m’a délivré mon passeport sans exiger de garant ni de caution – quel soulagement, quel soulagement.
Je suis parti tranquillement le soir du 4 et je suis arrivé sans encombre à Rome le 5 à midi. Là-bas, naturellement, le père Zhang Xinrui s’est occupé de moi, et j’ai séjourné à l’université salésienne, où l’hospitalité du recteur a été irréprochable.
Le matin de l’Épiphanie, le 6, j’ai célébré la messe dans mon église titulaire, la basilique Santa Maria della Salvezza, ce qui m’a donné l’impression d’être un curé de paroisse au sein du diocèse.
Le matin du 7, j’ai célébré la messe dans la basilique Saint-Pierre, en priant pour la bénédiction du conclave qui commençait cet après-midi là.
Ce matin du 7, le Saint-Père m’a accordé une audience privée. Il a conversé avec moi très cordialement pendant une demi-heure. J’ai longuement parlé, tandis qu’il écoutait attentivement – un véritable leader doué dans l’art d’écouter !
Le consistoire a commencé l’après-midi du 7. Quatre thèmes étaient à l’ordre du jour :
(I) La joie de l’Évangile (première exhortation du pape François)
(II) La « synodalité »
(III) La réorganisation de la Curie romaine (voir « Predicate Evangelium »)
(IV) La messe tridentine et la messe post-Vatican II
En raison de contraintes de temps, on nous a demandé de discuter et de voter pour ne retenir que deux thèmes de discussion. Les thèmes choisis ont été (I) et (II). [À mon avis, tout un après-midi a été gaspillé].
Matin du 8:
messe concélébrée avec le pape
Sujet de discussion (I)
Déjeuner avec le pape
Après-midi :
sujet de discussion (II)
Ce qui devait être un rassemblement de deux jours a été compressé en une seule journée.
Plus grave encore : le format de la réunion ressemblait à une réplique du récent « Synode des évêques » : tout le monde s’est réuni autour d’une table ronde pour discuter, avec très peu de temps pour la discussion plénière. Il ne restait que deux sessions de 45 minutes, chacune permettant à quinze personnes de s’exprimer.
De plus, avant la réunion, le prédicateur de ce « Synode des évêques » a prononcé un discours devant les cardinaux ; le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a distribué des documents ; le secrétaire général du Synode a également pris la parole ; et même si le sujet (IV) n’était pas à l’ordre du jour cette fois-ci, le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a distribué un document.
Il semble que certains considèrent cette réunion des cardinaux comme la continuation du Synode sur la synodalité.
Je suis enclin à croire à une « théorie du complot », soupçonnant que cette réunion a été détournée par les « fantassins » du pape François. Ils ont tout mis en œuvre pour empêcher les cardinaux d’exprimer leurs opinions. N’est-ce pas là le contraire de l’objectif du pape Léon en convoquant le consistoire ?
Après la réunion, de nombreux cardinaux ont également exprimé leurs préoccupations concernant l’organisation, même s’ils ne partageaient pas ma tendance à croire aux théories du complot. Certains ont suggéré que, peut-être en raison des nombreux événements marquant la fin de l’année jubilaire, le pape Léon n’avait pas été en mesure de superviser personnellement l’organisation de la conférence.
J’avais préparé un document pour contribuer à la discussion sur le thème (I), mais comme le temps de parole était limité à trois minutes, je n’ai pas pu lire l’intégralité du texte et n’ai abordé que les points principaux.
Cependant, j’ai ensuite fourni le texte complet à plusieurs cardinaux, et il est rapidement tombé entre les mains des journalistes.
Le pape a encouragé une discussion franche, et j’ai utilisé un langage assez direct pour critiquer le « Synode des évêques » et les mesures qu’il avait laissées en suspens concernant la « phase pratique ». Je sais que de nombreux cardinaux avaient exprimé des opinions similaires il y a quelque temps, mais pendant la réunion, ils ont peu parlé et se sont montrés très « polis » ; j’étais malheureusement le seul « fauteur de troubles ».
Après mon discours, certains ont semblé me snober, mais tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la réunion, de nombreux frères et sœurs « traditionalistes » m’ont exprimé leur gratitude.
Je n’ai pas observé la réaction du pape, mais je sais et je crois fermement qu’il est un leader qui sait écouter.
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Quelle est donc mon impression générale sur cette réunion ?
Une profonde gratitude. La convocation d’une réunion des cardinaux par le pape est une « avancée » très bienvenue. Il a immédiatement annoncé une autre réunion pour la fin juin, suivie de rassemblements annuels plus longs. Les modalités procédurales seront certainement affinées, ce qui permettra au pape d’écouter attentivement les conseils sincères de ses frères.
Que le Seigneur bénisse le pape Léon.

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