C’est le Pape lui-même qui l’évoque. Dans l’avion qui le ramène du Mozambique au Vatican, il dit ne pas le craindre (curieux propos dans la bouche d’un Pape), et, avec un aplomb (apparent) stupéfiant, il inverse carrément les accusations et renvoie à ceux qui le critiquent ses propres partis-pris idéologiques. Une provocation voulue (ou une prédiction inquiétante), dans la perspective du Synode sur l’Amazonie.

 Photo ALESSANDRA TARANTINO / AFP

Il est probable que pour une fois, ces propos explosifs ne sont pas improvisés mais ont mûri après réflexion approfondie, sans doute avec son staf, et jouent le rôle de « ballon d’essai » en prévision du Synode: ils sont destinés à PROVOQUER des réactions, de préférence négatives – entre autre pour conforter son rôle de victime
Par exemple, quand le Pape évoque « les petits groupes fermés qui ne veulent pas entendre les réponses à la critique », il faut comprendre qu’il a déjà répondu par ses actes aux dubia et autres « appels » et « corrections filiales » émanant le religieux et de laïcs, et qu’il ne le fera jamais noir sur blanc. Typique d’un jésuite, comme avait dit son ami Bruno Forte (*)


« Je n’ai pas peur des schismes, je prie pour qu’il n’y en ait pas »

Nico Spuntoni
La NBQ
11 octobre 2019
Ma traduction

Interviewé sur les critiques de son pontificat, sur le vol de retour du Mozambique au Vatican, le Pape François dit qu’il n’a pas peur des schismes, mais qu’il prie pour qu’ils n’arrivent pas. Un schisme est « un détachement élitiste provoqué par une idéologie détachée de la doctrine ». Ici, « idéologie de la primauté de la morale aseptique sur la morale du peuple de Dieu ».

(…) Le pape a répondu à une question « dérangeante » de l’envoyé du New York Times sur le mécontentement de certains secteurs de l’Eglise américaine face à son pontificat. « Les critiques suscitent colère, mais elles aident », a dit François, revenant sur le commentaire fait sur le voyage aller à propos du livre Comment l’Amérique veut changer de Pape (« C’est un honneur d’être attaqué par des Américains »): « J’étais au courant de ce livre, mais je ne l’ai pas lu. « Les critiques – a-t-il admis – ne viennent pas seulement des Américains, il y en a d’un peu partout, y compris à la Curie ». Le pontife a dit qu’il n’appréciait pas ceux qui le critiquent en cachette, contrairement à ceux qui le font en plein jour, avec « honnêteté »: « Ça, ce n’est pas juste, ce n’est pas humain ». Selon le pape, ce genre de critique serait comme des « pilules d’arsenic » qui « ne servent pas » et « aident de petits groupes fermés, qui ne veulent pas entendre la réponse à la critique« . Bergoglio a donné son idée de « critique loyale »: « ce que fait le Pape – commente-t-il – ça ne me plaît pas, je le critique, je parle, j’écris un article et je lui demande de répondre, ça, c’est loyal ». Au contraire, selon lui, il y en a qui font « une critique sans vouloir entendre la réponse et sans faire le dialogue », sans vouloir faire le bien de l’Église: c’est le cas, selon lui, de ceux qui critiquent pour « aller derrière une idée fixe, changer le Pape, ou faire un schisme ».

A la question directe de savoir s’il a peur d’un schisme, il a répondu: « Dans l’Eglise, il y a eu beaucoup de schismes ». Le pontife mentionne ce qui s’est passé avec les vetero-catholiques [**] (« aujourd’hui, ils ordonnent des femmes mais à l’époque ils étaient rigides « ) après Vatican I et « la séparation post-conciliaire la plus connue, celle de Lefèbvre » après Vatican II. « Je n’ai pas peur des schismes, dit-il, je prie pour qu’il n’y en ait pas, parce que la santé spirituelle de beaucoup de personnes est en jeu », invoquant le dialogue et aussi « la correction s’il y a une erreur », pour éviter le « chemin du schisme » qui « n’est pas chrétien ».

Selon lui, ce qui sauve de cette possibilité qui existe toujours dans l’Église, c’est « le peuple de Dieu » qui « ajuste et aide », alors que « le schisme est toujours une séparation élitiste provoquée par une idéologie détachée de la doctrine« . « Une idéologie – a-t-il observé – peut-être juste, mais qui entre dans la doctrine et la détache ». C’est pourquoi il a dit de prier pour éviter cette éventualité, mais de ne pas la craindre parce que « c’est le résultat de Vatican II, et non de tel ou tel Pape ».

Bergoglio a revendiqué d’être en continuité avec le pontificat de saint Jean-Paul II sur les « choses sociales », mais de recevoir malgré cela l’accusation d’être « communiste ». Selon son analyse, le schisme mûrit dans l’idéologie et, en l’occurrence, dans « l’idéologie présumée de la primauté de la morale aseptique sur la morale du peuple de Dieu ». Rappelant une définition déjà utilisée, il a déploré la « morale d’une idéologie aussi pélagienne qui vous conduit à la rigidité ». C’est à cela, selon lui, que nous devons aujourd’hui ce qu’il a défini comme « les nombreuses écoles de rigidité au sein de l’Église, qui ne sont pas des schismes mais des voies chrétiennes pseudo-schismatiques, et qui finiront mal ». Et une fois de plus, il a exprimé sa conviction que derrière les « prêtres et évêques rigides », il y a des « problèmes ».
Il est probable que les paroles du Pape, de même que le commentaire précédent sur le fait d’être « honoré » d’être attaqué par les Américains, ne manqueront pas de susciter de l’intérêt et de provoquer des discussions dans les jours à venir.


NDT

(*) Extrait du livre de Laurent Dandrieu « Eglise et immigration, le grand malaise »

(**) L’Église vieille-catholique, dite aussi Union catholique internationale d’Utrecht ou Union d’Utrecht, regroupe depuis 1870 des fidèles qui s’affirment catholiques mais qui refusent le dogme de l’infaillibilité pontificale et surtout la juridiction universelle de l’évêque de Rome.
Cf. wikipedia

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