Le titre est volontairement un peu provocateur, mais il ne fait que reprendre celui d’un article d’Infovaticana. Le portail espagnol nous apprend en effet que l’Eglise fait appel à des sponsors privés pour financer la visite de Léon XIV en Espagne, du 6 au 12 juin prochain. Laquelle, au nom d’un laïcisme pointilleux qui ne s’applique qu’aux catholiques, ne doit pas coûter un centime au contribuable espagnol (on connaît la musique). L’Eglise, confrontée à un dilemme financier dont elle n’est pas responsable a donc décidé de faire appel aux dons des fidèles.
Jusque là, rien de critiquable, et cela s’est probablement passé ainsi dans un passé récent.
Mais là où cela devient scandaleux, c’est qu’elle annonce candidement, comme si elle s’en vantait, que les très gros donateurs, ceux qui ont déboursé au moins un demi-million d’euros, auront droit à une récompense sous la forme d’une rencontre personnelle avec le Souverain Pontife. Permettant ainsi à des criminels de toutes sortes, violeurs en série, mafieux, politiciens corrompus et autres malfaisants qui croient plus au diable qu’en Dieu, d’exhiber comme un trophée et/ou un certificat d’honorabilité, leur photo aux côtés du pape du moment (il y a évidemment le précédent Epstein)
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Heureusement, le Seigneur l’a dit: les premiers seront les derniers (Matthieu 20:16).
Le prix officiel d’une rencontre avec Léon XIV est désormais fixé à 500 000 euros
Infovaticana
20 mars 2026
ABC [quotidien espagnol réputé conservateur, un peu Le Figaro, ndt], qui n’a pourtant pas pour habitude de se poser en critique féroce du Vatican, publie aujourd’hui sans vergogne une information qui, si elle est vraie — et il n’y a aucune raison d’en douter, puisque l’Église elle-même semble avoir décidé de la rendre publique —, dépeint sans détours la situation : on recherche des sponsors privés pour financer la visite du pape, avec un montant minimum d’un demi-million d’euros et une récompense explicite sous la forme d’une rencontre personnelle avec le Souverain Pontife [www.abc.es/sociedad/iglesia-busca-patronos-privados-cubrir-gastos-visita…].
Il ne s’agit pas d’une fuite hostile. Il ne s’agit pas d’une campagne anticléricale. Il s’agit, selon toute apparence, d’une offre lancée avec naturel, presque avec fierté, comme quelqu’un qui présenterait un programme de mécénat culturel ou une loge VIP lors d’une finale de la Ligue des champions. L’Église, qui a prêché pendant des siècles la gratuité de la grâce et l’égalité radicale des âmes devant Dieu, semble désormais organiser l’accès au Successeur de Pierre selon des critères propres à un service marketing.
Le problème n’est pas seulement d’ordre esthétique, même si c’est déjà le cas. Il est théologique, ecclésial et profondément scandaleux. Car il ne s’agit pas ici d’un don discret, ni du soutien discret de bienfaiteurs, ce qui a toujours existé. Il s’agit de l’institutionnalisation d’un système dans lequel la proximité avec le pape — symbole visible de l’unité de l’Église — est, de facto, conditionnée par les moyens financiers.
Un demi-million d’euros comme seuil d’accès. Ce chiffre n’est pas anodin : c’est un filtre. Il définit qui peut y accéder et qui ne le peut pas. Et il transforme ce qui devrait être un signe de communion en un privilège réservé à une élite économique. Pendant ce temps, le fidèle de base — celui qui remplit les paroisses, soutient les modestes collectes et transmet la foi en silence — observe comment se consolide une Église dans laquelle certains entrent par la grande porte et d’autres, tout simplement, n’entrent pas.
Le scénario qui se profile est prévisible. Nous verrons des photos soigneusement cadrées du pape souriant, serrant des mains, bénissant de sa présence des entrepreneurs et des millionnaires de la pire espèce, dont beaucoup n’ont pas le moindre lien réel avec la vie de l’Église, mais ont largement les moyens de signer un chèque. Et ces images circuleront comme une preuve de proximité, alors qu’elles ne sont en réalité que la mise en scène d’une distance croissante.
On dira qu’il faut financer les événements, que la logistique coûte de l’argent, que quelqu’un doit bien payer. Tout cela est vrai. Mais tout n’est pas permis. Tout ne peut pas se faire sans conséquences. Car lorsque l’accès au Pape est publiquement associé à un montant précis, ce n’est pas seulement l’image qui s’en trouve érodée, mais la crédibilité même de l’institution.
Depuis des siècles, l’Église est accusée — souvent à tort — de vendre ce qui ne se vend pas. Aujourd’hui, nul besoin d’exagérer. Il suffit de lire ABC.

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