Cinéma: le Mage du Kremlin – la fin gâche (presque) tout

23 Jan 2026 | Actualités

Dommage!
J’avais lu, au moment de sa sorte en 2022, le roman de Giuliano da Empoli « Le Mage du Kremlin ». J’avais apprécié la subtilité, pas si escomptée déjà à l’époque (c’était avant la guerre en Ukraine), du propos, l’auteur ayant fait le choix, sans totalement occulter des zones d’ombre, de dresser un portait nuancé du « Tsar » (c’est ainsi qu’il l’appelle tout au long du récit), certes dominateur, mais rationnel, et authentiquement préoccupé par la grandeur de la Russie – un leader charismatique et fascinant, bref, un esprit supérieur.

Je suis donc allé voir le très long film (2h25) éponyme qu’en a tiré le réalisateur français Olivier Assayas. La distribution (excellents Jude Law, et surtout Paul Dano, américain plus russe que nature!!) et le financement sont internationaux, ce qui explique que la v.o. du film est en anglais (ce qui ne m’a pas forcément gênée).

Disons tout de suite que, sans entrer dans le détail des différences entre le film et le roman, je ne me suis pas ennuyée un seul instant, ce qui est assez rare pour être souligné, dans le morne paysage du cinéma français.

Avec des différences narratives dues à la différence des media, le film, tout étant plus manichéen, ne trahit pas trop l’oeuvre littéraire. Du moins jusqu’à la scène finale.

Et là, patatras.

Alors que le roman s’achevait sur la vision mélancolique d’un « Mage » qui ayant démissionné de son rôle de conseiller du Tsar, vit reclus dans une datcha des environs de Moscou avec sa fille, une enfant d’une dizaine d’années, le film….

se termine par son exécution sommaire, nuitamment d’une balle dans la nuque, par un sicaire masqué.

Cela change évidemment le « message » du tout au tout.

D’un homme, Poutine, certes motivé par la soif du pouvoir mais aussi habité par la passion pour la grandeur de sa patrie, on passe à un simple tueur. Et je ne suis pas sûre que l’argument de la « licence artistique » soit recevable ici.

A noter, le personnage (réel) dont s’inspire le Mage, un nommé Vladislav Sourkov, est lui aussi toujours en vie, bien qu’écarté du premier cercle de Vladimir Poutine

La conclusion du film est donc une manipulation destinée à noircir Poutine. Une ficelle très grosse… et très regrettable:

Pour discréditer le maître du Kremlin, est-il vraiment nécessaire d’avoir recours à un MENSONGE, alors que pour le grand public, peu informé, la frontière entre la réalité et la fiction est forcément très mince et que donc, pour lui, la fiction risque de se substituer à la réalité?

Mais au risque de me répéter: malgré cette réserve (de taille!), c’est un film à voir.

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