(Mise à jour le 19/4: la « destinée manifeste)
Il est indubitable qu’après avoir, lors de son premier mandat, soulevé la chape de plomb du politiquement correct (ce dont on doit le créditer), au début du second, il a pris des mesures appréciables pour, sinon mettre un terme du moins interrompre la marche folle du wokisme, du gender, et des idéologies dérivées. Mais rattrapé par son hybris, voilà qu’après avoir déclenché (sous emprise et probablement sous chantage), une guerre insensée, ruineuse et meurtrière, il donne des leçons de théologie au Pape et se prend pour le nouveau messie, quitte à précipiter le monde entier vers la catastrophe.
AM Valli replace cette attitude dans la tradition américaine du Manifest Destiny , cette conviction protestante que les États-Unis sont élus par Dieu pour dominer et « civiliser » le monde.
C’est intéressant, même si l’on peut douter que le bagage culturel de Trump le rende conscient de cet héritage historique et philosophique.
Trump pousse à l’extrême, avec des accents grotesques, une idéologie qui, aux États-Unis, ne date certainement pas d’aujourd’hui, et encore moins de lui. C’est au moins depuis le milieu du XIXe siècle que le pays est imprégné de la conviction de la « destinée manifeste » (Manifest Destiny) des États-Unis, une nation destinée par Dieu lui-même à s’étendre progressivement pour diffuser la démocratie et la liberté.
Ce concept idéologique a justifié à l’époque l’expansionnisme territorial vers le Pacifique, la guerre avec le Mexique et le traitement réservé aux Amérindiens…
Trump, le péché d’orgueil et la catastrophe à venir
Aldo Maria Valli
Face à l’image de Trump déguisé en Jésus (réalisée à l’aide de l’intelligence artificielle puis supprimée), certains observateurs ont évoqué le récit « L’homme qui voulut être roi » de Rudyard Kipling, qui raconte l’ambition démesurée de deux aventuriers britanniques qui se créent un royaume dans les montagnes d’Afghanistan.
Écrit en 1888, ce récit raconte les aventures de Daniel Dravot et Peachey Carnehan, deux anciens soldats rebelles qui décident de s’emparer du royaume du Kafiristan par la ruse. Armés d’un culot monstre, de quelques fusils et d’un rituel maçonnique recyclé, ils convainquent un peuple isolé qu’ils sont des souverains d’origine divine, jusqu’à ce que leur arrogance leur joue un mauvais tour, avec une fin tragique.
Il ne faut pas avoir beaucoup d’imagination pour voir dans le délire trumpien les signes d’une arrogance qui le mènera à sa perte. L’histoire s’est toujours déroulée ainsi.
Il est regrettable que cela dévalorise également les points sur lesquels Trump a en partie raison. En effet, lorsqu’il accuse l’Église catholique d’avoir été paralysée par la peur pendant la pandémie de Covid, en fermant les églises et en abandonnant les fidèles, il dit vrai, mais il le fait dans le cadre d’un délire qui justifie que l’on s’interroge sur sa santé mentale.
Trump pousse à l’extrême, avec des accents grotesques, une idéologie qui, aux États-Unis, ne date certainement pas d’aujourd’hui, et encore moins de lui. C’est au moins depuis le milieu du XIXe siècle que le pays est imprégné de la conviction de la « destinée manifeste » (Manifest Destiny) des États-Unis, une réalité destinée par Dieu lui-même à s’étendre progressivement pour diffuser la démocratie et la liberté. Ce concept idéologique a justifié à l’époque l’expansionnisme territorial vers le Pacifique, la guerre avec le Mexique et le traitement réservé aux Amérindiens ; il a ensuite été étendu à l’influence sur le monde entier, car, selon cette vision, il est dans la destinée des États-Unis, par la volonté divine, que le monde soit gouverné par eux.
Trump, qui a grandi dans la foi presbytérienne, adhère à cette idéologie, qui a trouvé un terrain fertile dans le protestantisme. Et n’oublions pas que pour les presbytériens, dont la théologie remonte à Calvin, Dieu a choisi depuis toute éternité ceux qui sont prédestinés au salut.
Parmi les dirigeants mondiaux, Trump, qui se considère manifestement comme un élu au sens religieux et métaphysique avant d’être un élu politique, est celui qui utilise le plus les images générées par l’intelligence artificielle. Ainsi, après s’être représenté en Jésus guérisseur, il se présente à nouveau aux côtés de Jésus quelques jours plus tard. Sur fond de drapeau américain, Notre Seigneur pose sa tête sur celle du président et l’embrasse.
Cette deuxième image n’est pas une création originale de la Maison Blanche, mais provient d’un compte intitulé « Irish for Trump », qui l’a publiée avec la légende suivante : « Je n’ai jamais été un homme religieux, mais je ne suis pas surpris qu’avec tous ces monstres sataniques, ces tueurs d’enfants, Dieu joue la carte Trump ». De son côté, Trump, en la partageant, l’a commentée ainsi : « Les fous de la gauche radicale n’aimeront peut-être pas ça, mais je trouve ça plutôt sympa ! ».
Le fait que, sur l’image qui a ensuite été supprimée, Trump se soit représenté en Jésus guérisseur montre bien quelle image le président a de lui-même. L’Amérique est la malade, et lui agit en tant que guérisseur salvateur assisté par Dieu. Le mécanisme psychique est bien connu : le Moi s’identifie à un archétype et perd le sens de la réalité. Les symptômes sont un comportement égocentrique, l’incapacité à tirer les leçons de ses propres erreurs, la distorsion de la réalité présente et la surestimation de soi.
Les conséquences ? Dans la plupart des cas, une catastrophe personnelle. Une fois l’illusion brisée, viennent la dépression et l’aliénation.
Nous verrons quand et comment la chute se produira. La leçon de l’histoire est toujours la même : il ne faut surtout pas attribuer un statut quasi mystique à un homme politique. On devient alors complice de son malaise intérieur, créant ainsi un cercle vicieux encore plus dangereux que la maladie dont il souffre.
Dans l’Égypte antique, les pharaons étaient considérés comme des divinités vivantes et, en Chine, l’empereur était considéré comme le « Fils du Ciel ». La tendance à placer le dirigeant au-dessus de la condition humaine ordinaire n’est pas une nouveauté. Mais la Grèce antique nous a enseigné que le péché d’hybris, cette arrogance qui conduit à une surestimation obstinée de ses propres forces, se paie cher. Toujours.
Mise à jour
Un ami m’apporte cette intéressante précision:
A propos des États-Unis, la notion de « destinée manifeste » est souvent invoquée. Les auteurs que tu cites la relient à la prédestination calviniste (même si de nos jours les calvinistes semblent peu à l’aise avec ce concept théologique où « la grâce [de Dieu] seule sauve »).
Voici donc le document qui est le point de départ de cette théorie de la « destinée manifeste ».
For this blessed mission to the nations of the world which are shut out from the life-giving light of truth has America been chosen; and her high example shall smite unto death the tyranny of kings, hierarchs, and oligarchs, and carry the glad tidings of peace and goodwill where myriads now endure an existence scarcely more enviable than that of beasts in the field. Who, then, can doubt that our country is destined to be the great nation of futurity?
John L. O’Sullivan, United States and Democratic Review, 1839
Pour cette mission bénie auprès des nations du monde qui sont exclues de la lumière vivifiante de la vérité, l’Amérique a été choisie ; et son grand exemple frappera à mort la tyrannie des rois, des hiérarques [personnalités dominantes] et des oligarques [personnes d’un petit groupe qui détiennent le pouvoir], et apportera la bonne nouvelle de la paix et de la bonne volonté là où des myriades [de personnes] endurent maintenant une existence à peine plus enviable que celle des bêtes dans les champs. Qui donc peut douter que notre pays soit destiné à être la grande nation du futur ?
(La destinée manifeste de l’Amérique)

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