Lors de la session plénière mensuelle du DDF dont il est le préfet, le cardinal Fernandez a pris un ton grandiloquent et sentencieux, citant (pour faire « sérieux ») les grands théologiens de l’Eglise, et s’appuyant sur une phrase de Léon XIV, troublante… dans la bouche d’un pape (« Personne ne détient toute la vérité », cf. benoit-et-moi.fr.) pour dénoncer les « psychoblogs qui prolifèrent sur le web » et prétendent s’exprimer ex cathedra.
Jusqu’à faire une comparaison pour le moins hasardeuse entre l’Inquisition (lui, préfet de l’ex-Saint-Office, dont l’origine historique est, rappelons-le, la «Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle»), et la Shoah!!
Heureusement pour lui, peu de gens le lisent.
Il n’en a pas moins suscité le mécontentement de « psychoblogs » insignes (AM Valli, Chris Jackson), et de l’espagnol Infovaticana, qui tient à rappeler quelques vérités sur l’Inquisition.
En lisant cela, on se demande si sa situation au Vatican ne tient vraiment qu’à un fil (comme certains le disent, ou l’espèrent) ou s’il est un préfet selon le coeur de Léon XIV et s’il est là pour durer. On peut franchement se poser la question.
Le discours du préfet est disponible en anglais, espagnol et italien sur le site du Vatican: www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/fernandez.
On peut se contenter du résumé factuel (càd exempt de toute polémique ou critique) qu’en fait le désormais très sage Silere non possum.
Le cardinal Fernández :
« Dans tous les blogs, on condamne comme si on parlait ex cathedra«
« Il faut retrouver le réalisme sain des grands mystiques »
Ce matin [27 janvier], le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, a ouvert la session plénière par une réflexion d’ordre spirituel et méthodologique, conçue comme une référence concrète à la manière dont l’Église pense, discerne et s’exprime avec autorité.
Le point de départ choisi par le préfet n’était pas un thème technique, mais une attitude intérieure : l’humilité intellectuelle.
Fernández a expliqué avoir ressenti « ces derniers temps, dans la prière » une forte invitation à adopter cette attitude, en rappelant la devise : « Ubi umilitas ibi sapientia ».
D’où la recommandation : entrer dans le travail commun sans présumer « posséder » la réalité, et sans confondre la capacité de penser avec la prétention d’épuiser la totalité de la pensée.
Au cœur du texte, le Préfet a établi une distinction claire : Dieu a donné à l’être humain une faculté de pensée « d’une portée universelle » – « on peut penser le monde, l’histoire, les origines, on peut même penser Dieu » – mais cette ouverture ne rend pas l’esprit capable d’une compréhension totale.
Fernández le formule de manière directe :
« Cette capacité universelle de pensée ne signifie pas que les êtres humains aient une capacité d’ exhaustivité, de perception intégrale de la réalité ».
« il est impossible pour un esprit humain d’être conscient de la réalité dans sa totalité et sous tous ses aspects. Cela n’est possible que pour Dieu ».
De cette prémisse découle un passage qui sous-tend toute la réflexion : l’impossibilité de comprendre « intégralement » même ce qui semble petit et circonscrit, car chaque fragment ne s’éclaircit que dans son ensemble. Fernández insiste : « nous ne pouvons avoir une compréhension intégrale même d’une petite partie de ce monde », car cette partie « ne peut être pleinement comprise qu’à la lumière de la totalité dans laquelle elle s’intègre : tout est lié ».
La conclusion est une constatation :
« nous sommes incapables d’interpréter toutes les significations et les nuances d’une réalité, d’une personne, d’un moment historique, d’une vérité ».
Pour rendre cette idée plus concrète, Fernández fait référence à saint Thomas d’Aquin : la richesse inépuisable de Dieu s’exprime mieux dans la richesse de l’ensemble et dans la variété voulue « par l’intention du premier agent », à tel point que « ce qui manque à chaque chose pour représenter la bonté divine est suppléé par les autres choses ». Et il précise le point décisif : la bonté de Dieu « ne peut être représentée de manière adéquate par une seule créature ».
Dans le même ordre d’idées, il cite également le pape François sur la nécessité de « saisir la diversité des choses dans leurs multiples relations » et de contempler chaque créature « dans l’ensemble du plan de Dieu ».
(…)
Dans ce contexte, il met en garde : les progrès de la science et de la technologie n’élimine pas les limites, mais rend au contraire plus nécessaire de les garder à l’esprit. « Plus la science et la technologie progressent, plus nous devons garder à l’esprit cette conscience de la limite », a déclaré Fernández, prenant ses distances avec la « terrible illusion » de se sentir en sécurité et de justifier par des raisonnements « fallacieux » des choix et des violences.
Dans son intervention, il relie cette dynamique à des exemples historiques et contemporains – « les excès de l’Inquisition, les guerres mondiales, la Shoah, les massacres à Gaza » – pour montrer comment l’argumentation peut devenir un alibi lorsqu’elle perd la vérité. Le préfet ramène ensuite l’attention sur la vie quotidienne :
«La même chose peut arriver dans la vie de chacun d’entre nous … car nous répétons cette tromperie en vivant trop sûrs de ce que nous savons ».
Il donne ensuite quelques indications.
[L’une] concerne la méthode ecclésiale de pensée : réfléchir et analyser « en écoutant les autres », en accueillant des perspectives différentes qui ouvrent à « d’autres aspects » de la réalité. C’est pourquoi, écrit-il, « il est bon de prêter attention aux périphéries d’où l’on voit les choses différemment ».
Dans ce contexte, il a cité le pape Léon [ndt: cf. Inquiétant: personne ne détient toute la vérité, dit le Pape] :
« Personne ne détient toute la vérité, nous devons tous la rechercher humblement, et la rechercher ensemble »
ainsi que la proposition d’« une Église qui ne se referme pas sur elle-même, mais reste à l’écoute de Dieu pour pouvoir également écouter tout le monde ».
Fernández applique ensuite ce critère de manière spécifique aux vérités de la foi. Il observe qu’aujourd’hui, un théologien a souvent des compétences « limitées à une discipline » ou à un « sujet isolé », alors que les mystères sont entrelacés dans une « précieuse hiérarchie », éclairée surtout par les vérités centrales « qui constituent le cœur de l’ Évangile ».
Et c’est précisément là qu’il place un passage délicat sur le rôle d’un organisme tel que le Dicastère :
dans un lieu où l’on peut donner des réponses avec autorité, rédiger des textes faisant partie du magistère ordinaire et même corriger et condamner , le risque de perdre l’ampleur des perspectives augmente.
À ces considérations, le cardinal ajoute un élément de contexte lié à la dérive des psychoblogs qui prolifèrent sur le web : Fernández explique qu’aujourd’hui, beaucoup « condamnent » avec la même désinvolture que ceux qui prétendent parler « ex cathedra ».
C’est précisément pour cette raison qu’il devient urgent de retrouver « ce sain réalisme proposé par les grands sages et mystiques de l’Église ».
La conclusion de sa réflexion, confiée à saint Bonaventure, résume tout en une image : les grandes questions ne doivent pas être posées « à la lumière », mais « au feu qui enflamme et transporte tout », et ce feu « est Dieu ».
(…)
Comment, armé d’« humilité », Fernández passe à l’attaque des blogs retranchés dans la défense de la Vérité.
par Chris Jackson
Le 27 janvier 2026, le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, a ouvert la session plénière de l’organisme par une « invitation à l’humilité intellectuelle » intitulée « Ne cherchez pas la lumière, mais le feu ». Une main de fer dans un gant de velours.
Le cardinal est parti d’une évidence : l’esprit humain est limité. Il l’a ensuite condensée en une thèse : puisque nous ne pouvons pas saisir le tout, nous ne pouvons pas non plus interpréter pleinement « une petite part ». Enfin, il a transformé cette affirmation en une obligation spirituelle : écouter, accueillir les perspectives, prêter attention aux « périphéries ».
La phrase qui résume tout cela et devient la marque du régime synodal est celle de Léon XIV : « Personne ne détient toute la vérité ; nous devons tous la rechercher humblement et la rechercher ensemble ».
Cette phrase est plus explosive que cent articles hétérodoxes publiés sur un blog. Une Église qui s’exprime ainsi au sein du sanctuaire forme ses responsables à traiter la doctrine comme un simple projet de groupe. Le Dicastère pour la doctrine de la foi, historiquement un tribunal appelé à clarifier les choses, devient un département chargé de faciliter le dialogue. La condamnation devient un vice. La correction devient une pathologie. La certitude devient de « l’orgueil ».
L’Église primitive savait faire la distinction entre le mystère de Dieu et la connaissance de ce que Dieu a révélé. La foi n’exige pas l’omniscience. La foi exige l’adhésion. La foi exige des limites. Un théologien peut être humble face au Dieu infini et en même temps féroce face à l’erreur.
Fernández fait le contraire. Il donne au mot humilité une nouvelle fonction : une suspension courtoise du jugement, une réticence cultivée à dire « ceci est faux ». Il met ensuite en garde contre les personnes qui « condamnent » comme si elles « parlaient ex cathedra », et conclut par l’image de Bonaventure et une invitation au silence.
Se plaignant des blogs critiques, sans doute comme celui que vous êtes en train de lire, Fernández les utilise comme un ennemi à pointer du doigt pour justifier le contrôle politique du nouveau régime. Il affirme que « sur n’importe quel blog, n’importe qui, même sans avoir beaucoup étudié la théologie, peut exprimer son opinion et condamner les autres comme s’il parlait ex cathedra ». Cette phrase remplit trois fonctions à la fois.
1) Elle reformule le jugement comme un scandale
Remarquez ce qu’il vise. Pas l’erreur, l’hérésie ou la confusion. Pas le déluge de théologie morale moderniste qui dévore les âmes. Son objectif est la condamnation. Il veut que les fidèles associent la définition des limites doctrinales à l’orgueil, à la témérité, à l’amateurisme, au fait de « se prendre pour le pape ». L’ancien instinct catholique qui consiste à reconnaître l’erreur, à la nommer et à l’éviter est discrédité comme un vice. Et une fois que la « condamnation » devient le problème, Rome n’a plus jamais à répondre sur le fond de ce qui est condamné.
2) Crée une caste cléricale
« Même sans avoir beaucoup étudié la théologie » est une phrase révélatrice. L’Église postconciliaire aime « le peuple de Dieu » jusqu’à ce que celui-ci commence à lui citer des catéchismes et des conciles. Alors, le vocabulaire change : « experts », « discernement », « compétence », « complexité », « nuances ». L’implication est la suivante : les catholiques ordinaires peuvent écouter, entendre et accompagner, mais ils ne peuvent pas juger. Or, ce n’est pas là la tradition catholique. Les Pères n’ont pas édifié l’Église en disant aux laïcs de ne pas prêter attention à l’arianisme tant qu’un comité accrédité n’aurait pas émis une déclaration de consensus.
3) Il fait pression sur la dissidence sans la nommer.
C’est la partie qui nous touche. Cela crée une stigmatisation : si vous parlez clairement, si vous appelez le modernisme « modernisme », si vous appelez la rupture doctrinale « rupture doctrinale », vous « condamnez ex cathedra ». Vous êtes le problème qui doit être traité avec « humilité intellectuelle ». C’est une muselière douce. Aucun décret de censure n’est nécessaire, et l’objectif est clair : mettre les critiques en quarantaine. Les rendre socialement radioactives. Faire passer les « conclusions fortes » pour peu sérieuses, infondées, spirituellement imparfaites.
Et ce n’est pas un hasard si ce message a été adressé au Dicastère pour la doctrine de la foi, à des hommes qui autrefois n’existaient que pour tracer des lignes de démarcation. Le message adressé aux évêques et à l’appareil est le suivant : l’ère du contrôle de la doctrine est révolue ; désormais, nous contrôlons les personnes qui parlent encore comme si la doctrine comptait.
Fernández nous dit indirectement ce que Rome souhaite que devienne l’Internet catholique :
- moins doctrinal
- plus thérapeutique
- moins catégorique
- plus « dialogique »
- moins enclin à dire « c’est faux »
- plus axé sur l’accompagnement
Mais cela nous dit aussi ce qui les effraie : non pas les blogueurs qui s’émouvent, mais ceux qui nomment, citent, relient et se souviennent. Car la mémoire est mortelle pour un régime qui vit de « procès ».
Ainsi, lorsque Fernández s’en prend aux blogs, écoutez le message sous-jacent : Rome cherche à délégitimer les derniers lieux où les catholiques parlent encore comme si la vérité était connaissable et l’erreur nommable, et où les pasteurs pouvaient être jugés à leurs fruits.
Une fois que l’on comprend cela, ses lamentations cessent d’être une insulte et deviennent une preuve.
Tucho compare l’Inquisition à l’Holocauste

INFOVATICANA
29 janvier 2026
Le mardi 27 janvier, lors de la session plénière du Dicastère pour la doctrine de la foi qui s’est tenue au Vatican, le controversé cardinal argentin Víctor Manuel Fernández a prononcé un discours dans lequel il a réfléchi à la nécessité d’une « humilité intellectuelle, spirituelle et théologique » dans l’exercice de la raison. La conférence s’est déroulée au siège historique de l’ancien Saint-Office, institution dont le dicastère actuel est l’héritier juridique direct.
Dans ce contexte, le préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi a cité différents épisodes historiques qui, selon lui, illustrent comment l’absolutisation de la raison ou de certains critères moraux peut conduire à de graves abus. Parmi les exemples cités figuraient l’Inquisition, les guerres mondiales et l’Holocauste.
Que a dit exactement le cardinal Fernández ?
Au cours de son intervention, Fernández a soutenu que, tout au long de l’histoire, des atrocités ont été commises lorsque l’être humain a cru détenir la vérité absolue, sans reconnaître de limites ni faire preuve de l’humilité nécessaire. Pour illustrer cette idée, il a intégré dans une même réflexion morale différents épisodes historiques extrêmes, parmi lesquels l’Inquisition et l’Holocauste.
Le cardinal n’a pas affirmé littéralement que ces deux phénomènes étaient identiques ou moralement équivalents. Cependant, en les plaçant dans la même catégorie explicative et en leur attribuant une cause commune, il a établi une analogie qui a suscité un débat en raison de sa portée historique et institutionnelle.
D’où ces mots sont-ils prononcés ?
L’importance de ces déclarations ne réside pas uniquement dans leur contenu, mais aussi dans la position à partir de laquelle elles sont formulées. Fernández ne s’exprimait pas en tant qu’historien externe ni en tant qu’analyste indépendant, mais en tant que préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, organisme qui, d’un point de vue juridique et institutionnel, est le successeur direct de l’ancien Saint-Office, connu historiquement sous le nom d’Inquisition romaine.
Le fait que ces réflexions aient été formulées précisément depuis le siège de l’ancien Saint-Office confère à l’analogie une signification symbolique particulière, puisqu’il s’agit de l’institution historiquement identifiée à la défense de l’orthodoxie doctrinale dans l’Église catholique.
Une comparaison infamante
D’un point de vue discursif, l’assimilation ne nécessite pas d’affirmer expressément que deux réalités sont identiques. Il suffit de les inclure dans une même catégorie morale et de les expliquer comme la conséquence d’une cause commune. En présentant l’Inquisition et l’Holocauste comme des exemples des excès découlant d’une vérité imposée sans limites, Tucho établit une homologation conceptuelle qui les place sur un même plan explicatif.
Ce type de raisonnement est fréquent dans les discours moraux contemporains, mais il s’avère particulièrement problématique lorsqu’il s’applique à des phénomènes historiques radicalement différents et, surtout, lorsqu’il est formulé par une autorité institutionnelle directement liée à l’un d’entre eux.
D’un point de vue historique et juridique, la comparaison pose de sérieuses difficultés. Le Saint-Office était un tribunal ecclésiastique intégré dans l’ordre juridique de son époque, avec des procédures écrites, des accusations typifiées, la possibilité de se défendre et un objectif essentiellement doctrinal et correctionnel.
L’Holocauste, en revanche, était un projet étatique moderne, idéologique et racial, visant à l’élimination physique systématique de millions de personnes pour la simple raison qu’elles existaient. Il n’y a eu ni procès, ni défense, ni correction possible, mais un extermination planifiée. La différence entre ces deux phénomènes n’est pas une question de degré, mais de nature.
Le contexte de la légende noire
L’assimilation entre l’Inquisition et les totalitarismes du XXe siècle constitue l’un des axes classiques de la légende noire. Ce récit transpose des catégories morales contemporaines à des institutions d’autres siècles afin de les présenter comme les antécédents directs du génocide moderne.
L’historiographie spécialisée a montré que le Saint-Office a agi dans de nombreux contextes comme une instance de contention face à des violences civiles incontrôlées et que les peines les plus graves étaient exceptionnelles et exécutées par le pouvoir séculier. Reconnaître les abus historiques n’exige pas d’accepter des analogies qui déforment la nature des institutions.
Une question institutionnelle
Au-delà de l’intention subjective du cardinal Fernández, ses propos soulèvent une question fondamentale. Lorsque le responsable du dicastère héritier du Saint-Office adopte, même implicitement, un cadre conceptuel qui rapproche cette institution des tragédies propres au totalitarisme moderne, l’effet n’est pas seulement rhétorique, mais institutionnel.

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