Compte tenu des nouvelles armes qui rendent possible des destructions allant bien au-delà des groupes de combattants, nous devons aujourd’hui nous demander s’il est encore licite d’admettre l’existence même d’une « guerre juste »
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Cardinal Ratzinger, avril 2003
Je ne veux surtout pas m’approprier la pensée du défunt pape, encore moins m’en prétendre porte-parole (comme certains m’en accusent régulièrement, pour souligner à quel point je le trahis) mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il dirait de la guerre actuellement en cours, entre USA-Israël et Iran.
Dans un article publié ce matin sur le blog d’AM Valli, l’ex-nonce à Washington excommunié par François pour schisme s’exprime sur la controverse entre Donald Trump et Léon XIV. Pas un mot de condamnation, malheureusement (et étrangement) contre le premier et sa guerre inique (!!!), mais une charge virulente contre le second, qui se transforme en approbation indirecte du gangster de la Maison Blanche
Viganò critique entre autre la déclaration de Léon XIV (« Dieu ne bénit aucun conflit ») qui, selon lui, nie le droit à la légitime défense et la doctrine traditionnelle de la « guerre juste ».
Créditons-le quand même d’opposer au discours « pacifiste » de Léon XIV les « nuances » de Benoît XVI, en citant, sans autre précision, des propos prononcés par le cardinal Ratzinger en 2003.

Grâce à GROK, j’ai retrouvé la source exacte de la citation. Elle provient d’une interview du cardinal Ratzinger accordée à la revue 30 Giorni dans son numéro d’avril 2003.

Il faut rappeler le contexte, on était en pleine deuxième guerre du Golfe, et il y avait un débat très vif jusque parmi les catholiques sur la légitimité de cette guerre, à laquelle Jean-Paul II s’était fermement opposé.
Le préfet de la CDF défend donc la position du pape, mais comme toujours, il élargit la réflexion : les armes modernes rendent très difficile, voire impossible, de respecter les critères classiques de la guerre juste (distinction entre combattants et civils, proportionnalité, etc.). Il ne dit pas que la guerre juste est impossible en théorie, mais pose la question de sa pertinence pratique aujourd’hui.
Question :
« Eminence, une question d’actualité qui, d’une certaine manière, est inhérente au Catéchisme : la guerre anglo-américaine contre l’Irak correspond-elle aux critères d’une « guerre juste » ? »
Réponse du cardinal Ratzinger :
« Le Pape a exprimé sa pensée avec une grande clarté, non seulement comme pensée personnelle, mais comme pensée d’un homme qui connaît les plus hautes fonctions de l’Église catholique. Bien sûr, il n’a pas imposé cette position comme doctrine de l’Église, mais comme l’appel d’une conscience éclairée par la foi.
Le jugement du Saint-Père est également convaincant du point de vue rationnel : il n’y avait pas de raisons suffisantes pour déclencher une guerre contre l’Irak.
Sans parler du fait que, compte tenu des nouvelles armes qui rendent possible des destructions allant bien au-delà des groupes de combattants, nous devons aujourd’hui nous demander s’il est encore licite d’admettre l’existence même d’une « guerre juste ». »
Extraits de Lumière du monde (2010)
GROK, toujours lui (décidément, l’IA est une ressource extraordinaire si on lui pose les bonnes questions), me remet par ailleurs en mémoire des extraits du livre d’entretiens avec Peter Seewald (2010), « Lumière du monde »:
Sur la guerre et la violence en général (contexte post-11 septembre et Irak) : Benoît XVI réaffirme que la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais qu’elle repose sur la vérité et la justice. Il critique l’idée d’imposer la démocratie ou la liberté par la force militaire :
« La foi chrétienne a toujours affirmé que la violence n’est jamais un moyen approprié pour faire triompher la cause de Dieu. […] La guerre ne peut jamais être un moyen de résoudre les conflits de manière durable. »
Il évoque explicitement les guerres modernes et le risque de destruction massive.
Sur la doctrine de la « guerre juste ». Dans le livre, il ne reprend pas mot pour mot la phrase de 2003, mais il maintient la ligne : la légitime défense reste théoriquement possible, mais les critères sont extrêmement difficiles à remplir aujourd’hui. Il déclare notamment :
« Nous devons apprendre à penser la paix de manière plus radicale. La guerre, avec les moyens destructeurs dont nous disposons aujourd’hui, ne peut plus être considérée comme une solution raisonnable. »
Et sur le rôle de l’Église :
« L’Église doit être une force de paix, elle doit plaider pour la non-violence active, pour le dialogue et pour la réconciliation, tout en reconnaissant que, dans des cas extrêmes, la protection des innocents peut exiger l’usage de la force – mais toujours comme dernier recours et avec une proportionnalité stricte. »
Autres passages clés sur la paix et la guerre :
- Il critique les idéologies qui justifient la violence au nom de Dieu (islamisme radical, mais aussi certaines formes de sécularisme agressif).
- Sur l’Irak et les interventions militaires : il confirme sa conviction (déjà exprimée en 2003) que l’intervention de 2003 ne remplissait pas les critères moraux.
- Dans le contexte du terrorisme : « Le terrorisme est une menace globale qui ne peut être combattue seulement par des moyens militaires ; il faut s’attaquer à ses racines spirituelles et sociales. »
Le livre insiste globalement sur une herméneutique de continuité : la doctrine de la légitime défense n’est pas supprimée (elle reste dans le Catéchisme et le Compendium de 2005 qu’il a promulgué), mais elle est fortement relativisée par les réalités des armes modernes, de la mondialisation des conflits et des conséquences humanitaires. Benoît XVI pousse vers une « éthique de la paix » plus exigeante, fondée sur le droit international, le développement et le dialogue interreligieux.




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